Les revendications des cahiers de doléances

7 janvier 2019 à 4h19 par Dolorès CHARLES

Dans l'Ouest comme dans tout le pays, les communes sont de plus en plus nombreuses à ouvrir des cahiers de doléances à disposition des habitants. Yann Launay est allé dans le Morbihan faire le point avec le maire de St-Gonnery.

HIT WEST
Cahiers de Doléances
Crédit: Yann Launay

Le contenu de ces cahiers de doléances doit venir alimenter la grande concertation mise en place par le Gouvernement d'Edouard Philippe à partir de la mi-janvier. Ces "cahiers de doléances et de propositions" avaient été lancés à l'origine par l'Association des maires ruraux de France, pour répondre à la crise des Gilets jaunes.

Saint Gonnery, près de Pontivy dans le Morbihan, est l'une des premières communes à avoir ouvert un tel cahier de doléances : une partie des 1100 habitants ont apporté une contribution, par de simples coups de gueule brefs ou avec de longs textes argumentés. Mais que trouve-t-on exactement dans ce cahier, et quels sont les thèmes abordés ? Petit aperçu avec le maire de Saint Gonnery, Claude Viet, rencontré par Yann Launay.

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"Qu'est-ce qu'on a ? Eh bien on a ici, le droit de rouler à 90 km/heure... l'augmentation du SMIC, les petites retraites, la retraite à 60 ans pour les professions les plus dures. Monsieur Macron : hausse des salaires ou démission. Là, la désertification médicale, l'image du milieu rural... Le Gouvernement veut nous imposer de changer tous les véhicules fonctionnant au gazole pour des voitures fonctionnant à l'électricité alors qu'elles sont coûteuses à l'achat et pas encore au point. Le SMIC doit être relevé, réduction des charges pour les employeurs... La taxe d'habitation qui devait être baissée cette année ne l'a pas été pour tout le monde, et parfois même augmentée (ce n'est pas le cas chez nous). Arrêtons de nous prendre pour les plus grands pollueurs de la planète, retour de l'ISF... Voilà c'est toute une litanie, donc c'est très large, mais les gens s'expriment, c'est déjà important. Ils vont se sentir peut-être écoutés, s'ils peuvent être entendus ce serait mieux."

Pour ou contre les 80 km/h

Le maire breton a lui-même apporté une contribution, en listant des constats et des propositions sur des dossiers à ses yeux prioritaires. Le texte de Claude Viet commence avec la question des 80 km/h... ce qui peut surprendre, d'autant que Claude Viet n'y est pas forcément totalement opposé, mais pour l'élu, il ne faut pas sous-estimer le rôle joué par cette mesure dans le déclenchement de la crise actuelle.

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"On nous a dit de là-haut : on a raison, on a décidé, on ne discute pas et il n'y a rien à voir. Je pense qu'il y a des routes communales qui pourraient être à 60 ou 70, ce serait normal. On peut rouler hier à 90, et aujourd'hui à 80. Il y a des routes nationales ou départementales, des endroits dangereux à 80, mais il y en a d'autres aussi qui auraient dû rester à 90 km/ heure. Mais on a décidé de là-haut, or je pense que l'échelle départementale est un bon échelon, avec le Préfet et les services du Conseil Général. Cela pouvait se décider sur le terrain. Je crois, à parler avec les habitants, que cela a été un tournant : on s'est sentis déconsidérés et je pense que les 80 km/h, psychologiquement, cela a beaucoup marqué !"

Claude Viet veut aussi attirer l'attention du gouvernement sur le fossé qui se creuse entre communes rurales et communes urbaines.

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"La désertification médicale est un ressenti cruel aujourd'hui dans nos petites communes. Il y a une crainte : s'il n'y a plus de docteur, on va être obligé de déménager et pour moi cela commence à être une inquiétude aussi, si tout le monde va aux urgences parce qu'on n'a plus de médecin, je ne sais pas comment elles vont fonctionner. Autre exemple : la fibre optique. Sur Pontivy communauté, la collectivité aura à débourser 12 millions d'euros pour la fibre optique. Je trouve que c'est énorme, surtout quand on sait que dans les grandes villes et les agglomérations, ce sont les opérateurs qui ont payé : où est l'égalité des territoires ? La population se sent je ne vais pas dire délaissée, mais se sent loin de tout."

Ces cahiers de doléances peuvent-ils apaiser les Gilets Jaunes

Claude Viet croit-il à l'efficacité de ces Cahiers de doléances ? Peuvent-ils nourrir et apaiser le débat ouvert par les Gilets jaunes ? Sa réponse au micro de Yann Launay.

