E3C : la mobilisation continue

30 janvier 2020 à 8h58 par Alexandra BRUNOIS

La mobilisation continue en Bretagne et Pays-de-la-Loire contre la réforme du baccalauréat et les fameuses épreuves E3C de contrôle continu. Reportage à Landerneau (29) de Yann Launay

HIT WEST
Banderole contre les épreuves de contrôle continu du bac à l'entrée du Lycée l'Elorn à Landerneau
Crédit: Yann Launay

Les perturbations se poursuivent, dans une partie des lycées où se déroulent les fameuses E3C, les épreuves communes de contrôle continu qui comptent pour le nouveau bac.


A Landerneau, dans le Finistère, par exemple, au lycée de l’Elorn, des élèves ont refusé ce matin encore d’entrer dans la salle d’examen. Ils boycottent les épreuves depuis lundi.


C’est le cas de Julien, élève de 1ère Sciences et Technologies de l’Industrie et du Développement durable. Pour lui les élèves ne sont pas traités à égalité entre les différents établissements. A commencer par le choix des sujets, effectué dans chaque établissement, à partir d’une banque nationale de sujets :


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"C'est une banque de sujets qui est ouverte aux professeurs qui devaient choisir 3 sujets différents. Le problème qui se pose c'est que si les professeurs choisissent ces 3 sujets, ils les lisent et peuvent donc nous faire réviser en conséquences les sujets abordés lors des épreuves. C'est corrigé en interne... Les gens qui surveillent ne sont pas des gens habilités à surveiller... En mathématiques, la calculatrice est censée être en mode examen pour ne pas avoir accès aux données comprises dans la calculatrice, la vérification a été assez légère... Il y a eu aussi une classe où les élèves ont pu tricher, parler entre eux, se donner des informations... ça me paraît assez aberrant pour une épreuve du bac..."


Les élèves qui boycottent les épreuves dénoncent une mauvaise organisation de ces E3C, mais ne sont pas tous opposés à l’idée d’intégrer une dose de contrôle continu dans la note du bac, comme l'expliquent Noah et Ewenn, élèves de 1ère STMG,Sciences et Technologie du Management et de la Gestion, au lycée de l’Elorn

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"C'est bénéfique car ça nous permet d'avoir plus de notes pour le bac et plus de chances de l'obtenir mais le problème c'est qu'elles sont beaucoup trop tôt et ne sont pas surveillées, ce n'est même pas encadré, c'est pas préparé non plus. Il nous manque plein de cours pour être bons, pour avoir les bases pour les maths surtout. On pouvait tomber sur des sujets qu'on n'a même pas révisés, qu'on n'a même pas vus en cours, du coup on n'était pas préparé pour ça. On n'est pas contre, l'idée est bonne, mais c'est le réel qui est un peu tiré par les cheveux... ça a été fait trop vite, ça a été baclé! Certains lycées ont quand même réussi à les décaler même à Landivisiau, pas très loin d'ici, ils ont réussi à les reporter au mois de mars, ce qui était prévu de base et nous c'est ce qu'on a essayé de faire mais on n'est pas assez écouté ici".


DES ELEVES SOUTENUS PAR LES PROFS


Ces élèves qui font la « grève des E3C » sont soutenus par des professeurs comme Erwan Le Guen, prof de maths et membre de Sud Education. Lui aussi dénonce des conditions d’examen inéquitables pour les élèves et ingérables pour les enseignants


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« Beaucoup d’équipes enseignantes, on choisit de ne pas faire remonter de sujets, c’est-à-dire qu’ils ont choisi de ne pas choisir de sujets, de laisser le chef d’établissement ou le recteur choisir un sujet car eux se sentaient incapables de choisir un sujet correctement faisable par leurs élèves. Les conditions de correction nous semblent pour l’instant pas bonnes. Il y aura des corrections par paquets pendant les vacances, les enseignants demandaient des temps de concertation qu’ils n’ont pas eus sur ces temps de correction… Passé un bac dans ces conditions pour les élèves, on s’y oppose fermement ».


DES 0/20 ?


Alors que risquent les élèves qui ont refusé de plancher sur ces épreuves ? La réponse de Mathieu André, prof d’Histoire-géo au lycée de l’Elorn et représentant SNES-FSU


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« Alors le Rectorat est très clair là-dessus et notre chef d’établissement l’a répété… C’est un zéro non négociable sachant que c’est une session de 3C donc ça vaut un peu moins de 2% de la note du bac finale. Sur certaines épreuves, on est monté jusqu’à 50% des élèves qui ont refusé d’y aller. On renvoie la balle aussi du côté du Rectorat et du côté du Ministère, on leur demande d’arrêter cette mascarade et d’annuler cette première session. On voit bien que ça amène à de gros problème d’égalités entre les élèves, entre les établissements. Ça met sous pression des élèves tout au long de leur 1ère, nous on trouve ça inacceptable pour leurs conditions de travail et les nôtres ».


Les élèves grévistes du lycée de l’Elorn veulent adresser un courrier au ministère de l’Education nationale, pour dénoncer les irrégularités qui selon eux entachent les épreuves communes de contrôle continu.