Du glyphosate dans leurs urines

20 novembre 2018 à 14h29 par Katell LAGRE

HIT WEST

Ils ont du glyphosate dans leurs urines et portent plainte : une vingtaine de militants anti-OGM de l'Ouest ont déposé plainte, aujourd'hui à Quimper, Lorient, Saint-Brieuc et Angers.

Comme d'autres avant eux, ils ont fait analyser leur urine, sous contrôle d'huissier, et dans tous les échantillons a été retrouvé du glyphosate, le fameux herbicide contenu par exemple dans le Roundup. Parmi ces "Pisseurs involontaires de glyphosate" : Claude, qui habite Cléguer, dans le Morbihan :

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"Mon taux est de 2,73 nanogrammes par millilitre, et si on se réfère à une norme européenne qui tolère 0,1 ng/ml dans l'eau sde boisson, je considère que j'ai 27 fois la dose dans mes urines... cela pose question : d'où vient ce glyphosate ? Nous on suppose qu'il provient de l'eau que l'on consomme, de l'air que l'on respire en période de traitement, et il peutr se retrouver aussi dans des produits bio contaminés dans des champs.."

Ces militants invitent la population à les imiter, et à faire faire une analyse d'urine... Mais comment cela se déroule-t-il exactement ? La réponse de Michel, l'un des Morbihanais qui ont porté plainte ce mardi :

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"On pisse dans une bouteille, l'huissier contrôle qu'il n'y a pas de triche : qu'il n'y a rien dans les toilettes, et que l'on a rien sur nous, on passe en maillot de bain... l'huissier envoie les échantillons en Allemagne, dans un laboratoire spécialisé.. Cela coûte au total 135 euros, ce n'est pas remboursé par la Sécurité sociale, mais c'est un acte citoyen.."

Ces "Pisseurs involontaires de glyphosate" ont donc déposé plainte, dans les règles, auprès des tribunaux proches de chez eux. Mais quel est l'objet de cette plainte inédite ? La réponse de Maître Jérôme Bouquet-Elkaïm, avocat au barreau de Rennes, qui défend les pisseurs involontaires :

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"La plainte a trois fondements : la mise en danger d'autrui, puisqu'aujourd'hui tout un chacun est contaminé par cette substance active. Tromperie aggravée : les agences sanitaires n'ont pas fait le travail en matière d'évaluation des produits, et les fabricants eux-mêmes trompent en ce qui concerne la composition des produits.. et en dernier lieu, c'est la conséquence, l'atteinte à l'environnement : pollution de l'eau, de l'air, du sol.."

Les plaintes seront transmises au pôle santé du parquet de Paris.
Une plainte pour mise en danger d'autrui, pour tromperie et pour atteinte à l'environnement, mais une plainte contre qui précisément ? :

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"Ce sont les administrateurs, dirigeants des entreprises qui fabriquent et commercialisent ces produits, par ailleurs nous visons les membres de la commission européenne en poste au moment de la réhomologation du glyphosate, et les personnes qui étaient en poste au sein de l'Agence européenne de sécurité sanitaire, de l'Agence française de sécurité sanitaire et de son homologue allemande, qui a préparé le dossier de réautorisation du glyphosate.."

Mais cette plainte a-t-elle de véritables chances d'aboutir ? :

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"Certes il n'y a pas eu de précédent, mais nous avons fait un travail qui nous a permis de considérer qu'une plainte pouvait être déposée. Cette plainte devra aller jusqu'au bout : nous avons aujourd'hui des décideurs publics qui autorisent la commercialisation de molécules qui sont cancérigènes probables et qui sont déjà présentes dans le corps de tout un chacun... Nous sommes en présence d'une catastrophe sanitaire sans précédent.."

Il y a un an, l'Union européenne avait à nouveau autorisé le glyphosate pour 5 ans. En France, l'interdiction de l'herbicide devrait intervenir dans 3 ans, mais cette interdiction n'a pas été inscrite dans la loi. Pour les particuliers, ce sera plus rapide : vous ne pourrez plus utiliser de glyphosate dans votre jardin à partir de janvier prochain.

Reportage de Yann Launay.