Réforme des retraites : la réaction des syndicats

12 décembre 2019 à 4h54 par Alexandra BRUNOIS

Edouard Philippe a dévoilé les détails de la réforme des retraites hier. Des annonces du Premier Ministre qui font l'unanimité contre elles... L'intersyndicale appelle à de nouvelles mobilisations ce jeudi et mardi prochain. Leurs réactions au micro de Yann LAUNAY.

HIT WEST
Crédit: Hit West

Au lendemain de la présentation du projet de réforme des retraites par Edouard Philippe, c’est une nouvelle journée de mobilisation ce jeudi. L’intersyndicale n’est pas convaincue et appelle à des actions locales aujourd’hui et à une manifestation nationale mardi prochain.


Hier, le Premier Ministre a fait savoir que la génération 1975 sera la 1ère à basculer dans le système à points en 2025. Pour les régimes spéciaux, c’est la génération 1985 qui sera la 1ère concernée. La valeur et l’évolution du point elles seront fixées par les syndicats. L’âge légal de départ à la retraite est maintenu à 62 ans mais avec un âge-équilibre à 64 ans… les Français vont être incités financièrement à travailler plus longtemps avec un système de bonus-malus. Il y aura une pension de retraite minimale de 1 000 euros par mois. Les femmes auront une compensation à 100% des périodes de grossesse et ce dès le 1er enfant.


Pour Yannick Tizon, secrétaire général CGT Cheminots Bretagne, le discours du Premier ministre vient confirmer les pires craintes des opposants à la réforme :


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"C'est l'intervention du Premier ministre de la précarité... Le système français de demain, ce sera le travail à la petite semaine, ni plus ni moins... Quand le ministre dit :"la retraite minimum sera de 1000 euros"... on a bien compris que ce sera le minimum... pour une carrière complète... L'objectif de la retraite par points, c'est la baisse des pensions."






LA VALEUR DU POINT GARANTIE


Dans son discours, Edouard Philippe a pourtant garanti que la valeur du point de retraite ne pourrait pas baisser :


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"Il ne garantit en rien une amélioration de la situation... Sa garantie ne vaut rien... Je fais le parallèle avec monsieur Delevoye, qui était en liaison assez directe avec les assurances ... cela confirme bien : demain, les salariés seront obligés d'aller cotiser à côté, pour avoir un niveau de retraite décent..."


Pour Yannick Tizon, le mouvement de contestation ne peut que s'amplifier après le discours d'Edouard Philippe :


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"Aujourd'hui, il y a un blocage.. On a dans des fédérations, dans des entreprises, des annonces de grève... On ne peut pas céder : quand on regarde ce que la vie des gens pourrait être demain, avec ces projets de société qui ne sont que rendre les riches plus riches, et les pauvres plus pauvres... je pense que les salariés vont comprendre que la ficelle est un peu grosse pour ne pas agir contre ce projet..."


LES ENSEIGNANTS RASSURES ?


Le Premier ministre a cherché notamment à rassurer les enseignants : Edouard Philippe a expliqué que le niveau de leurs pensions de retraite ne baisserait pas, qu'il serait "sanctuarisé", et que des revalorisations de salaire seraient engagées dès 2021... Mais pas de quoi rassurer Joël Mariteau, professeur d'Histoire-géographie au lycée Freyssinet de Saint-Brieuc, et membre du SNES FSU :


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"Pour l'instant, nous n'avons que de belles promesses... Tant que l'on n'a pas d'éléments concrets qui nous démontrerons que l'on va revaloriser la carrière enseignante.. les collègues n'y croient pas... Les annonces très rassurantes de nos ministres sont séduisantes vues de l'extérieur, mais nous sommes extrêmement circonspects..."


