Fête de la musique : plainte collective déposée à Nantes

3 juillet 2019 à 13h04 par Emilie PLANTARD

Deux associations étaient reçues en préfecture ce mercredi matin à Nantes pour obtenir des éclaircissements concernant l'intervention policière survenue à l'issue de la fête de la musique. Leur avocate a déposé une plainte collective dans la foulée.

HIT WEST
L'avocate des associations devant les journalistes
Crédit: Hit West

Les réponses fournies par la préfecture de Loire-Atlantique n’ont visiblement pas satisfait les 2 associations d’aide et de soutien à l’organisation de fêtes électro. Les représentants étaient pourtant décidés à obtenir des explications quant à l’intervention particulièrement musclée des forces de police dans la nuit du 21 juin dernier sur le quai Wilson à Nantes, alors qu’un dernier son diffusait de la musique vers une centaine de derniers fêtards. Quatorze personnes étaient tombées dans la Loire ce soir-là, un jeune homme, Steve, est toujours porté disparu.

Selon eux, la préfecture met en avant l’enquête menée actuellement par l’IGPN et affirme ne pas avoir eu connaissance de l’existence de ces scènes de musique électronique installées derrière le hangar à banane.  Une aberration pour tous les habitués de cette partie de la fête de la musique, éloignée du centre-ville à cause de la puissance du son généré.

Victor Lacroix est président de l’association nantaise MEdia’son, chargée de promouvoir les musiques actuelles en Pays-de-la-Loire, il est au micro d'Emilie Plantard :

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« La plus grosse surprise de cette réunion, c’est qu’ils n’étaient pas au courant que depuis 20 ans il y avait une installation de scènes à cet endroit-là. Pour eux, c’est une installation de free party. Pour eux, ça ne rentre pas dans la fête de la musique. Ils font vraiment la distinction entre une guitare et un ampli et des platines et une enceinte. Pour eux ça ne rentre pas dans le régime de la fête de la musique qui est de base, des scènes spontanées. Ils n’étaient pas au courant donc ils n’avaient pas à sécuriser les lieux. Je trouve ça hypocrite et c’est une façon de se protéger assez maladroitement. »

Ne pas en rester là

Samuel Raymond est coordinateur de l’association Freeform, association nationale d’aide à la pratique de musique notamment électronique. Lui dénonce la stigmatisation de ce genre musical pourtant pratiqué régulièrement à travers toute la France et le traitement particulier subi par les amateurs de musique techno. Il voudrait faire en sorte que cette intervention à l’issue tragique ne se reproduise pas.

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« Nous on trouve que ce problème-là doit être porté à un niveau national, on va interroger le ministre de l’intérieur qui s’est positionné en disant que potentiellement il y avait un problème. On va interpeller le ministre de l’éducation, de la culture, on va essayer de trouver une solution pour que ça ne se reproduise pas. On ne disperse pas une foule à coup de bombe lacrymogène au bord d’un fleuve, même quand on a pris une canette sur le coin de la tête. La discussion, la médiation c’est ce qui doit passer avant tout. » 

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Plainte collective pour les victimes des lacrymos

Marianne Rostan, avocate au barreau de Paris et habituée à défendre les organisateurs de free party, a annoncé quant à elle déposer une plainte collective contre X le jour même à Nantes, au nom de 85 personnes présentes cette nuit-là sur le quai Wilson, dont au moins 2 d’entre elles sont tombées dans la Loire, pour mise en danger de la vie d’autrui et violences volontaires par personne ayant autorité. Après avoir écouté les 140 témoignages recueillis par l’association Média’son, elle demande à éclaircir la possible disproportion de la réaction des policiers face à d’éventuels jets de projectiles et l’absence de sommation.

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« Sur ces 85 personnes qui déposent plainte, les versions sont complètement concordantes sur le fait qu’il n’y ait eu ni sommation, ni échauffouré qui leur aurait permis de comprendre ce qui allait se passer. Ils indiquent tous qu’ils étaient en train de danser, de discuter avec des amis, que c’était la fin de la soirée et que tout s’était bien passé, de 15H à 4H du matin sans l’ombre d’un incident dans une ambiance bon enfant. Et ce qu’ils décrivent tous c’est qu’ils sont tout à coup submergés par un nuage de lacrymogène. A partir de ce moment-là il y a un mouvement de panique qui conduit 14 personnes à tomber dans la Loire et vous avez compris aujourd’hui, toujours la disparition de Steve. »

Les amis de Steve étaient présents eu aussi aux côté des associations. L'enquête se poursuit pour tenter de retrouver le jeune homme de 24 ans disparu cette nuit-là.