Tri sélectif : allez les jaunes !

18 février 2021 à 9h46 - Modifié : 18 février 2021 à 10h50 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Usine Arc-en-ciel (Couëron)
Crédit: Cédric Mané (Hit West)

Que met-on dans les poubelles jaunes ou sacs jaunes, chez vous ? Depuis le 1er janvier, la métropole de Nantes a instauré de nouvelles mesures, les yaourts par exemple et les tubes de dentifrice vont désormais dans les sacs jaunes. Objectif de la métropole : simplifier le tri pour mieux trier. Reportage de Cédric Mané à l'usine de recyclage Arc en Ciel de Couëron Atlantique.

La mesure est entrée en vigueur le 1er janvier 2021 : désormais ce ne sont plus que les bouteilles et les flacons en plastique, mais tous les emballages qui sont à déposer dans la poubelle jaune ou le sac jaune sur la quasi-totalité de la Loire-Atlantique, métropole de Nantes comprise. Les pots de yaourt, les tubes de dentifrice, les barquettes en métal, en carton ou en aluminium, tout ce qui contient du plastique… rejoignent maintenant les bacs ou sacs de couleur jaune. Inaugurée en 2017, l’usine Arc en Ciel, à l’entrée de Couëron, est au cœur de ce dispositif qui a un but: que les rejets des habitants des agglomérations nantaise et nazairienne soient triés et valorisés, de 45% aujourd’hui à 65% en 2030.

Simplifier le tri pour mieux trier

Valoriser ? C’est ce principe simple sur le papier, celui de donner une seconde vie aux emballages. Aujourd’hui, les matériaux non recyclés sont aussi utilisés, mais autrement sous forme d’énergie : 98% des 100 000 tonnes de déchets ménagers (les poubelles bleues principalement) permettent de chauffer l’équivalent de 7.000 logements et de fournir de l’électricité à 1.900 foyers par an. Sur le site "Arc en Ciel", le groupe Véolia, qui a reçu la délégation de service public pour ce marché, décortique le contenu des sacs bleus et jaunes : 45.000 tonnes de déchets y sont déposées chaque année. Pour chaque habitant, cette augmentation du nombre d’emballages à mettre dans la poubelle jaune consacrée aux matériaux recyclables, c’est 2,5 kg de plus de déchets par personne recyclés chaque année... s’il joue le jeu.

L'habitant au coeur du tri

L’habitant, c’est lui qui fait ce premier tri entre les bacs bleus et jaunes, et contrairement aux idées reçues par les Nantais et Nazairiens qui se refusent encore à trier, ces deux sacs ne sont pas mélangés dans le camion de ramassage ni à l’usine. 28% des déchets jetés dans les sacs bleus pourraient être recyclés s’ils étaient simplement mis dans le sac jaune. "Simplifier le tri pour mieux trier", c’est donc le leitmotiv de Mahel Coppey, élue à la mairie de Nantes, adjointe à l’économie circulaire, à l’innovation sociale et à la gestion des déchets :

Écouter le podcast

« Pourquoi on simplifie ? Parce qu’aujourd’hui on trouve encore dans la poubelle bleue beaucoup trop de déchets qui n’ont rien à y faire, soit on aurait pu les traiter, soit on aurait pu les éviter. Quand on fait la caractérisation des poubelles, et bien on voit que 28% de ce qui est mis dans cette poubelle bleue est considéré comme recyclable. L’idée est de simplifier les choses, on ne se pose plus de questions : un emballage, que ce soit un pot de yaourt, un papier, une boite alimentaire, une barquette de jambon, un tube de dentifrice, c’est dans la poubelle jaune qu’on doit le mettre ».

ARC EN CIEL CHAINES.jpg (2.57 MB)

La directrice de l’usine Arc-en-Ciel, Annaïg Pesret-Bougaran, explique une étape essentielle et pas toujours claire : le devenir de ce qui est mis dans les poubelles bleues est très différent de ce qui est jeté dans les poubelles jaunes.

Écouter le podcast

« Ce qui est mis dans la poubelle bleue n’est pas recyclé derrière, c’est brûlé et valorisé sous forme d’énergies, mais absolument pas recyclé. La poubelle jaune, elle, arrive bien sur le centre de tri. Elle est traitée, trié, séparée, pour en sortir onze matériaux valorisables qui seront ensuite envoyés dans des centres de transformation ».

