Bretagne

Un an après, les Gilets jaunes reviennent sur leur mouvement

12 novembre 2019 à 05h50 Par Dolorès CHARLES
Crédit photo : Pixabay

Journée spéciale Gilets Jaunes « Un an après », dans les éditions Info sur Hit West entre 6h et 19h. Ce mardi matin, on s'intéresse à celles et ceux qui manifestaient il y a un an dans l'Ouest, pour plus de pouvoir d’achat, moins d’inégalités et contre la hausse des taxes sur le carburant.

Ce sont des Gilets jaunes de la première heure : Emma, Michel et Alain sont Morbihannais, et manifestaient le samedi 17 novembre 2018 à Lanester et Locminé. Vous les aviez entendus sur Hit West, et un an plus tard, nous avons voulu savoir s'ils se revendiquaient toujours Gilets jaunes, si le mouvement avait eu des conséquences sur leur situation personnelle, et connaître aussi leur état d'esprit, le regard qu'ils portent sur le mouvement aujourd'hui. Alain et Michel avaient ensemble participé à l'organisation de la manifestation du 17 novembre à Locminé, au nord de Vannes. Ils appartiennent à une association de "contribuables en colère", le Collectif 56.

Alain, cadre à la retraite, se revendique-t-il Gilet jaune, un an après ? :

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"On peut dire que je suis toujours gilet jaune... mais pas sur la route... Je n'adhère pas forcément à tout ce qui se passe lors des manifestations des Gilets jaunes, mais on reste et on soutient oui des Gilets jaunes, parce que la majorité des revendications importantes n'ont jamais trouvé leur solution, avec notre président qui nous a bien baladé pendant plusieurs mois dans sa campagne auprès des maires, sans à mon avis répondre du tout à la question..."

Du positif dans ce mouvement ?

Alors à ses yeux, ce mouvement des Gilets jaunes aura-t-il servi à quelque chose ? :

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"Bon, il y a eu quelques miettes de distribuées quand même... Maintenant, il aura certainement servi à faire prendre conscience qu'il ne faut pas prendre les Français tous pour des imbéciles : on est tous allés à l'école, et on s'aperçoit que la notion d'égalité est bien présente dans les esprits, en France, et que donc il va falloir faire en sorte de limer ces grosses inégalités, entre les plus riches et le reste de la population..."

Le mouvement peut-il connaître un regain ? :

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"Le mouvement s'est délité pour plusieurs raisons : de par l'individualisme de plus en plus prononcé chez les Français, de par les attaques successives, les tentatives de récupération par les partis politiques, les ambitions personnelles des têtes de mouvement des Gilets jaunes. Je ne dis pas que c'est la fin : le mouvement des Gilets jaunes aurait besoin de renaître de ses cendres, mais il va falloir une prise de conscience collective énorme pour pouvoir le refaire..."

La vague jaune a conduit à de belles rencontres

Michel est commerçant, caviste à Locminé, et emploie 6 salariés. Il ne regrette absolument pas sa participation aux premières manifestations :

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"Cela a été de très très belles rencontres, je crois qu'on a tous mesuré les difficultés de tout un chacun, autour de nous. Cela a permis de rencontrer des personnes de tous les milieux. Après, le mouvement est parti un peu "en live", à Paris et dans les grandes villes, on s'est dissocié et on suivait ça de beaucoup plus loin. Par contre, les revendications du départ, je pense qu'elles sont aujourd'hui encore vraies : un an après, le pouvoir d'achat n'est toujours pas au rendez-vous..."

Pour Michel, rien n'a réellement changé depuis un an, et les revendications du départ sont loin d'être satisfaites : pour le prouver, Michel ressort le cahier de doléances qu'il avait remis en janvier dernier à la députée de sa circonsription, à l'intention du Président de la République :

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"On partait par exemple sur la remise à plat de la fiscalité : pour le moment rien n'a changé... Les inégalités financières : rien n'a changé, on ne revient pas sur l'impôt sur la fortune... Une République plus participative : avec 4 millions de participants pour faire un référendum d'initiative partagé, je pense qu'il n'y a pas un pays au monde où l'on demande autant de gens... Les services publics : rien n'a changé, quand on voit les fermetures de centres des impôts, le manque de moyens des hôpitaux..."

Selon Michel, le mouvement des Gilets jaunes peut-il reprendre de l'ampleur ?

