Les salariés Renault de Caudan occupent le site

26 mai 2020 à 7h32 par Dolorès CHARLES

En difficulté avant même la crise du coronavirus qui a provoqué un effondrement du marché automobile, le constructeur français envisagerait de fermer 4 sites en France, dont la Fonderie de Bretagne à Caudan.

HIT WEST
La Fonderie Caudan (56)
Crédit: Yann Launay pour Hit West

Alors qu'Emmanuel Macron doit présenter cet après-midi un plan de soutien à la filière automobile depuis le Pas de Calais, quatre sites du groupe Renault s'inquiètent de leur possible fermeture, dont la Fonderie de Bretagne installée à Caudan, près de Lorient. Une fermeture dans le cadre d'un plan d'économies prévu par Renault avant même la propagation mondiale du coronavirus. La fonderie emploie 380 personnes, pour fabriquer des pièces de fonte destinées aux Clio, Capture ou autres véhicules de la marque Dacia. Hier lundi, les représentants des salariés de Caudan n'ont pas eu de confirmation officielle de la fermeture, mais ils n'ont pas eu de démenti non plus.

"Fermer Caudan... serait un désastre humain"...

Dans le Morbihan, c'est l'incompréhension qui règne sur ce site dont la chaîne de production, flambant neuve, venait de redémarrer après un incendie. Les salariés ont entamé un blocage de l'usine hier matin à l'appel de Maël Le Goff, leur délégué CGT, qui répond à Yann Launay.

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"Fermer la fonderie serait un gâchis, un non-sens économique, un non-sens industriel, un non-sens politique, et ce serait un désastre humain sur la région de Lorient..."

Le coronavirus n'a rien arrangé, mais ce plan d'économies chez Renault était prévu depuis le début de l'année. Pour Maël Le Goff, ces possibles fermetures ne sont pas à mettre sur le dos du confinement :

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"Renault a pour coutume de mettre en concurrence ses différentes usines : les pièces que l'on fabrique sont aussi fabriquées dans d'autres usines, au Portugal, en Espagne, des pays moins chers mais où la qualité est moins bonne que ce que l'on fait..."

FONDERIE DE BRETAGNE CAUDAN 25 MAI 2020 B.jpg (361 KB)

@YannLaunay

"On va bloquer le site..."

Pascal travaille depuis 17 ans à la Fonderie de Bretagne, ex-SBFM, et pour lui pas question de laisser Renault transférer ou revendre la chaîne de production de l'usine :

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"La chaîne a été refaite, ils ont investi, on s'est tous pliés en deux pour la faire travailler cette chaîne, et maintenant ils nous parlent de fermer... Ils ne partiront pas avec la chaîne. On va bloquer le site et on va attendre : si vraiment le site ferme, on fera le nécessaire pour que tout reste là, Renault ne pourra rien prendre..."

L'avenir même de Renault menacé

Pour Fabien Gâche, délégué central CGT chez Renault, la fermeture de la Fonderie de Bretagne et de 3 autres sites viendrait affaiblir encore l'industrie automobile française, et menacer l'avenir même de la marque au losange :

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"Renault ne fabriquerait plus en France que deux véhicules électriques, qui seront vendus entre 40 et 70 000 euros... et Renault n'aurait plus, en véhicules thermiques et hybrides, que la Clio et le Captur fabriqués hors de France... Le plan sous-entend la fin de Renault à court terme, et une nouvelle coupe sombre dans toute la filière automobile française..."

L'heure est à la relocalisation de la production

Bruno Le Maire a précisé que le gouvernement n'exigerait pas le maintien de l'ensemble des usines Renault en échange d'un prêt de 5 milliards garanti par l'Etat. Inacceptable pour Fabien Gâche, alors que des sites comme Caudan ont bénéficé de massives aides publiques. Pour le délégué CGT, l'heure est au contraire à la relocalisation de le production :

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"Les 5 milliards doivent servir à investir dans un vrai projet industriel, qui permette une gamme populaire fabriquée en France. Il faut aussi répartir différemment les volumes de production des usines Renault à travers le monde, qui permettrait à la France de récupérer entre 350 et 400 000 véhicules. Les sites français pourraient fabriquer de nouveau 1 million de véhicules à très court terme..."

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a toutefois affirmé que ce plan de soutien à la filière automobile serait orienté vers les technologies vertes, en échange d’une relocalisation de productions en France.

Réunion reportée à mercredi

Une délégation de salariés de la Fonderie a été reçue hier soir, par Norbert Métairie, maire de Lorient et président de Lorient agglomération. Les salariés en appellent à des annonces claires, et au ministre Jean-Yves Le Drian. Une nouvelle réunion est prévue mercredi matin à la sous-préfecture de Lorient, entre délégués syndicaux, direction du site et services de l'Etat.

Renault devrait annoncer les détails de son plan d'économies vendredi.