Xav-19 : Le futur traitement dont on parle si peu...

18 novembre 2020 à 6h56 par Emilie PLANTARD

Nous vous en avion parlé en juin dernier, une start-up nantaise est sur le point de commercialiser un traitement contre la Covid-19, pour les cas les plus sévères. Mais sa mise au point a été retardée, et le laboratoire ne reçoit pas le soutien espéré de la part du gouvernement.

HIT WEST
Crédit: @Xenothera

Si la bataille des vaccins fait rage actuellement dans le monde, il y en a une autre menée à Nantes, concernant un éventuel traitement contre la Covid-19, le Xav-19. Celle-là ne fait pas le même bruit et pourtant la recherche avance favorablement si on en croit les premiers résultats de la phase 1 de l’étude clinique, menée dans 4 CHU français. En Juin dernier, nous vous expliquions que les essais devaient démarrer en été pour une mise sur le marché en fin d’année… C’était sans compter les quelques obstacles auxquels a dû faire face Odile Duvaux, présidente de la biotech Xénothéra, porteuse du projet :


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"Notamment nous avons eu pas mal de retard lié aux autorités règlementaires françaises dans l’obtention de l’essai clinique. On a pris 3 mois de retard, notre produite étant prêt début juin, nous n’avons malheureusement pas pu démarrer avant septembre les essais cliniques. Et nous avançons à la vitesse qui nous est autorisée, c’est-à-dire que, pour des raisons de prudence, l’agence française (Agence Nationale de sécurité du médicament, NDLR) a souhaité que nous fassions des arrêts de l’essai clinique extrêmement fréquents pour nous assurer de l’absence d’effets toxiques de notre médicament."






La phase II des essais cliniques


Des protocoles stricts, qui amènent la biotech à rentrer aujourd’hui dans la deuxième phase d’essais cliniques, afin de confirmer les premiers bons résultats. Ceux-ci seront menés directement sur des patients malades de la Covid-19, pris en charge dans une quarantaine de CHU français.


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"Pour notre essai clinique, nous savons que 25 à 30% des gens qui rentrent à l’hôpital, sont susceptibles de s’aggraver. Donc nous allons comparer des gens susceptibles de s’aggraver à 30% et nous allons leur donner du Xav-19 ou bien au contraire, leur donner un placébo. Nous comparerons ensuite les 2 cas. Ce que nous pensons, c’est que nous aurons moins de 5% de cas des gens qui auront reçu du Xav-19 qui s’aggraveront, alors que dans le groupe de patients qui auront reçu du placébo, vous serez à 30% d’aggravation. C’est comme ça qu’on pourra dire que le Xav-19 est très efficace."


Un espoir avant l'été prochain


Cette deuxième phase, à grande échelle, de l’essai clinique devrait durer environ 6 mois. Ce n’est qu’ensuite que le traitement pourra être utilisé largement au sein des hôpitaux pour soigner les patients atteints de Covid-19. Normalement à l’été 2021.


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"L’essai clinique à large échelle, il va démarrer dans 3 semaines, on espère avant Noël. Après, quand est-ce qu’on aura les résultats ? Ça va dépendre du nombre d’hôpitaux associés à l’essai et du nombre de patients sur lesquels on avancera. On travaille aussi avec d’autres pays européens et si tout se passe comme on veut, on espère avoir la possibilité d’avoir le traitement à disposition des populations au 2è trimestre de 2021."






Soigner les malades, soulager les hôpitaux


Croisons les doigts, donc, car pour la directrice de Xénothéra, ce traitement limitera considérablement le passage des patients hospitalisés en service de réanimation. Or, la surpopulation de ces services est un enjeu majeur de la crise sanitaire que nous traversons.


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"Je ne dis pas qu’il ne faut pas de vaccin, mais on est dans une situation qui fait qu’on a besoin de traitements ! Aujourd’hui on connaît très bien l’histoire de la maladie, les gens s’aggravent entre 6 et 9 jours. Ils ont les premiers symptômes, et entre le 6è et le 10è jour, ils peuvent développer des symptômes plus graves, qui nécessitent qu’ils viennent à l’hôpital. Donc là, on va mesurer leur saturation en oxygène, et arbitrer sur une hospitalisation ou pas. Nous ce qu’on veut, c’est que le Xav-19 soit donné à ce moment-là. Même si les gens rentrent chez eux. Et si les gens restent à l’hôpital, on leur donne le traitement et les gens sortent en 48 heures. Il n’y a donc pas de passage en réanimation, ou beaucoup moins qu’aujourd’hui."


Le gouvernement, lui, attend un vaccin...


Mais alors pourquoi le gouvernement ne parle-t-il jamais de ces espoirs liés à un éventuel traitement ? Pourquoi toute l’attention, des politiques et des médias, se porte-t-elle sur la mise au point d’un vaccin… ? Bien sûr, la petite start-up nantaise ne fait pas le poids face aux géants de l’industrie pharmaceutique. Mais Odile Duvaux ne cache pas sa déception en constatant le soutien si discret des autorités françaises.


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"Bien sûr qu’il y a une forme de désillusion, en se disant est-ce que je suis en train de prêcher dans le désert… ? Et puis après, en tant qu’entrepreneur, j’essaie de me dire que le pire n’est jamais certain et que c’est à moi de déployer l’énergie pour faire changer les choses, et puis je me mets à la place de nos politiques, je pense qu’ils sont conseillés par des gens qui doivent absorber une complexité extrêmement importante et il se peut que les choses leur arrivent de manière simplifiée. Il faut rassurer les populations, communiquons sur un espoir de vaccin…"


Xenothera et son Xav-19 peuvent toutefois compter sur le soutien du professeur Raffi, chef du service d’infectiologie de Nantes qui dirige les essais cliniques du traitement à Nantes. Quant à l’entreprise, elle travaille activement au développement du médicament et sa diffusion, en priorité sur le territoire français.