Dans la foulée du discours du Premier ministre, Jean-Michel Blanquer a qualifié la réforme des retraites de "belle opportunité". Pour le ministre de l'Education nationale, c'est "l'occasion de faire d'une pierre deux coups : régler, en même temps que la question des pensions, le problème des rémunérations trop basses des professeurs"... Mais selon Joël Mariteau, le tableau n'est pas aussi idylique :


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"Le ministre nous promet des revalorisations salariales uniquement destinées à compenser le manque à gagner qui s'annonce avec la réforme des retraites, et il ne le promet que sous la forme de primes individualisées, assorties de tâches à accomplir en plus..."






Joël Mariteau est né en 1969 : il ne sera donc pas directement concerné par la réforme des retraites.. Mais pas question pour autant de cesser la lutte contre ce projet du gouvernement :


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"J'ai toute la semaine des élèves devant moi, j'ai un enfant... Nous ne pouvons pas accepter de transformer un système par quelque chose qui cache autre chose : en plafonnant les dépenses accordées aux retraites à 14% du PIB, plus il y aura de retraités, moins les pensions seront élevées, et on jouera sur la valeur du point pour arriver à cette entourloupe... et conduire beaucoup de collègues à prendre des pensions complémentaires pour pouvoir s'en sortir à la retraite..."


CONSEQUENCES DE LA GREVE DU JOUR


Des perturbations sont à prévoir dans les administrations, écoles et transports.


A la SNCF, 8ème jour de grève : ça s’améliore tout de même en Bretagne… Comptez ce jeudi 3 TGV allers-retours entre Rennes et Paris, 1 Quimper/Paris et 1 Brest/Paris mais il y aura plus de TER… 106 au total et 52 cars. 14 trains entre Quimper et Lorient par exemple, 8 entre Rennes et Vannes et 4 pour les axes Rennes/Quimper et Rennes/Brest.






Le trafic ferroviaire reste perturbé aussi en Pays-de-la-Loire… Les prévisions sont similaires à celles d’hier : 1 TGV sur 4, aucune circulation sur les lignes Intercités Nantes-Bordeaux et Nantes-Lyon, et 2 TER sur 5.


Dans les écoles, un service minimum d'accueil est mis en place en principe dans les écoles où le taux de grévistes atteint les 25%. Mais à Brest, comme pour jeudi et mardi dernier, compte tenu de l’ampleur du mouvement, la ville n’est pas en capacité de mettre en place un service minimum d’accueil aujourd’hui dans les écoles publiques.







DES CORTEGES DANS l'OUEST


La rue continue de mettre la pression pour obtenir le retrait du projet : cortèges annoncés ce matin par la CGT / FO / FSU / Solidaires : rendez-vous à Nantes à 10H sur le parking du Zénith, 10H aussi à Saint-Nazaire sous la base sous-marine, 11H à Ancenis à l’Espace 23 sur la RD 723, et à Châteaubriant... A Angers, la manifestation est fixée à 14 h 30, place Leclerc. Cholet : RDV à 10 h 30 du rond-point de Paris.


Des cortèges sont aussi prévus en Bretagne… Manif à 11h de l’esplanade Charles-de-Gaulle à Rennes. Rassemblements aussi dans la matinée à 10h à Saint-Malo, à 16h30 à Redon et à 17h à Fougères. Dans le Finistère, une manif est prévue à 11h au départ de la Place de la Résistance à Quimper.


LES POLICIERS MOBILISES


A Rennes et Nantes, des CRS eux ont déposé symboliquement leurs boucliers… un mouvement inédit ! 5 compagnies de CRS ont cessé le travail en France soit près de 900 hommes.
Ils étaient une cinquantaine à manifester à Quimper… autour d’une voiture, gyrophare allumé et sirène retentissante, ils se sont placés de dos quelques minutes. Depuis une semaine, les agents quimpérois font la grève du zèle et ne sortent plus que sur appel du 17… plus de verbalisation et interventions quotidiennes.
A Vannes, les policiers ont mené une action de 12h à 12h30 hier devant le commissariat. Cela fait une semaine qu’ils font aussi la grève du zèle pour dénoncer la réforme des retraites.
Les policiers craignent pour leur statut spécial… et notamment la perte d’une année supplémentaire de cotisation tous les 5 ans.