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Une découverte archéologique majeure au large des côtes bretonnes

14 janvier 2019 à 07h28 Par Alexandra BRUNOIS
Crédit photo : DRASSM

A la recherche des épaves de La Cordelière et du Régent au large de Brest, les archéologues bretons ont découvert l'épave d'un navire encore plus ancien... datant de la fin du Moyen-âge. Reportage de Yann Launay.

C'était en juin dernier : les archéologues du DRASSM entamaient la recherches des épaves de la Cordelière et du Régent, au large de Brest. Les deux navires avaient sombré en 1512 lors d'une bataille entre la flotte d'Anne de Bretagne et la flotte du roi d'Angleterre Henri VIII. Le Département des Recherches Archéologiques Sous-Marines a déployé les moyens techniques les plus pointus pour tenter de localiser les épaves.

Environ un quart de la zones de probabilité a été scrutée, mètre par mètre... Pas de trace de la Cordelière et du Regent... mais une découverte : celle d'une épave aussi -voire plus- ancienne, qui repose par 50 mètres de fond, au large de la Pointe du Petit Minou, d'où le nom de code donné à cette épave : "Sud Minou 1"...

Une épave qui remonterait à la fin du Moyen-âge, mais dont l'état de conservation paraît relativement bon : l'épave a dû souvent être recouverte par les dunes de sables qui se déplacent sur le fond, à l'entrée du Goulet de Brest. La structure du bateau reste donc facilement identifiable, comme l'explique Michel L'Hour, patron du DRASSM :

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"Donc aujourd'hui, ce que l'on voit, c'est une espèce de grand bateau, longitudinalement coupé en deux, donc il y a un flanc tribord, on voit une ancre, un flanc babord étalé sur le sédiment : même un néophyte total voit tout de suite qu'il y a là un bateau sur le fond de la mer.. On a même trouvé un coffre en bois, ouvert, dans lequel on voit qu'il y a des objets."

Quand l'épave s'est dessinée sur l'écran du sonar, Michel L'Hour et son équipe ont d'abord cru qu'il pouvait s'agir de la Cordielière et du Regent. Ils ont dû se raviser, mais l'épave découverte garde tout son mystère :

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"On ne sait rien du bateau.. L'analyse du site montre qu'il n'y a pas de pièce d'artillerie à bord.. Difficile d'imaginer qu'une grosse pièce d'artillerie, même mangée par la corrosion, même 500 ans après, puisse disparaître complètement sans laisser de trace.. Tout laisse penser que ce bateau n'était pas armé, ce navire de 30m de long ne peut être qu'un gros navire marchand, mais il n'a pas non plus de cargaison qui ait laissé de traces pour l'instant."

Le prélèvement de quelques fragments de céramique, lors d'une plongée sur l'épave, ont donné l'espoir d'en savoir plus.. mais ces fragments sont restés muets pour le moment :

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"Cette céramique est étonnante : elle ressemble tout à fait à ce que l'on produit à la fin du Moyen Age, sauf que tous les spécialistes que nous avons consultés nous disent que c'est probablement daté de cette période, mais ils n'ont aucune idée de ce que c'est.. Ce ne sont pas des productions françaises ou bretonnes, donc on est partis dans des investigations plus lointaines : on pense à l'Espagne, à l'Europe du Nord... C'est un flot de questions qui s'est élevé après la découverte de ce site."

Cette épave "Sud Minou 1" sera fouillée en juin prochain, avec l'utilisation de robots, puisque la profondeur et la présence de forts courants rendent compliquée la plongée humaine. Parallèlement, la recherche de la Cordelière et du Regent se poursuivra, dans la rade de Brest. La campagne, menée en partenariat avec la Région Bretagne, doit s'étaler sur 3 ans, jusqu'en 2020.

La première phase de cette campagne de trois ans aura donc permis la découverte d'une épave, et aura aussi permis de déployer des moyens techniques pour certains encore expérimentaux, à la pointe de la technologie : le bilan est donc déjà très satisfaisant pour Michel L'Hour :

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"Dans le cahier des charges initial, on avait convenu que l'engagement humain et le budget étant conséquents, il fallait que même si les épaves n'étaient pas trouvées, on puisse se dire que c'était une belle opération et qu'elle se justifiait. On a beaucoup avancé dans le développement de systèmes robotiques qui auront d'autres applications que l'archéologie."

A noter que Brest accueillera en juin prochain la Conférence de l'UNESCO pour la protection du patrimoine subaquatique. Une première dans une ville de province. Des délégations venues du monde entier s'y retrouveront pour 3 jours de colloque.