Bretagne

NDDL : l'abandon du projet d'aéroport ... a deux ans

17 janvier 2020 à 06h55 Par Dolorès CHARLES
ZAD Notre Dame des Landes
Crédit photo : Yann Launay pour Hit West

Aujourd’hui, cela fait deux ans que l’Etat s’est prononcé en faveur de l’abandon du projet d’aéroport à Notre Dame des Landes. D’anciens zadistes ont déposé des demandes de permis en mairie cette semaine pour du bâti à vocation agricole. Sans attendre l’instruction, ils commenceront à reconstruire dès ce vendredi.

C'était il y a deux ans, jour pour jour (17/01/2018) : le Premier ministre Edouard Philippe annonçait l'abandon du projet d'aéroport à Notre Dame des Landes. Deux ans après, sur les 1.600 hectares de l'ancienne ZAD, le calme est revenu, les barricades ont disparu, la circulation est de nouveau possible partout, mais rien n'est réglé... Une centaine de personnes vit sur la zone : ils sont agriculteurs, mécaniciens, boulangers, bûcherons... et le plus souvent chacun mène plusieurs activités. Après l'abandon du projet, et sous la pression des autorités, une quinzaine de projets agricoles avait été déposé auprès de la préfecture de Loire-Atlantique pour "régulariser" l'occupation des lieux, mais les zadistes n'ont pas renoncé à une organisation collective, et à la recherche d'un mode de vie respectueux de l'environnement, autogéré et forcément aussi "hors cadre"...

Des demandes de permis de construire déposées

Ils viennent de déposer une dizaine de demandes de permis de construire à la maire de Notre Dame des Landes : des demandes pour des bâtiments agricoles et des bâtiments d'habitation, détruits lors des opérations menées par les forces de l'ordre au printemps 2018. Pour ces demandes, les zadistes ont bon espoir, mais ils savent que les choses seront plus compliquées pour les autres constructions élevées sur la zad, comme l'explique Antoine, installé depuis 7 ans sur la Zad, rencontré par Yann Launay.

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"Des bâtiments artisanaux, culturels : il y a une forge, des bâtiments culturels, une bibliothèque, une salle de rencontre, de discussions, de fête, qui permet à des milliers de personnes de se croiser ici, et qui est le modèle qu'on défend, mais qui pour le moment n'a pas de place dans les documents d'urbanisme..."

Reconstruire sans autorisation

Ce vendredi après-midi, pour marquer l'anniversaire de l'abandon du projet, la charpente d'un ancien corps de ferme sera dressée, au lieu dit La Gaîté sans autorisation officielle :

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"Cela s'inscrit dans une démarche de reconstruction des bâtiments détruits, et notamment des bâtiments agricoles, sur lesquels on est tombé d'accord avec l'Etat, le département et les mairies, sur le principe. L'Etat nous a forcés à régulariser au pas de charge nos activités, cela a pris la forme d'exploitations agricoles, et on se retrouve dans la situation où pour le moment on a des terres, mais pas forcément d'outils d'exploitation, il nous manque des bâtiments..."

Une grande fête anniversaire

Les occupants de la Zad sont soutenus par l'association "NDDL poursuivre ensemble", lancée au lendemain de l'abandon par des opposants de longue date comme Dominique Le Lay, une habitante de Notre Dame des Landes. Elle milite aujourd'hui pour que sa commune, ainsi que les autres communes concernées : Vigneux, Fay, puissent accepter et donner un cadre légal aux activités développées sur la Zad et aux habitats édifiés :

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"Les engagements que l'on a pu avoir de l'Etat, comme du département, qui se sont vraiment engagés dans une volonté d'apaisement, ne sont pas forcément suivis d'effets au niveau des mairies, qui restent les dernières à prendre les décisions, pour l'habitat par exemple..."

Pour Dominique Le Lay, il n'existe pas de risque de voir se multiplier les constructions anarchiques sur l'ancienne Zad, et de voir se constituer une sorte de territoire autonome incontrôlable : c'est pour elle un fantasme infondé agité par des pro-aéroport revanchards :

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"Autant, quand on est dans un système d'occupation, de lutte, le but est de construire un peu partout pour bien montrer qu'on est présents.;. Maintenant, on n'est plus du tout dans cette dynamique là, il s'agit de construire ou de reconstruire, pour pouvoir vivre des projets de manière collective. Ce sera autour des bâtiments en dur existants, ou reconstruire des endroits détruits, mais on ne va jamais demander à construire n'importe où n'importe comment dans la campagne..."

Les occupants de la Zad ont déposé des demandes de permis de construire en signe de bonne volonté, mais ils expliquent ne pas attendre les autorisations d'une administration qu'ils jugent dépassée, et obsolète.

Un reportage de Yann Launay.