La ZAD du Carnet évacuée, le projet suspendu

23 mars 2021 à 15h59 - Modifié : 24 mars 2021 à 4h37 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: @prefet44

L'évacuation de la ZAD du Carnet était attendue par les opposants au projet de parc eco-technologique du port de Nantes-St-Nazaire. Elle a eu lieu ce mardi matin. Depuis le grand port maritime a annoncé que le projet sera revu.

De nombreux gendarmes mobiles sont arrivés peu avant 7h ce matin sur la ZAD "dite du Carnet", en Loire-Atlantique, pour procéder à l’évacuation du site occupé depuis des mois par des militants opposés au projet de parc éco-technologique, un projet porté par le grand port maritime. Cédric Mané a joint Gabriella Marie, habitante de Paimbœuf et qui a cofondé le collectif « stop Carnet » opposé à ce projet de parc industriel.

Gabriella Marie

"A cette heure (9h), on ne peut plus du tout accéder à la ZAD... tout est bloqué, il y a la brigade fuviale, certains sont même arrivés par la Loire. Je sais que certains habitants de la ZAD sont partis dans les champs, il y a eu pas mal d'interpellations (ndlr - aucune selon le Préfet) et il y a eu pas mal de renforts. Maintenant il ne faut pas se leurrer, 800 gendarmes mobiles minimum contre les habitants de la ZAD. Mais,on ne va pas laisser le Carnet abandonné et ils ne vont pas povoir le tenir longtemps ces chers gendarmes..."

Pas de blessé, ni interpellation

L’opération d’évacuation est menée suite aux décisions de justice de février en faveur du Département ou de collectivités, qui demandaient l’évacuation des occupants sur le site de Frossay. « L’ordre et le droit doivent être rétablis ! » tweete la présidente de région (LR) Christelle Morançais. Le préfet de région Didier Martin a fait un point ce matin à Nantes.

Didier Martin 1

"Il y avait une cinquantaine d'opposants sur la zone ce matin, et certains ont tenté dans un premier de temps de sopposer à l'intervention des forces de l'ordre... On a retrouvé en nombre des cocktails molotov, des boulons et des engins piégés qui auraient pu être utilisés contre les forces de l'ordre. Je me réjouis que peu de ces moyens ont été finalement utilisés..."

Selon lui, les gendarmes étaient environ 400 (800 selon les opposants) pour une cinquantaine d'opposants sur place. Des boulons et cocktails molotov ont été retrouvés sur place, mais pas utilisés. Les gendarmes mobiles ont d'abord délogés quelques zadistes dont certains étaient perchés dans les arbres ou sur l'éolienne. Des barricades et des fossés avaient aussi été disposés et creusés.

Il n'y a eu ni blessé, ni interpellation, mais des poursuites judiciaires sont annoncées. Les bords de Loire ont aussi été "sécurisés" et bloqués. l y a 500 m3 à déblayer. 500 m3 de matériaux, carcasses de voitures, cabanes...

Didier Martin 2 déblaiement

"Il y a énormément de matériaux qui ont été accumulés sur la zone depuis plusieurs mois, des déchets, des épaves de voitures, des barricades, des pneus, des maisons en bois et donc sous l'égide des deux propriétaires que sont le Conseil départemental de Loire-Atlantique et le grand port maritime de Nantes - Saint-Nazaire, des services techniques vont intervenir pour enlever de la zone naturelle l'ensemble de ces encombrants et de ces déchets..."

Une opération sensible à proximité de la Loire

Les bords de la Loire sont une zone sensible, d'autant plus depuis la disparition de Steve Maia Caniço à Nantes lors de la fête de la musique de 2019 quai Wilson, après une action policière polémique.

Didier Martin 3

"Toute opération proche d'un cours d'eau est sensible et doit prendre en compte la présence de ce cours d'eau (c'est à dire qu'il y avait des moyens nautiques qui avaient été déployés pour éviter tout risque de noyade dans la Loire avec la marée, et les marécages car c'est une zone qui est très inhospitalière, et le simple fait d'aller dans les zones marécageuses pouvaient engager la vie de ceux qui auraient pu souhaiter y aller."

Le projet remis à plat

Un rassemblement de soutien était annoncé à midi devant la Préfecture de Loire-Atlantique à Nantes. Il y avait une centaine de personnes. Les militants n'ont pas tout perdu dans l'histoire car le projet est suspendu. Ecoutez Olivier Tretout, le Directeur général du Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire, il parle d'une "remise à plat totale du projet":

Olivier Tretout

"L'évaluation naturelle de la zone était un appauvrissement du fait de l'existence d'espèces invasives sur cette zone c'est ce qui fait partie de notre gestion de l'espace naturel sur l'estuaire de la Loire c'est précisément de travailler là dessus. On le fait sur des milliers d'hectares avec des associations très connues et donc notre intention est de reprendre ce travail sur cette zone. Je vous donne rendez-vous dans un an quand on aura réalisé l'actualisation de l'inventaire de la faune et de la flore pour repartir sur des bases positives"

Le projet prévoyait notamment l'artificialisation de 110 hectares sur les 400 que compte le site.

Olivier Tretout 1

"On remet toutes les choses en débat, il n'y a pas d'autres calendriers particuliers. Ce n'est pas parce que la zone est évacuée qu'il y aura une construction d'usines dans un avenir proche, il n'y a pas de projets d'aménagement au sens du vocabulaire bétonnisation. Il n'y a rien de tout ça. Il y a eu un feu vert donné en 2017 donné dans cette direction-là, mais les choses ont tellement évolué depuis que l'on peut dire un "reset", j'utilise le mot anglais". Il faut vraiment repartir sur de nouvelles bases pour réfléchir au futur de cette zone là. Les prospects que nous avions ne le sont plus, nous repartons sur des bases totalement nouvelles".