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Pourquoi l'eau est-elle polluée dans le Finistère ?

28 janvier 2019 à 09h07 Par Alexandra BRUNOIS
Plage du Ris à Douarnenez
Crédit photo : Yann Launay

La carte de la qualité des eaux de baignade vient d'être publiée par le ministère de la Santé. Dans l'Ouest, globalement, la qualité des eaux s'améliore encore... Mais quelques points noirs subsistent, quelques secteurs où la qualité peut même se dégrader notamment dans le Finistère!

C'est le cas tout particulièrement dans certaines zones du Finistère, sur la côte Nord et en Baie de Douarnenez, où la plage du Ris est d'ailleurs depuis quelques jours interdite à la baignade et à la pêche à pied. L'eau est contaminée par des bactéries.

Dans le cadre de la lutte contre les algues vertes, des efforts ont pourtant été faits par les agriculteurs, qui semblent porter leurs fruits dans plusieurs zones. D'où provient donc la pollution qui touche ces plages finistériennes, et pourquoi ces secteurs sont-ils particulièrement touchés, quand ailleurs la qualité des eaux s'améliore ? Selon Jean-Yves Piriou, vice-président de l'association Eaux & Rivières, plusieurs causes se conjuguent :

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"Dans ces zones, il y a beaucoup de petites rivières côtières qui arrivent directement sur le littoral. Il y a aussi une forte pression de l'élevage tout près du littoral, et les élus de ce secteur, en particulier le Bas-Léon, ont peu tenu compte des eaux de baignade jusqu'à présent, pour eux ce n'était pas une priorité."

Le rejet d'eaux usées par des habitations du littoral a été montré du doigt, des systèmes d'assainissement insuffisants expliqueraient ce type de pollution. Mais pour Laurent Le Berre, président de l'Association pour la protection de la Côte des Légendes, cette thèse aujourd'hui ne tient plus :

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"Une bonne partie des habitations classées non-conformes ont fait des efforts et se sont mises aux normes.. Qu'est-ce qui aurait augmenté ces dernières années si ce n'est certains élevages de grande ampleur ? Un porc produit 30 fois plus de bactéries eschérichia coli qu'un homme, une vache c'est 5 fois plus.. Bien sûr les grosses porcheries traitent une partie de leur lisier, mais pas tout."

Pour Laurent Le Berre, le monde agricole doit faire preuve de plus de transparence, pour identifier l'origine des pollutions :

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"Ce que nous attendons, c'est que l'on soit aussi pointilleux avec le monde agricole qu'avec les partioculiers.. Un particulier, quand il reçoit la visite d'un inspecteur pour vérifier son assainissement, il est tenu de lui laisser la porte ouverte, alors qu'un inspecteur qui viendrait dans une exploitation agricole, c'est au bon vouloir de l'exploitant.. Ensuite on aimerait bien savoir où sont épandues ces tonnes et ces tonnes de lisier, puisque quand on en fait la demande, personne n'est capable de nous le dire, on nous répond qu'on n'a pas le droit de savoir ce genre de chose."

De son côté, la FDSEA du Finistère a réagi en dénonçant la "démagogie" des associations et en appelant à cesser cet "agribashing permanent". Pour la FDSEA, la pollution des eaux par des bactéries est "liée à des transferts ponctuels, qu'ils viennent des élevages comme des collectivités", et le syndicat affirme que le monde agricole "prend déjà ses responsabilités et agit sur la part de pollution qui lui revient".

Un reportage de Yann LAUNAY