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"Je veux y croire, pour la France.. pas pour le gouvernement, pas pour les anti-gouvernement... c'est pour la France : s'il n'y a pas un minimum de résultat, si l'on vit toujours sous tension, ce sera une catastrophe. Il ne suffit pas de grand chose pour uné étincelle, une maladresse et puis cela peut redémarrer tant que les choses ne seront pas posées. Tout le monde reconnait qu'il y a besoin des réformes, mais dès que l'on touche à un pré carré ou à des acquis, etc. eh bien ça ne va pas du tout. Donc j'ai des inquiétudes malgré tout mais je veux y croire."

Le contenu de ces cahiers de doléances et de propositions sera transmis aux préfets, députés et sénateurs. Ils seront ouverts jusqu'au 15 janvier.

Acte VIII

Les Gilets Jaunes étaient environ 500 à Saint-Nazaire. Des tensions ont eu lieu au pied du pont avec les forces de l’ordre, et ils ont tenté de mettre le feu aux grilles de la sous-préfecture. Des banques et le commissariat ont été caillassés. Cinq personnes ont été arrêtées. Il y avait 2.000 personnes à Nantes et sept individus ont été arrêtés pour possession de couteaux, de fumigènes ou pour jets de projectiles. A Angers, environ 200 Gilets Jaunes ont défilé en Ville, et ils restent aussi mobilisés à Segré, au rond-point de l’Europe et à Cholet au rond-point des Mauges. En Vendée, la marche - 6ème du nom depuis le début du mouvement - a réuni moins de 500 personnes hier après-midi à La Roche -sur-Yon. Ils étaient aussi ce week-end mobilisés à Fontenay-le-compte et à Talmont-Saint-Hilaire, où la députée LREM-Modem de Vendée Patricia Gallerneau a eu la désagréable surprise de découvrir un mur de parpaings construit devant l’entrée de son garage. En Mayenne, des Gilets jaunes ont ouvert les péages de l’A81 qui traversent le département. Une plainte a aussi été déposé comme prévu en gendarmerie de Laval, à l'encontre du Président Macron.

50 000 manifestants partout en France

En France, l’acte VIII des Gilets jaunes a été plus suivi que la semaine dernière samedi : 50 mille personnes ont manifesté au niveau national. Ils étaient 1 800 samedi à bloquer le Pont de l’Iroise à Brest, une première depuis le début du mouvement. 500 gilets jaunes ont également manifesté à Quimper . Hier, les gilets jaunes de Plougonven eux ont retrouvé les manifestants du rond-point de Launay à Saint-Martin-des-Champs près de Morlaix… une convergence des gilets jaunes des villes et des champs. On a aussi défilé ce week-end dans les rues de Lorient. A Vannes, 70 manifestants ont visé les stations Total, bloquant quelques heures chacune d’entre elles comme ils l’avaient déjà fait samedi dernier pour les enseignes Boulanger et Leroy Merlin.

Le Préfet du Morbihan avait interdit de nouvelle mobilisation sur les ronds-points du département. Il a pris un arrêté pour ce faire pour le rond-point du Gohélève à Noyal-Pontivy, les ronds-points de Luscanen, des Trois-Rois et d’Atlantheix près de Vannes, de Lann-Sévelin à Lanester ou encore du Val-Coric à Guer. Dans le Finistère, 4 personnes ont été interpellées, pour des jets de projectiles, ivresse et outrage. A Saint-Renan, c’est la façade de la permanence du député LREM Didier Le Gac qui a été vandalisée dans la nuit de samedi à dimanche.

Dans les Côtes-d'Armor, à Dinan, deux manifestants ont été interpellés puis remis en liberté, sans poursuite. A Saint-Brieuc, un barrage filtrant sur la Nationale 12 a été mise en place au niveau de la zone commerciale de Langueux, causant de gros bouchons. Une cinquantaine de Gilets jaunes était sur place. Toujours dans la cité briochine, 8 Gilets jaunes seront jugés ce lundi pour des violences sur policiers dans la nuit de samedi 1er au dimanche 2 décembre dans la zone commerciale de Langueux.

Une marche pour se faire entendre.

Une vingtaine d'entre eux marchent entre Lamballe et Rennes pour se faire entendre. Ils sont partis hier matin des Côtes d’Armor, et espèrent arriver demain mardi dans la capitale bretonne. A Saint-Malo, une cinquantaine de Gilets jaunes a été délogée du terminal ferry samedi matin, alors qu'ils bloquaient un rond-point d’accès. A Rennes, le cortège a réuni 200 personnes ce week-end. En début d’après-midi, un groupe a forcé une porte de la mairie avant d’entrer et de ressortir. La façade de l'Hôtel de ville a été dégradée, et la municipalité a porté plainte. A Rennes, comme un peupartout en France des manifestants ont défilé contre « les violences faites aux Gilets jaunes ». Une initiative issue des femmes du mouvement.