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Les coursiers de Rennes veulent rouler en solitaire

19 novembre 2020 à 07h31 Par Dolorès CHARLES
Crédit photo : Yann Launay

Après Nantes, c'est à Rennes que des livreurs à vélo ont tourné le dos aux grandes plateformes pour lancer leur propre service de livraison de repas. Reportage de Yann Launay.

"Les Coursiers rennais" - c'est leur nom - réunissent pour le moment une dizaine de livreurs, et viennent tout juste de démarrer leur activité en ce début de semaine. Tous travaillaient jusque-là pour les grandes plateformes que sont Uber Eats ou Deliveroo, mais ils ne s'y retrouvaient plus et ils s'estimaient précarisés, comme l'explique Hugo, l'un des fondateurs du collectif, à Yann Launay :

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"On a vu au cours du temps les garanties de rémunération disparaître, le prix moyen d'une course baisser, et le volume de courses baisser également. Les plateformes prônent un maximum de flexibilité pour les indépendants, mais derrière cela signifie aussi une non régulation du nombre de livreurs présents, et un prix qui fluctue, qui monte et qui descend sans aucun taux kilométrique fixe..."

Une livraison étique et équitable

Les Coursiers Rennais promettent de la livraison éthique et équitable, sur le secteur de Rennes "intra-rocade". Le prix payé par le particulier pourra sembler supérieur aux grandes plateformes comme UberEats ou Deliveroo, mais pour Hugo, l'un des fondateurs du collectif, c'est un trompe-l'oeil :

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"La plateforme prend 30% de commission au restaurateur. Derrière, le restaurateur, pour pouvoir extraire une marge correcte, est obligé d'augmenter le prix de sa carte en ligne... Nous, on va prendre des frais fixes, et on va discuter avec le restaurateur pour savoir quel pourcentage des frais de livraison il peut prendre en charge. Par exemple, le client va payer 7,99 euros de frais de livraison pour commander chez Angello. Le client va peut-être se dire : c'est beaucoup, mais s'il fait le calcul part rapport à un restaurant classique, qui augmente sa carte de 15%, on arrive à quelque chose de semblable, sur un panier de 25-30 euros..."

Objectif, lutter contre la précarisation

Les Coursiers rennais le revendiquent : ils veulent prendre le contrepied des grandes plateformes et de leurs dérives :

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"Quand vous faites appel aux Coursiers rennais, vous avez la garantie d'avoir un livreur professionnel, qui a 2, 3, 4 ans d'expérience, à la différence, des plateformes où il y a un turn-over permanent, et la prestation de service peut laisser à désirer... Nos livraisons sont exclusivement à vélo, vous ne serez jamais livré par un scooter, au contraire des plateformes où plus de 50% des livraisons sont réalisées à scooter. Les livreurs ont un travail digne, une rémunération honnête, ne sont pas dans la précarisation..."

YANN DAYER PIZZAIOLO ANGELLO RENNES.jpg (318 KB)

Yann Dayer @YannLaunay

Le pizzaïolo Yann Dayer, champion de France 2014, est le premier à confier ses préparations aux Coursiers Rennais : lui qui s'était toujours refusé à faire de la livraison à domicile a dû s'y résoudre avec le confinement et la fermeture de ses deux restaurants. Mais le fonctionnement, les conditions posées par les grandes plateformes l'ont vite rebuté :

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"Quand je me suis au départ porté vers les plateformes, elles me disaient : c'est 30% de marge pour la livraison... Je me suis dit : le seul moyen, c'est d'augmenter mes tarifs, et de mettre des produits de moins bonne qualité... Je me suis dit : c'est mes clients que je veux contenter, et pas les plateformes... Et puis on a rencontré les livreurs des Coursiers Rennais, et là ça a matché tout de suite, ça va avec notre éthique..."

En faisant appel aux Coursiers Rennais, le chef n'a pas augmenté les prix de sa carte, mais si l'essentiel des frais de livraison est payé par le client, le restaurateur participe tout de même à ces frais de livraison. Alors s'y retrouve-t-il, économiquement ? La réponse de Yann Dayer :

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"Les gens vont payer 7,99 euros : c'est le prix de la livraison, du vélo, nous on rajoute deux euros, après sur la livraison on paye la TVA, plein d'autres choses : la livraison me coûte, par commande, entre 4,60 euros et 5,20 euros, alors que je ne donne que deux euros au jeune. Dire qu'on s'y retrouve, on verra ça avec le temps, mais où on s'y retrouve, c'est dans les valeurs : on a des jeunes qui respectent leur profession. Moi, on paye mon métier de pizzaïolo, en achetant mes pizzas, et eux on paye leur métier de livreur..."

Les Coursiers rennais pourraient rapidement étoffer leur carnet de livraisons : ils sont en discussion avec une quinzaine d'autres restaurants rennais. Un reportage de Yann Launay.