Bretagne

Le Scombrus, symbole de la pêche industrielle

26 septembre 2020 à 10h53 Par Dolorès CHARLES
Crédit photo : Yann Launay pour Hit West

Un bateau baptisé sous les sifflets : c'était vendredi midi à Concarneau : des opposants à la pêche industrielle se sont réunis sur les quais, face au Scombrus, pendant la cérémonie de bénédiction de ce navire de 80m. Le reportage de Yann Launay.

Le Scombrus (du nom latin du maquereau) est un chalutier de la société France Pélagique, filiale d'un groupe néerlandais. Un bateau capable de pêcher 200 tonnes de poisson en une journée. Un modèle dénoncé par les associations de défense de l'environnement, dénoncé aussi par les pêcheurs côtiers. Philippe Lannezval est président du groupement des pêcheurs artisans lorientais, il avait fait le déplacement avec plusieurs dizaines de ses confrères. Malgré l'interdiction de manifester, et la présence des forces de l'ordre, ils se sont fait entendre pendant la cérémonie :

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"Ce bateau-là, c'est des capitaux hollandais, il a juste gardé le pavillon français, pour pouvoir pêcher nos quotas, naviguer dans les eaux françaises, avec des quotas énormes, des pêches énormes... Le poisson est pompé par des suceuses à mesure qu'il est pêché, et conditionné à bord, on ne sait même pas en réalité les espèces qui sont pêchées, il n'y a pas de transparence... Et à côté de ça, nous, on va venir nous mesurer une langoustine, un merluchon, pour voir s'ils sont trop petits, et on va chopper des amendes assez énormes..."

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Même amertume chez Guillaume, qui pêche en solo, à bord de son bateau en bois, sur la côte nord-finistérienne :

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"On ne peut pas dire "la ressource est en danger", et faire des bateaux de plus en plus gros qui choppent de plus en plus de poissons... Vaut mieux rediviser la pêche entre plusieurs petits pêcheurs, qui font de la qualité... Sauf que c'est des gros intérêts financiers en jeu, c'est comme ça que ça marche, et nous on a qu'à crever la gueule ouverte..."

Les associations de défense environnementale mobilisées

Les associations de défense de l'environnement se sont mobilisées pour dénoncer le type de pêche dont le Scombrus est, pour ces organisations, le symbole. Pour Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l'association Bloom, à travers ce bateau, ce sont à nouveau les industriels hollandais et leurs pratiques qui sont visés :

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"On a vraiment une main-mise des Néerlandais sur la gestion de la pêche en Europe, et ce ne sont que des modèles destructeurs de la ressource et des emplois sur nos côtes... Des chalutiers géants qui font 80, 100, 140m de long, ce sont des chalutiers néerlandais, et pour nous, ce n'est pas acceptable. On a besoin de retrouver une échelle humaine de production, de consommation..."

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De son côté, l'armateur affirme que le Scombrus ne concurrencera pas la pêche artisanale, puisqu'il visera des espèces et des zones de pêches différentes. Il souligne aussi que ce navire dernier cri possède tous les outils techniques pour faire une pêche respectueuse, en limitant les captures non désirées. Pas de quoi convaincre Frédéric Le Manach :

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"Effectivement, ils sont très bien équipés, avec des sonars extrêmement puissants, qui leur permettent d'aller chercher des ressources qui sont en diminution... Après, quant à la sélectivité, il faut savoir que ce sont des bateaux qui peuvent pêcher 200 tonnes de poissons par jour. Ils parlent de 2% de captures accessoires, 2% de 200 tonnes, cela fait quand même plusieurs tonnes de poissons qui seront rejetées, morts à la mer par jour : ce bateau-là va rejeter chaque jour l'équivalent de la pêche annuelle d'un bateau artisan français..."

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Une pratique légale

Reste que ce type de pêche, pratiquée par le Scombrus, est légal. Une anomalie, pour Caroline Roose, déutée européenne écologiste. Elle milite à Bruxelles pour que les règles puissent changer rapidement :

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"Aujourd'hui, il faut mettre une pression sur les Etats membres, pour qu'il y ait une répartition équitable des quotas de pêche pour les petits pêcheurs... On tue la petite pêche, aujourd'hui, et on tue la ressource... Sachant qu'on ne sait pas ce qui va se passer au niveau du Brexit : s'il y a un Brexit sans accord, tout le monde va pêcher au même endroit, et la ressource va s'effondrer encore..."

Un reportage à Concarneau de Yann Launay.