Bretagne

Les cinémas sous couvre-feu, et très inquiets !

25 octobre 2020 à 15h20 Par Dolorès CHARLES
Crédit photo : Yann Launay

Le monde de la culture sous le choc, depuis l'annonce de l'extension du couvre-feu à  38 départements supplémentaires, dont le Maine-et-Loire et l'Ille-et-Vilaine. Le gouvernement a précisé qu'il n'y aurait pas de dérogation pour la culture. Reportage avec le propriétaire des Cinéville.

Le choc est rude pour les cinémas, qui réalisent la moitié de leur chiffre d'affaires avec les séances de 20h et 22h. L'avenir proche s'annonce bien sombre pour le secteur, déjà impacté par le confinement du printemps. Yves Sutter est le PDG de la Sorédic, société de 200 salariés et propriétaire des Cinéville, dont les salles situées en Ille et Vilaine et dans le Maine-et-Loire sont désormais fermées le soir :

Écouter le podcast

"En ce moment, on est en vacances scolaires, le soir pèse moins, mais dès que l'on va arriver le 2 novembre, les vacances sont terminées, on retrouve un public majoritairement adulte, et là on va naviguer à la semaine... Aujourd'hui? on ne sait pas si la sortie des films va à nouveau se décaler, si les films seront maintenus..."

"Si on n'a plus de films à proposer, on n'aura pas l'intérêt d'être ouvert..."

La plus grande menace, au-delà des séances du soir supprimées, reste en fait la raréfaction des sorties de films et finalement, les conséquences du couvre-feu pour les cinémas pourraient se rapprocher des conséquences d'un confinement, d'une fermeture pure et simple :

Écouter le podcast

"Parce qu'il faut bien voir aujourd'hui que les cinémas fermés le soir à cause du couvre-feu représentent environ 80% des entrées en France... Quand un éditeur de films choisit de sortir un film au mois de novembre, il sait que pour 80% de son potentiel de chiffre d'affaires, il n'y a plus de possibilité de séances le soir... C'est un manque à gagner considérable, donc on peut avoir des éditeurs de films qui décident de ne plus sortir les films. On a déjà "llOrigine du monde" de Laurent Lafite, qui est décalé en 2021, Kaamelott décalé aussi en 2021... Si on n'a plus de films à proposer, on aura beau avoir le droit d'être ouvert, on n'aura pas l'intérêt d'être ouvert..."

YVES SUTTER.jpg (321 KB)

Yves Sutter @YannLaunay

Pour éviter le report de la sortie des films, une aide supplémentaire a été annoncée par la ministre angevine Roselyne Bachelot : sur chaque billet vendu en zone de couvre-feu, l'Etat prendra en charge un complément de prix, reversé aux distributeurs. Pour Yves Sutter, cela ne suffira pas, et il existait une meilleure solution :

Écouter le podcast

"Il ne fallait pas grand chose, pour que cela fonctionne, notre profession avait demandé une chose très simple, c'est qu'avec un billet de cinéma, si on sort après 21h, on puisse le présenter comme justificatif pour rentrer à la maison, exactement ce qui est prévu avec un billet de train ou un billet d'avion... Cela ne coûtait rien à l'Etat, et on avait un secteur culturel qui pouvait rester en vie... On est dans l'incompréhension totale : Il n'y a aucun cluster dans une salle de cinéma aujourd'hui en France ni même en Europe, et que la séance commence à 18h30 ou à 20h15, c'est pareil..."

L'écueil des plateformes de vidéo à la demande

Ce couvre-feu pourrait à nouveau inciter les spectateurs à se tourner vers les plateformes de vidéo à la demande. Le coronavirus ne va-t-il pas accélérer ce processus et porter un coup fatal, à moyen ou long terme, aux salles de cinéma ? Yves Sutter ne le pense pas :

Écouter le podcast

"S'il y a un risque, ce n'est pas le risque de tuer l'envie d'aller au cinéma. C'est si certains films décidaient de ne plus sortir en salles de cinéma et d'aller directement sur plateforme. Je ne suis néanmoins pas extrêmement inquiet pour l'avenir : aucune plateforme ne peut créer de la richesse comme les salles de cinéma en créent. A l'échelle mondiale, des films font des centaines de millions de dollars de box-office... Aucune plateforme ne peut ramener autant d'argent aux producteurs..."

Un reportage de Yann Launay.