Temps de cochons à Saint-Gildas-des-Bois

25 février 2021 à 6h20 - Modifié : 25 février 2021 à 9h55 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: pixabay

Des travaux prévus dans un élevage de porcs alimentent une polémique à Saint-Gildas-des-Bois, en Loire-Atlantique. Un appel à manifester est lancé pour samedi tandis que les éleveurs défendent leur projet.

Les quatre associés du GAEC du Pas de la Roche sont installés sur 175 hectares. Leur créneau: la production laitière, avec 175 vaches, et la viande porcine avec 250 truies pour 7.000 porcs produits et vendus en 2020 à la Cooperl, une grosse coopérative agricole et agroalimentaire des Côtes-d’Armor, à laquelle ils sont affiliés. Jusqu’à maintenant, l’engraissement est externalisé. La rénovation de la ferme est dans les tuyaux: les éleveurs construisent un bâtiment neuf pour faire grossir les porcs : les bêtes passeraient alors toute leur vie dans la ferme de Saint-Gildas-des-bois. Le maintien sur le site de tous les porcs ferait passer le cheptel de 1.500 à 3.000. Pour produire plus, comme le craignent les opposants.

La crainte d'une "ferme-usine"

Christian Tholin est aux manettes d'un collectif d'habitants, qui s'oppose à ce qu'il considère comme l’extension d’une "ferme-usine". Il estime que les nouvelles techniques de « récolte » et d'utilisation des déjections appliquées par le GAEC vont leur permettre d’augmenter la production... et le collectif y est opposé.

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"Leur objectif c'est de dire : voilà, on a une technologie qui permet de polluer deux fois moins, donc on va produire deux fois plus. Au final on n’a rien gagné, ça reste de l'exploitation agricole intensive, industrielle, ce qu'on appelle les fermes-usines..."

Réponse de l’un des éleveurs, Sébastien Leray, qui explique les raisons qui le poussent à lancer les travaux qui fâchent :

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« Non je ne vais pas forcément produire plus. Ce que je vais y gagner, c’est que la production aura lieu chez moi, donc je vais maîtriser la chaîne de production du cochon de la naissance jusqu’à l’abattoir. Ce qui me permettra de mieux gérer l’alimentation et le traitement fait aux cochons... Ca va aussi me permettre de rentrer dans une autre catégorie de production, c’est-à-dire qu’on va vendre de la génétique : aujourd’hui tous les cochons que je produis vont à l’abattoir, et demain dans le nouveau bâtiment, une partie des cochons va servir à faire de futures mères pour d’autres élevage ».

Les éleveurs estiment que cette nouvelle technique appelée TRAC, pointée par les opposants, est un progrès. Créée par la coopérative à laquelle ils sont affiliés, elle va permettre de mieux récupérer les effluents produits par les animaux. Ces derniers seront utilisés soit pour l’épandage des terres, soit pour alimenter les usines à méthanisation de la Cooperl. Au-delà des techniques développées sur cette exploitation , le collectif y voit un exemple d'une fuite en avant vers le « toujours plus » de production :

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"On lutte contre un virus, une pandémie, qui est issu de l'élevage intensif. Donc là qu'est-ce qu'on fait ? De l'élevage intensif. On fabrique des virus, encore. Et puis on craint la pollution, on craint le mal-être animal, les animaux sont des êtres sensibles et intelligents. Ils sont traités comment là-dedans ? Voilà ce qu'on craint, c'est une ineptie complète".

Menace sur les cours d'eau

Le collectif craint également l’impact des versements de lisier dans les champs et dans les cours d’eau, sur un territoire situé entre Loire et Vilaine, proche des marais de Brière et de zones de captage d’eau potable. Un combat d'un autre temps pour Sébastien Leray :

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« Clairement ils n’ont pas compris ce qu’on fait, ce sont des polémiques qui datent des années 80 - 90. Il y a eu des erreurs dans le monde agricole de ces années-là, parce qu’on ne se rendait pas compte de ce qu’on faisait... Aujourd’hui, avec ce que je ramène, je produirais moins de phosphore sur mon exploitation, et un peu plus d’azote. Ce sera de l’azote organique et ça permettra de mettre moins d’azote chimique. Donc au niveau environnemental, je pense qu’elle améliore les conditions ».

Sébastien Leray affirme par ailleurs que le cours du porc sur les trois dernières années est plutôt bon, c'est pourquoi la bonne santé de son entreprise lui permet d'investir. Le collectif appelle à manifester contre ce projet ce samedi (27 février) à 14 heures devant la mairie de Saint-Gildas-des-Bois.