Valneva va commercialiser un vaccin anti-COVID, pour le Royaume-Uni avant la France

3 février 2021 à 6h17 - Modifié : 4 février 2021 à 11h04 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: pixabay

A défaut de Sanofi, la France aura bientôt son vaccin contre le Covid... mais c'est le Royaume-Uni qui en profitera en premier car le pays a financé les recheches de la biotech nantaise Valneva. Les Français devront patienter un an. Le reportage de Jules Housseau.

Près de 95.000 Ligériens ont désormais reçu la première dose du vaccin anti-COVID, sur plus d'1,6 million en France. Hier soir sur TF1, le président Emmanuel Macron a déclaré que tous les français qui le souhaitent pourront être vaccinés avant la fin de l’été. Quatre sites vont par ailleurs produire dans l'Hexagone des vaccins anti-COVID19 dès la fin du mois. Cette semaine, la présidente de Région (LR) Christelle Morançais a dénoncé " le coup manqué de l’Etat pour développer une production de vaccin made in France" depuis Saint-Herblain, dans l'agglomération de Nantes.

Une production made in Europe

Ici, la société de biotechnologie européenne Valneva développe un tel vaccin, mais il est d'abord destiné au Royaume-Uni, qui a financé les recherches. Les Britanniques ont depuis passé une première commande de 60 millions de doses, et une autre de 40 millions. Le directeur général, Franck Grimaud, tente de balayer la polémique :

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« Il se trouve que notre unité de production est basée en Ecosse pour d'autres vaccins et en s'appuyant sur cette unité le Royaume Uni a considéré qu'il était intéressant de nous financer des extensions de capacités importantes, qui vont d'ailleurs bénéficier à tous les pays, entre autres en Europe. Deuxième élément, ils ont cru depuis le départ à cette stratégie de vaccin inactivée, donc ils nous ont permis d'avoir les premiers financements pour ce développement clinique. Maintenant on entre dans une phase contractuelle avec l'Europe et on va délivrer ses premières doses à l'Europe début janvier 2022 si on est capable de le faire... Je pense qu'on doit considérer qu'on a beaucoup de chance qu'il y a deux vaccins disponibles, d'autres arriveront. Celui de Sanofi-Pasteur arrivera également avec peut-être quelques mois de retard. On n'a pas du tout à rougir en Europe de notre situation. On a deux des leaders mondiaux du vaccin, on a un certain nombre de sociétés de biotechnologie dont la nôtre qui participe à cet effort et qui adresse une bonne réponse. Je pense que plutôt de polémiquer, il faut voir le côté positif des choses et le fait que chacun apporte sa contribution à cet effort très important. »

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Un vaccin inactivé, plus facile à conserver

Ce vaccin inactivé, plus long à mettre au point, la biotech Valneva y travaille depuis le début de la pandémie :

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« On a annoncé qu'on se lançait dans la course en avril et depuis on travaille jour et nuit. On a constaté qu'il n'y avait pas de vaccins inactivés en développement, même si c'était plus long en développement, on le savait, que c'était intéressant d'avoir aussi un vaccin inactivé dans le portefeuille de vaccins disponibles pour les gouvernements, les médecins, les hôpitaux.. Notre technologie, consiste à sélectionner une souche virale, on en a fait venir plusieurs de différents pays. On a constitué une banque virale à Nantes dans les laboratoires. Cette banque a été envoyée en Ecosse pour la production de la matière active. Puis, dès lors qu'on entre en production en grands volumes, la mise en flacon se passe en Suède et ensuite on délivre à différents gouvernements. »

Contrairement aux concurrents à ARN-Messager, ce vaccin peut être conservé à moindre température... 

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« L'un des intérêts de notre vaccin, c'est qu'il se conserve à 2-8 degrés, avec toute une chaîne de froid qui est une logistique déjà très connue pour le vaccin grippe par exemple. Cela a un intérêt non seulement en Europe car toutes les pharmacies et médecins ont un frigo dans lequel ils peuvent stocker notre vaccin, mais cela a un intérêt aussi pour les pays par exemple en développement pour lesquels une conservation à -70 degrés peut être compliquée. Le deuxième intérêt, c'est que c'est un vaccin très sûr, connu depuis plus de 70 ans et une fois les autorisations obtenues, il peut être adressé aux enfants, aux personnes âgées, aux femmes enceintes comme aux personnes immuno-supprimées ».

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Des commandes honorées pour le Royaume Uni, avant la France

Toutes les commandes pourront largement être honorées par Valneva, selon Franck Grimaud :

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« Aujourd'hui les capacités installées et la nouvelle unité de production qu'on est en train de finaliser près d'Edimbourg va nous permettre, sur une année de produire jusqu'à 200 millions de doses et on espère que si la productivité est plus importante que nos hypothèses de base pouvoir délivrer plus de doses sur une année. ».

Une centaine de personnes participent actuellement à un essai clinique de phases 1 et 2, et si tout va bien un essai de phase 3 sera lancé avec plus de 4000 volontaires. L'autorisation de commercialisation est prévue à l'automne pour le laboratoire. La production de dose arrivera au plus tôt en France en 2022, mais ce ne sera pas trop tard assure le PDG de l'entreprise Franck Grimaud :

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« Tout d'abord pour réussir à maîtriser et à eradiquer ce virus, il va falloir construire une immunité collective très importante, probablement au moins à 70% de la population vaccinée dans les pays donnés. Les médecins qui vont devoir administrer le vaccin à leur patient dans la deuxième vague, après celle des personnes les plus à risques, seront contents d'avoir un vaccin inactivé à recommander à leur patient. De plus, il faudra faire des rappels. On pense que les gouvernements dans leurs commandes aujourd'hui, ça ira au-delà de 2021, qu'il y aura des vaccinations nécessaires en 2022 voire même au-delà de 2022. »

Valneva emploie près de 500 personnes sur l'ensemble de ses sites en Europe. Des ressources humaines qui pourraient être portées à 800 dans les prochains mois. A Saint-Herblain, ils sont 60 à travailler au siège dont 25 chercheurs dans les laboratoires, classés niveau 3 sur 4.

Des propos recueillis par Jules Housseau

Hit West avait consacré un reportage à la société l'été dernier : VALNEVA : UN VACCIN EN DEVELOPPEMENT A NANTES