Bretagne

Gilets jaunes : Retour sur un mouvement inédit

12 novembre 2019 à 09h00 Par Emilie PLANTARD
Crédit photo : Pixabay

Il y a un an, le 17 novembre 2017, des milliers de français se réunissaient derrière un chasuble symbolique… Le mouvement des gilets jaunes était né. Quel chemin parcouru en 1 an ? On fait le point.

C’est la hausse des taxes sur le carburant annoncée par le gouvernement qui avait mis le feu aux poudres dans un contexte déjà bouillonnant… Un an après, on sait que cette étincelle a allumé un beau brasier, qu’il a diminué d’intensité mais qu’il couve toujours.

Dès novembre 2019, un collectif de 70 universitaires se monte pour suivre le mouvement et l’étudier. Emmanuelle Reungoat est maître de conférence en sciences politiques à l’université de Montpellier, elle suit depuis un an ce mouvement via plusieurs dizaines de gilets jaunes de la première heure qu’elle a longuement interrogé.

Où en est-on ?

A quelques jours d’un week-end de rassemblements anniversaires un peu partout en France, les 16 et 17 nomvembre prochains, Emmanuelle Reungoat fait le point :

Écouter le podcast

"Clairement on a une partie des gilets jaunes qui se sont démobilisés, ça ne pas dire qu’ils ne se remobiliseront pas mais qu’ils ne sont plus dans le mouvement. Malgré tout, ce qu’on voit, c’est que le mouvement a duré très longtemps, et là, 1 an après on voit qu’il y a encore des ronds-points qui survivent, où les gens viennent, continuent à se mobiliser, préparent des anniversaires pour le 17 novembre et appellent à manifester le 5 décembre donc il y a encore des gens qui a envie de continuer à se mobiliser et à manifester. Et puis il y a cette assemblée des assemblées, qui essaie de structurer ou de coordonner le mouvement à l’échelle nationale."

 La 4è assemblée des assemblées a réuni plus de 400 personnes à Montpellier le 1er novembre dernier.

Qui sont les gilets jaunes ?

Parmi les milliers de français qui se sont revendiqués être des gilets jaunes, les profils sont très variés. Certains ont lâché physiquement le mouvement, d’autres continuent à s’activer, mais globalement, nombreux sont ceux qui reconnaissent avoir été marqués, parfois profondément, par ce mouvement.

Écouter le podcast

"Ça a pu impacter leurs vies, parce que il y a beaucoup de gilets jaunes qui ont mis de côté des activités, des projets qu’ils avaient, quand ils sont en couple c’est le conjoint ou la conjointe qui a assuré les revenus du foyer donc il y a vraiment une transformation concrète de la vie. On a des gilets jaunes qui ont trouvé une fonction sociale, parfois des amis, parfois une famille. Et puis il y a des gilets jaunes qui ont, à travers le mouvement, changé leur rapport au monde et leur rapport au politique et c’est peut-être ceux-là qu’on retrouve aujourd’hui, ceux pour qui le mouvement a été plus impactant."

 

Qu’a apporté ce mouvement ?

Blocage après blocage, manifestation après manifestation, la tension a grimpé en France allant jusqu’à faire des blessés lors des manifs et des morts sur les ronds-points. Le bilan est très lourd, le gouvernement a fait des annonces pour tenter d’apaiser mais les revendications sont nombreuses et un an après, les comptes ne semblent toujours pas bons et l’anniversaire ne sera pas une fête…. Malgré probablement la joie de se retrouver.

Écouter le podcast

"Je pense que si vous demandez aux membres du gouvernement, ils vont considérer qu’ils ont lâché des choses. Du côté des gilets jaunes, c’est aussi assez hétérogène, mais clairement ceux qui sont encore mobilisés aujourd’hui ils considèrent qu’ils n’ont rien obtenu ou en tous cas, pas assez. Le grand débat qui a été mis en place par Emmanuel Macron, pour la plupart des gilets jaunes que j’ai croisé sur le terrain, c’était plus un exercice de communication qu’un vrai canal qui permettait d’accéder aux revendications des gilets jaunes. Ceux qui avaient des fins de mois difficiles au début du mouvement ont toujours des fins de mois difficiles et même parfois des débuts de mois, ça c’est sûr. Ce mouvement n’a pas produit des réformes politiques très importantes mais il a produit beaucoup d’effets à hauteur des acteurs, en local. Il a produit des réseaux. Amicaux, d’entraide, de socialisation… Il a aussi produit des réseaux de gens qui se sont mobilisés pour la première fois et qui potentiellement pourront se remobiliser."

Les nombreuses violences lors des manifestations sont en revanche le gros point noir du mouvement. Peut-être confirment-elles l'impossibilité désormais de mener une revandication pacifiquement. Ou du moins sans blocage...