Un moratoire de 6 mois sur les taxes

4 décembre 2018 à 5h45 par Alexandra BRUNOIS

Au 18ème jour de mobilisation des gilets jaunes, le gouvernement fait marche arrière sur trois réformes fiscales.

HIT WEST

Edouard Philippe a annoncé ce midi un moratoire de 6 mois sur la taxe carbone prévue pour le 1 er janvier. Suspension pour 6 mois également de la taxe sur le gazole non routier.


Le gouvernement revient aussi sur le durcissement du contrôle technique.


Enfin, les hausses de l'électricité et du gaz prévues pour le début d'année prochaine sont gelées, pour 6 mois également.


LA REACTION DES GILETS JAUNES


Ces nouvelles propositions du gouvernement apaiseront-elles la colère des Gilets jaunes ? On peut en douter au regard des réactions sur le terrain. Ce moratoire sur le hausse de la taxe sur le carburant était la revendication d'origine. Mais pour Pascal, porte-parole des Gilets jaunes de Lorient, ces propositions arrivent trop tard :

Écouter le podcast


"Pourquoi avoir attendu 3 semaines, pourquoi avoir attendu que le peuple, les policiers, se fassent blesser, tuer ? Cette mesure aujourd'hui ne veut plus rien dire... Un moratoire de 6 mois, cela veut dire quoi ? Dans 6 mois on prend les mêmes et on recommence ?.."

Ce qu'attendent les Gilets jaunes lorientais, ce sont des mesures ambitieuses et rapides pour augmenter le pouvoir d'achat, comme l'explique Florence, gérante d'auto-école et porte-parole des Gilets jaunes de Lorient :

Écouter le podcast
"On attend un pouvoir d'achat qui revienne, mais qui revienne définitivement : il faut relever le Smic, d'abord, baisser ces taxes : quand on vous parle de tva à 20% sur des produits de base, il faut arrêter... Baisser les taxes, remonter le Smic, et demander aux grandes fortunes de mettre la main au portefeuille..."

Les Gilets jaunes se structurent : ils se coordonnent désormais au niveau de la Bretagne sud, se dotent de porte-paroles, et veulent maintenant consigner leurs revendications noir sur blanc. Ces doléances seront accompagnées de propositions de solutions : les Gilets jaunes de Lorient proposent par exemple d'utiliser l'argent du CICE - le Crédit d'impôt compétitivité dont bénéficient les entreprises :

Écouter le podcast
"Un CICE qui coûte 40 milliards pour l'année 2018, et qui ne sert à rien, c'est de l'argent gaspillé... redonnez-le au peuple, qui en a besoin pour vivre, ou plutôt pour survivre, et vous verrez que la pression retombera, et les gens commenceront à discuter.."

Pour les Gilets jaunes de Lorient, les propositions du gouvernement ne sont pas à la hauteur de la crise. Les Gilets jaunes s'estiment incompris par les politiques, et ils sont nombreux aujourd'hui à demander la dissolution de l'Assemblée nationale :

Écouter le podcast
"Tous les citoyens qui sont là auraient aimé que les députés soient là où ils devraient être : dans leur département.. à Lorient, par exemple, on n'a jamais vu un député... Mesdames et Messieurs les députés, vous ne remplissez plus votre mission, le peuple citoyen ne veut plus de vous, donc prenez vos responsabilités.."

Reportage de Yann Launay.


Ce soir le dépôt pétrolier de Lorient est toujours bloqué. En revanche, le blocus a été levé à Brest.


Il est encore compliqué de remplir son réservoir, dans le Finistère et le Morbihan notamment.
Le préfet du Finistère a d’ailleurs décidé de restreindre l'achat d'essence et de gasoil, dans le département : c'est 30 euros maximum par jour et par personne pour les véhicules légers, 200 euros pour les poids lourds. Un rationnement pour éviter que les stations service encore approvisionnées ne se vident trop rapidement car elles sont prises d'assaut.
C’est le cas par exemple dans la zone commerciale de Kervidanou, à Quimperlé, où les automobilistes doivent patienter, dans une longue file d'attente, avant de pouvoir atteindre les pompes :


Écouter le podcast


Les préfectures bretonnes rappellent que les stations-service sont approvisionnées normalement malgré le blocage par les gilets jaunes des dépôts pétroliers de Brest et Lorient. C’est la surconsommation irrationnelle qui provoque la situation de pénurie. Les automobilistes sont invités au civisme et à la responsabilité.







A Quimperlé, ils se relaient jour et nuit depuis maintenant plus de trois semaines sur un rond-point de la zone d'activité de Kervidanou, à la sortie de la voie rapide Nantes -Brest. Ils sont retraités, artisans, chômeurs, et ils ne se satisfont pas du dialogue entamé avec le gouvernement. Un dialogue qu'ils jugent illusoire, alors qu'ils attendent des décisions concrètes et rapides, comme l'expliquent Joëlle et Jean-Luc, mobilisés sur ce rond-point depuis trois semaines :

Écouter le podcast
"On ne nous écoute pas, on a rien, cela n'avance pas... Macron n'a juste qu'à dire : "je suspends les taxes sur le carburant"... on ne demande pas la totalité des revendications, mais on demande un minimum, pour que tout le monde puisse passer Noël chez soi, avec sa famille... et là cela ne va pas être le cas, on va passer Noël sur ce rond-point... et on remonte à Paris samedi... même sans gasoil on y retourne samedi.."

Pour Joël, mobilisé depuis le premier week-end sur ce rond-point de Quimperlé, le gouvernement n'a pas réussi à diaboliser le mouvement, c'est même le contraire selon cet infirmier récemment retraité : Joël estime que l'absence de réponse du gouvernement n'a fait que souder les Gilets jaunes, et plus largement les Français. En trois semaines, ce mouvement enregistre déjà une victoire, pour Joël : avoir sorti les Français de leur individualisme :

Écouter le podcast
"On retrouve dans ce mouvement une notion de partage, une notion de groupe que l'on avait pas l'impression de pouvoir recréer.. on rencontre toute sorte de gens, et on voit que l'on est tous dans le même bateau, que l'on vit tous la même chose avec les difficultés financières, les difficultés de fin de mois.."

Reportage de Yann Launay.


EDOUARD PHILIPPE RENCONTRE L'OPPOSITION ET LES GILETS JAUNES


Le Premier Ministre a reçu hier les chefs de partis représentés au Parlement. Une demande du Président de la République suite aux violences qui ont émaillé le 3ème samedi de mobilisation. Les chefs des différents partis politiques ont été reçus par le Premier Ministre. Aujourd’hui, les représentants des gilets jaunes devraient être reçus par Edouard Philippe… mais seulement l’un d’entre eux, le chauffeur de taxe nantais, David Tan a décidé de répondre positivement à l’invitation. Il a été reçu en milieu d'après-midi.


Au total, 136 mille personnes ont manifesté samedi partout en France. Des rassemblements qui se sont déroulés relativement dans le calme en Bretagne et Pays-de-la-Loire... mais qui ont dégénéré par endroit en France… et notamment à Paris. 378 personnes ont été placées en garde à vue suite à des dégradations en France. On déplore 263 blessés.