Atao, ou l'art de réemployer les jouets

16 décembre 2020 à 7h42 - Modifié : 18 décembre 2020 à 10h06 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Diane Bégard, Anne-Marie et Océane, et Laura Chareyre
Crédit: Alexandra Brunois

« Joujou » : c'est le nom de la marque de jouets et jeux de l'association ATAO dans l'agglomération nantaise. Une marque de jouets réemployés et réutilisés, née dans la tête de Diane Bégard il y a quelques années. Un bel exemple d'économie sociale et solidaire. Le reportage d'Alexandra Brunois.

Jeune maman à Nantes, Diane Bégard s’est posée très rapidement la question d’offrir des jouets d’occasion à ses enfants. Arpentant les vide-greniers et autres ressourceries, elle s’est rendue compte qu’il fallait développer ce service sur la région. Tout d’abord avec sa propre association Bidules Chouettes, puis depuis septembre dans les rangs de l’entreprise apprenante ATAO. Diane Bégard est coordinatrice du chantier de réemploi de jouets ATAO. Elle nous explique le concept de la marque "JOUJOU" :

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« A Joujou, on fait de la collecte, du tri, de la valorisation, du nettoyage et de la vente de jouets. La collecte, le tri et la valorisation se font sur un chantier sur l’île de Nantes et la boutique ouvrira au printemps à proximité d’ici. Elle sera à destination des particuliers qui veulent acheter des jouets à petits prix et des professionnels de l’enfance et de la petite enfance... On collecte les jouets auprès des particuliers. En ce moment au vu du contexte sanitaire, on prend rendez-vous le mercredi matin et le vendredi après-midi. Du coup, on les accueille sur le chantier pour venir déposer leurs jouets. On fait aussi des collectes en entreprise ou dans des conciergeries d’entreprise et des copropriétés ».

Des jouets réemployés

La marque Joujou, c’est donc des jouets réemployés. Leur collecte, le tri, la valorisation, le nettoyage et la vente sont pris en charge par les employés en réinsertion sur un chantier basé (pour le moment) dans les locaux de l’ancien MIN de Nantes. Trois personnes sont actuellement employées en réinsertion. Une dimension sociale à laquelle tenait Diane Bégard, initiatrice du projet :

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« Ce sont des personnes qui sont éloignées du marché de l’emploi, par rapport à leur parcours de vie, des histoires qui sont différentes à chaque fois… Elles sont accueillies chez Atao sur un parcours de 16 mois qui leur permet à la fois de reprendre confiance en elles sur un emploi, un travail, et d’apprendre aussi en parallèle comment on cherche un emploi, qui sont les acteurs économiques qui recrutent, qui offrent des possibilités. Sur la production faire le tri, le nettoyage, la vente de jouets et en même temps tout un parcours personnel, par rapport à leur projet, à leur envie, comment ils veulent se positionner sur le marché de l’emploi et donc on les accompagne pour lever les freins à l’emploi, que ce soit le permis de conduire, la langue française, il y a plein de raisons pour lesquelles aujourd’hui ce n’est pas forcément simple d’accéder à l’emploi. Et au bout de 16 mois, on imagine avec elles l’après Atao et idéalement un emploi durable ou une formation qui correspond à leurs besoins ».

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Le parcours des jouets collectés

Laura Chareyre est l’encadrante technique pédagogique et sociale du chantier Joujou… Elle nous énumère les différentes étapes auxquelles sont soumis les jouets collectés :

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« La première étape ça va être de trier, de vérifier dans quel état sont les jouets, est-ce qu’ils sont comme neufs , en bon état ou simplement en état d’usage. La deuxième étape ça va être de classer tous les jouets, tous les livres par catégories, à titre d’exemple les jouets extérieurs, les puzzles, les poupées… L’étape suivante ça va être de mettre en valeur le jouet donc on va de nouveau vérifier si le jouet est complet, comment on peut le compléter grâce à notre rayonnage de pièces détachées, on va le nettoyer. Et ensuite, il va y avoir toute une réflexion sur l’emballage, la présentation en boutique et un travail sur le prix, un prix juste et équitable ».

Vous pouvez faire un don de jouets à l’association ATAO. Plus d’infos sur la page Facebook « Joujou pour ATAO ». Les jouets de la marque Joujou seront vendus en moyenne 50% du prix neuf. Mais selon leur état, le prix pourra osciller de 70 à 10% du prix originel. La boutique d’Atao ouvrira ses portes en mars prochain dans les anciens locaux de la Bovida, Boulevard Alfred Nobel à Rezé.

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Océane & Anne-Marie, en réinsertion

Le chantier d’insertion a pour objectif à terme d’employer une quinzaine de personnes, dont des personnes en réinsertion professionnelle. Elles sont trois pour le moment dont Océane, 19 ans. Sans diplôme, la jeune femme vient d’intégrer le chantier Joujou, une chance pour elle…

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« Pour moi niveau boulot, ça a été assez compliqué… Il y a un an je suis sortie de formation, manque d’expériences, on n’a pas voulu me laisser ma chance. Du coup, j’ai un petit peu galéré et j’ai trouvé l’association ATAO qui m’a beaucoup aidé. Donc grâce à eux, je suis sur ce chantier qui est très exceptionnel pour moi. J’apprends plein de choses, je découvre de nouvelles choses, un nouveau domaine… C’est fou parce qu’on redonne vie aux jouets en fait ! C’est comme si on était les petits lutins du Père Noël… de rendre la vie aux jouets, c’est sympa, c’est quelque chose ».

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Le parcours d’Anne-Marie, 51 ans, est quant à lui différent. Comptable de formation, la quinquagénaire a eu plusieurs métiers dans la librairie, la logistique… Après des problèmes familiaux et des soucis de santé, elle s’est retrouvée de longues années au chômage avant de rencontre Diane, l’initiatrice du projet Joujou qu’elle a adopté tout de suite…

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« J’ai pu grâce à ATAO intégré l’action de dynamisation, un atelier pour nous remettre sur le chemin de l’emploi et de resocialiser par la création artistique. Et c’est là que j’ai rencontré Diane qui était en train de créer son chantier d’insertion et qui nous a embarqué complètement dans son projet… parce que j’étais déjà touchée par l’écologie et le recyclage et j’ai complètement eu envie de m’investir dans ce projet. Quand j’ai su qu’il y a avait le chantier, j’ai voulu postuler tout de suite avant même qu’il soit fini d’être créé. J’ai pu postuler au bon moment et rentrer dans le projet... C’est aussi le côté éthique de la chose de ne pas gaspiller, il y a un côté transmission qui est très intéressant, on se dit au moins que quand on achète un jouet recyclé, on sait qu’il a survécu à la 1ère salve et que entre guillemets le jouet il est solide et que si il a plu une 1ère fois, il plaira une 2nde fois et qu’il va enchanter tout le monde ».

Un produit d'occasion pour Noël !

En 2021, le projet Joujou a pour vocation de collecter 12 tonnes de jouets et de recruter 12 personnes en insertion ainsi que 3 encadrants. Notons que selon plusieurs sondages, un peu moins d’un Français sur 2 vont acheter un produit d’occasion pour Noël, et plus de 2/3 d’entre eux ne se sentiront pas offusqués de recevoir un cadeau d’occasion cette année. 40% des Français estiment même que le reconditionné c’est l’avenir notamment en terme d’high tech.