Actualités régionales

Méthanisation : la parole aux exploitants !

15 octobre 2020 à 09h12 Par Alexandra BRUNOIS
Bruno Calle devant son méthaniseur à la ferme de Kerrolet à Arzal
Crédit photo : Yann Launay

A Arzal dans le Morbihan, l'élevage mis en cause par l'association Eau et Rivières de Bretagne se défend... La ferme de Kerollet veut agrandir son troupeau et son méthaniseur, mais les gérants affirment que leur exploitation n'est pas la ferme-usine dénoncée par les associations, pas plus qu'elle n'est le symbole d'un développement anarchique de la méthanisation. La parole à ses gérants au micro de Yann Launay

La ferme des Moulins de Kerollet vient de décrocher la certification "Haute Valeur Environnementale". Cette exploitation de 200 hectares est gérée par 3 associés : les frères Bruno et Erwan Calle, et Ludovic Jarligant. Ils ont accepté de nous recevoir sur place et de répondre à toutes nos questions.

Bruno Calle affiche une volonté de transparence et comprend mal l'attitude des associations de défense de l'environnement, qui pour lui se trompent de cible. Il dénonce des erreurs et des contre-vérités dans les arguments d'Eau et Rivières de Bretagne.

A commencer par l'accusation de produire des cultures spécifiques pour le fonctionnement du méthaniseur, qui a besoin d'un mélange de plantes et de déjections animales...

Écouter le podcast
"A quelques exceptions près (un hectare et demi à deux hectares de tournesol par an), toutes les cultures produites sur l'exploitation sont à destination des vaches... Pour alimenter le méthaniseur, on va juste récupérer ce qui va sortir de la panse des vaches, et ce que les animaux n'auront pas mangé..."

ARZAL FERME DE KEROLLET DIGESTAT SECHE POUR PAILLAGE.jpg (266 KB)

LE DIGESTAT AU COEUR DE LA POLEMIQUE

Les critiques se concentrent sur le digestat : c'est la matière qui sort du méthaniseur, après digestion par les bactéries, après production du gaz. Ce digestat est utilisé pour fertiliser les champs, et vient remplacer les engrais chimiques, comme l'explique Bruno Calle :

Écouter le podcast
"Depuis maintenant 8 ans, on n'achète quasiment plus d'engrais chimiques. Le procédé de méthanisation dégrade la matière, transforme l'azote pour que ces éléments fertilisants soient directement utilisables par les racines des plantes. D'où une amélioration de la qualité de l'eau et des économies substantielles dans la fertilisation de nos cultures..."

La ferme de Kerollet veut augmenter la taille de son troupeau, qui passerait de 220 à 290 vaches laitières.Eau et Rivières estime que les quantités de déjections d'un tel troupeau seront telles que les 200 hectares de la ferme ne suffiront pas à les absorber. Bruno Calle dément : pour l'éleveur, les résidus, une fois passés dans le méthaniseur, restent et resteront sous les plafonds fixés par la loi

Écouter le podcast
"Aujourd'hui, quand la réglementation nous permet d'épandre 170 unités d'azote, on est à un peu moins de 120 aujourd'hui. Demain, même si le troupeau va continuer à évoluer, on sera encore très en-deça de ce que permet la réglementation... Mais on n'a pas besoin d'en mettre plus, puisqu'on a un produit adapté à la fertilisation des cultures, on a des cultures qui poussent très bien, parce qu'on a un sol qui fonctionne..."

ARZAL FERME DE KEROLLET LUZERNE SECHEE GRACE AU METHANISEUR BRUNO CALLE.jpg (636 KB)

Mais pour Eaux et Rivières, comme pour d'autres organisations, ce "digestat", ce résidu de méthanisation, ne serait pas si bénéfique pour les sols, et ce serait même une menace pour les abeilles ou les vers de terre. Bruno Calle, lui, dit constater le contraire...

Écouter le podcast
"On nous dit que le digestat va tuer les vers de terre... Nous, sur l'exploitation, on n'a jamais eu autant de vers de terre que depuis qu'on fait de la méthansiation. Cet automne, on va compter le nombre de vers de terre par m2, et de toutes façons, les jardiniers amateurs le confirment, puisqu'un certain nombre de voisins viennent chercher du digestat pour leur jardin, et tous font le même constat : ils ont une population de vers de terre qui s'est développée..."

UN RISQUE DE POLLUTION DEES COURS D'EAU ?

Eau et Rivières estime que les risques de pollution... comme la fuite qui a privé 180 000 personnes d'eau potable, en août dernier, à Châteaulin... sont de plus en plus grands avec le développement de la méthanisation. L'association souligne d'ailleurs que la ferme de Kerollet a déjà été mise en cause pour des pollutions de cours d'eau. Pour Bruno Calle, c'est du passé

Écouter le podcast
"Notre côté pionnier fait qu'à une époque, il y a quelques années, on n'a pas été bons, et on le reconnaît, et on a été condamnés à payer une amende relativement élevée... Depuis, sur le site, on a mis en place des sécurités supplémentairtes, et on a endigué l'intégralité du site : s'il devait y avoir une fuite, on est en capacité de stocker cette fuite, de la retraiter et de la valoriser..."

ARZAL FERME DE KEROLLET BATIMENTS ET PANNEAUX PHOTOVOLTAIQUES.jpg (309 KB)

Mais cette agrandissement du méthaniseur et cette augmentation de la taille du troupeau ne sont-ils pas une fuite en avant, une façon d'essayer de "rentabiliser" le méthaniseur, et de compenser les prix bas de la production industrielle ? Pour Bruno Calle, ce schéma ne s'applique pas à la ferme de Kerollet, une ferme qui vient d'obtenir la certification "Haute Valeur Environnementale", et qui cherche à se passer du soja importé, pour nourrir ses vaches à la luzerne... Une luzerne produite sur place, et séchée grâce au méthaniseur. Cela peut sembler paradoxal, mais pour Bruno Calle l'agrandissement demandé est justement lié à cette recherche d'autonomie

Écouter le podcast
"Depuis maintenant 4 ans, on économise chaque année 50 tonnes de soja brésilien ou américain pour l'alimentation de notre troupeau, en séchant les fourrages produits sur l'exploitation. Si on augmente nos protéines produites sur l'exploitation, on va perdre en performance laitière. Pour pouvoir maintenir le même volume de lait produit sur l'exploitation, on va avoir besoin de plus de vaches, c'est l'objet de l'enquête publique..."

L'enquête publique sur le projet de la ferme de Kerollet se poursuit jusqu'à ce jeudi 15 octobre, dans les mairies d'Arzal, Marzan et Muzillac.

Autre projet plus polémique : le projet XXL de méthaniseur à Corcoué-sur-Logne, au sud de Nantes. Les riverains prévoient une marche de contestation lundi prochain.