93.000 tonnes (non triées) auraient pu être valorisées

L'élue nantaise Mahel Coppey insiste ce point  car « le premier acteur du centre de tri, c’est l’habitant ». L’objectif est donc d’éviter les erreurs de tri qui représentent 20% de ce qui est transporté sur le site de Couëron :

Écouter le podcast

« On fait l’autopsie de la poubelle bleue. Et quand on la regarde, on constate que les deux tiers des déchets n’ont rien à y faire, ils auraient pu être évités ou auraient pu trouver un autre système de réemploi ou de recyclage. Ça représente 93.000 tonnes par an qui sont incinérés alors qu’on aurait pu en faire autre chose, soit de la valorisation matière, soit prolonger la vie de l’objet, soit carrément l’éviter en compostant. Sur cette poubelle bleue, il y a 28% de ce qu’on y trouve qui pourrait être sur ce centre de tri. Il y a encore 6% de bouteilles en verre dans cette poubelle bleue ! On a besoin de simplifier pour faciliter le geste de tri. Le premier acteur d’un centre de tri, c’est bien l’habitant. L’habitant est un acteur-clé pour pouvoir bien trier derrière ».

Comment ça marche ?

Les sacs jaunes son éventrés et vidés sur des tapis, et ce qu’ils contiennent est envoyé automatiquement vers des bacs en fonction du matériau. Clou du spectacle : une machine de tri optique, dont la directrice de l’usine Annaïg Pesret-Bougaran détaille le fonctionnement étonnant !

Écouter le podcast

« Ils utilisent une nouvelle technologie d’intelligence artificielle. Ils apprennent, comme l’intelligence humaine, on leur a fait apprendre, ils ont une bibliothèque d’images avec laquelle ils vont comparer en permanence ce qui arrive sur le tapis ».

ARC EN CIEL DIRECTRICE.jpg (568 KB)

Directrice Annaïg Pesret-Bougaran

Mais voilà, les machines à intelligence artificielle ont beau faire des miracles, la machine humaine fonctionne encore mieux ! La preuve, c’est à une vingtaine d’agents, en bout de chaîne, à qu’il revient de trier les 2% de matériaux que les différents filtres auront laisser passer. Exemple : un vêtement qui contient des fibres de cellulose ne sera pas forcément recyclé, mais il devra être séparé d’autres produits en cellulose – du papier par exemple – qui seront eux recyclés.

Des matériaux subissent un traitement encore différent, ils ne sont pas transformés sous la forme de leur constituant original, mais sous une nouvelle forme : ainsi des matériaux de déchetterie sont transformés en combustible utilisé dans le bâtiment. Annaïg Pesret-Bougaran avec Cédric Mané :

Écouter le podcast

« Une certaine fraction du tout venant de déchetterie, par exemple le matelas ou l’oreiller, n’est pas toujours recyclable en fonction de son état, et ici on va le préparer pour en faire un combustible, on va le substituer à des énergies fossiles dans certaines industries, comme les cimentiers. Et ça se présente sous cette forme-là, des paillettes ! Ces petites paillettes vont être utilisées comme énergie dans le bâtiment, c’est ça ? Oui, Pour la fabrication du ciment, par exemple ».

Les déchets parcourent la France à l’horizontale

Une fois les déchets compressés, le travail du site Arc en Ciel s’arrête là. La partie « transformation » ou « revalorisation » a lieu ailleurs : direction les Vosges, à l’usine Norsk Skog, la plus grande d’Europe, où est recyclé le papier… ou l’Alsace ou le plastique récupéré est intégré dans la fabrication d’isolants. L’intérêt est aussi économique : les fabricants veulent sécuriser leur réseau de fourniture sans passer par des achats auprès des géants de la pétrochimie. Les déchets parcourent donc la France à l’horizontale, environ 800 km, ce qui est consommateur d’énergie. Une consommation maîtrisée, dit Veolia : la compression des matériaux est telle que les camions peuvent transporter de grandes quantités de déchets. Tous les matériaux ne parcourent pas un tel chemin : l’association ARBRE récolte et recycle le papier, l’association envie44 fait la même chose avec l’électroménager.

ARC EN CIEL PAQUETS.jpg (2.71 MB)

Ne pas consommer d'emballage, mieux encore que recycler

Reste que recycler, c’est bien, ne pas consommer d’emballage, c’est encore mieux. C’est d’ailleurs écrit sur un mur de l’usine. Les consommateurs sont-ils prêts à cela, ou le recyclage donne-t-il assez bonne conscience pour ne pas en faire plus ? Mahel Coppey affiche les ambitions de la métropole nantaise sur ce point.

Écouter le podcast

"Les premiers retours que j'ai, c'est incroyable la prise de conscience autour des emballages... tout ce qu'on en jette en arrivant du supermarché. Donc on a devant nous l'obligation de monter des solutions zéro déchet et des solutions zéro déchet sur le territoire cela bouillonne déjà, donc en gros l'objectif que l'on va se fixer sur 2021-2026 c'est de structurer ces réponses zéro déchet et la première action à mener c'est comment on réduit la plastique dans notre vie et dans notre ville..."

L’extension des consignes de tri sur toute la France deviendra obligatoire en 2022.

Reportage de Cédric Mané.