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"Il peut connaître un regain sous une autre forme, peut-être. Depuis 6 mois, les gens se sont refermés sur eux-mêmes : il n'y a rien de pire que de voir des gens se refermer sur eux-mêmes. Je ne sais pas s'il y aura des ronds-points de retour cet hiver, je ne pense pas. Je redis haut et fort à ceux qui veulent l'entendre, à nos dirigeants, que rien n'a changé depuis un an : ma vie et celle de mes salariés n'est pas plus facile qu'il y a un an..."

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Gilets Jaunes à Angers

Emma : "On est toujours très soudés..."

Emma elle aussi est une Gilet jaune de la première heure. Elle manifestait le 17 novembre 2018 sur le rond-point de Lann-Sévelin, à Lanester, un haut lieu du mouvement, le premier mois, dans le Morbihan. Aide-soignante de formation, âgée de 31 ans, Emma élève seule son enfant handicapé.
Emma fait partie de ces Gilets jaunes mobilisés sans interruption depuis un an : elle a participé à des manifestations presque tous les week-end. Si pour elle le mouvement n'a pas atteint ses objectifs, il aura permi la création de liens très forts entre ses membres :

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"On est toujours très soudés : j'ai rencontré des gens le 17 novembre 2018, on est bientôt le 17 novembre 2019 et aujourd'hui on peut dire qu'on forme une famille. Avant, chacun voyait ses problèmes dans son coin, peut-être même en se remettant en question, en se disant : c'est peut-être de ma faute... Le mouvement des Gilets jaunes a permis de rencontrer d'autres personnes avec qui on a pu avoir des discussions, et en fait on s'est rendu compte qu'il y avait quelque chose à refaire avec ce système qui nous engloutit..."

Mais Emma n'a pas vu sa situation personnelle s'améliorer : elle n'a pas bénéficié des mesures gouvernementales nées du mouvement :

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"Je n'ai pas de patron, donc la prime, je ne l'ai pas... Mes heures supplémentaires, c'est tous les jours, mais comme je n'ai pas de patron, elles ne sont pas défiscalisées... Finalement, toutes ces mesures ne me touchent pas, bien que je sois contente que cela puisse éventuellement rendre service à d'autres personnes. Je me bats pour un ensemble, je ne me bats pas que pour ma petite cause..."

Un an et des dizaines de manifs après, pas question pour Emma de se décourager et de ranger son gilet jaune :

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"Cela n'aurait pas de sens d'avoir fait tant de sacrifices en un an pour rebrousser chemin et se dire : on rentre chez nous, on n'a pas gagné... Je continue et je continuerai jusqu'à ce qu'on arrive à obtenir ce que l'on veut : la possibilité de vivre dignement dans ce pays..."

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@yannLaunay

Emma a été blessée lors des manifestations, mais elle est tout de même résolue à continuer à y participer : Emma estime que le mouvement des Gilets jaunes subit une répression injuste :

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"Je n'ai pas de casier judiciaire, je ne suis pas une violente, et pour autant, j'ai été gazée, matraquée, j'ai eu le droit au flash ball, j'ai eu le droit aux insultes venant des forces de l'ordre... Ni la violence, ni la peur, ni les injustices ne me feront rentrer chez moi, bien au contraire : cela ne fait que nous motiver..."

Pourquoi ne pas mener cette lutte sur le terrain politique, dans les urnes ? :

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"Vous ne vous rendez pas compte des bâtons dans les roues que l'on peut nous mettre quand on décide de rentrer dans le jeu... On pourrait peut-être réussir quelque chose au niveau local, et encore, je ne suis pas sûre, mais dès que l'on commence à dépasser l'échelle de la ville, c'est un système qui est tellement verrouillé... et ce n'est pas l'esprit Gilets jaunes de se faire représenter par 2, 3 personnes : on veut pouvoir gouverner ensemble, prendre les décisions ensemble, et que ce ne soit pas des élites qui décident entre eux de ce qui est bon pour nous..."

A suivre...

Notre journée spéciale Gilets Jaunes continue sur Hit West avec l’universitaire d'origine nantaise Emmanuelle Reungoat, qui a mené l’enquête sur les Gilets Jaunes dès l’automne 2018 ici.

Dans cette vague jaune, il y a eu du positif et du négatif : des mesures pour plus de pouvoir d’achat, la prime Macron par exemple ou la défiscalisation des heures supplémentaires, mais il y a eu également de la violence, des blessés … et une répétition des actes qui a pénalisé les petits commerçants en particulier à Nantes et Rennes. A suivre sur notre site hitwest.com