Une nouvelle mission pour Tara, au départ de Lorient

12 décembre 2020 à 13h56 - Modifié : 12 décembre 2020 à 14h16 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: Yann Launay

Un départ sans fanfare, pour Tara : la goélette a quitté Lorient ce samedi pour un périple de près de 2 ans sur les côtes chiliennes et en Atlantique sud. Le reportage de Yann Launay.

Tara est partie de Bretagne cet après midi, pour une nouvelle mission, qui vise à mieux connaître le "microbiome" des océans : les virus, bactéries, micro-algues, et mieux prévoir leur réaction au changement climatique. Une mission de 70 000 kms, mais un départ en toute sobriété, covid oblige : pas de public et pas d'animation. L'équipage était d'ailleurs confiné depuis une semaine à bord, pour éviter tout risque de contamination. Mais plutôt que de repousser le départ, c'est le choix de s'adapter qui a été retenu, comme l'explique Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara :

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"Faire changer les équipages en cours de route, les scientifiques à bord du bateau : ça va être un challenge. On a des protocoles en place en cas de covid à bord. On va se pencher sur les vaccins... On a décidé de partir, parce que les enjeux de long terme n'attendent pas. Cette crise du covid nous prend à la gorge, tous, dans notre quotidien, et finalement on ne pense qu'à ça... Il ne faut pas oublier que cette planète a pas mal de problèmes : climat, pollution, et qu'il ne faut pas baisser les bras. Les grandes missions doivent continuer à exister, pour que la connaissance progresse, que les scientifiques comprennent mieux ce qui va se passer demain..."

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Romain Troublé @YannLaunay

Une mission de deux ans

Tara se donne deux ans pour étudier le "microbiome marin", l'ensemble des virus, des bactéries, des micro-algues qui peuplent les océans, et qui restent très mal connus, comme l'explique Colamban de Vargas, chercheur au CNRS, à la Station biologique de Roscoff, et co-directeur de l'expédition :

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"On ne connaît pas les fonctions, ni comment les organismes interagissent entre eux pour former des écosystèmes. Ce microbiome absorbe une quantité phénoménale de gaz carbonique, et produit la moitié de l'oxygène planétaire. De petits changements du microbiome peuvent avoir des effets majeurs sur l'équilibre écologique du système Terre. Comprendre cela, c'est l'urgence : au lieu d'envoyer des fusées sur mars et de dépenser des milliards pour sortir de l'atmosphère terrestre, on devrait déjà je crois comprendre notre habitat..."

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Pour Colomban de Vargas, il y urgence à comprendre le fonctionnement de ce "microbiome marin" :

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"C'est un système qui peut changer très vite, beaucoup plus vite que les forêts ou les écosystèmes terrestres. Dans l'océan tout bouge, la température, la chimie, le taux d'oxygène changent très vite, le microbiome va changer aussi très vite, ça peut changer radicalement par exemple les espèces de poisson qui vivent dans certaines zones, parce que le microbiome produit la nourriture des poissons. Il peut y avoir aussi des effets plus grands : la production d'oxygène de la planète... Il y a tout à voir, tout à comprendre..."

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Colomban de Vargas @YannLaunay

Tout au long de ce périple de 70 000 kms, les scientifiques embarqués vont multiplier les prélèvements, pour mieux connaître les plus petits des habitants de l'océan :

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"On va prélever des échantillons de plancton, de virus, de bactéries, à plusieurs profondeurs, jusqu'à mille mètres. On va essayer de comprendre comment ça fonctionne, à quoi ils sont sensibles, comment demain ça marchera avec le changement climatique, avec la pollution plastique... Et on y va avec une quarantaine de laboratoires, un programme de recherche européen.. La page est blanche ou presque..."

Une mission organisée dans un contexte particulier

Mais dans ce contexte de pandémie, n'est-il pas plus compliqué de mettre sur pieds une telle expédition ? La réponse de Stéphanie Clément-Grandcourt, directrice du développement de la Fondation Tara :

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"La période est compliquée : on sent qu'il y a un repli, tout le monde est prudent, aussi bien au niveau des particuliers qu'au niveau des entreprises. Pour autant, la Fondation fait face à des enjeux urgentissimes, et plus on aura les moyens d'agir, plus on ira vite pour offrir des réponses face à ces enjeux. C'est une course contre le temps, on se bat tous les jours, mais on a aussi énormément des donateurs, de partenaires qui sont pour certains fidèles depuis plus de 10 ans auprès de la Fondation, et c'est grâce à eux qu'on arrive à partir..."

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Stéphanie Clément-Grandcourt @YannLaunay

Tara a mis le cap sur les côtes chiliennes, avant un grand périple tout autour de l'Atlantique sud. 23 escales sont au programme, en Amérique du sud et en Afrique, pour aller à la rencontre des scientifiques locaux, des enfants dans les écoles comme du grand public. Retour à Lorient prévu en septembre 2022.

Un reportage de Yann Launay.