Le travail temporaire, déjà victime de la crise économique

9 juin 2020 à 11h39 par Emilie PLANTARD

Après l'arrêt brutal de l'activité à la mi-mars, et alors que les chiffres du chômage du 2nd trimestre s'annoncent mauvais, la filière intérim doit remonter la pente. Aujourd'hui, la crise économique prend le relai de la crise sanitaire et, même si la demande augmente doucement, les prochains mois s'annoncent difficile.

HIT WEST
Crédit: @Pixabay

En Mars dernier, les intérimaires en fin de mission ou en mission courte furent les premières victimes du confinement. Sans possibilité d’activité partielle (alors qu’1/4 d’intérimaires, en mission longue, ont pu en bénéficier), ils sont nombreux à avoir retrouvé le douloureux chemin du chômage. Les agences d’intérim ont vu leur activité s’effondrer dès le début de la crise, après un début d’année déjà en baisse par rapport à 2019. Isabelle Eynaud-Chevalier est déléguée générale chez Prism’emploi, organisation professionnelles qui réunit plus de 700 adhérents en France :

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"La crise s’est ressentie immédiatement pour les intérimaires dans la mesure où, avec l’annonce du confinement, toute une série de secteurs se sont mis à l’arrêt, brutalement, à la mi-mars. Et le mois de mars est partagé en 2 quinzaines qui n’ont strictement rien à voir. Nous étions sur une tendance d’érosion de l’activité du travail intérimaire de l’ordre de -5% depuis le début de l’année et donc sur la 1ère quinzaine de mars et nous sommes passés pour la 2è quinzaine de mars à -70%."

Vers une reprise progressive

Tous les secteurs ont souffert, certains plus que d’autres. 80% d’activité en moins pour le BTP, entre 50 et 60% pour l’industrie, les service et le commerce et 35% de moins pour le transport. Au total, ce sont 475.000 postes équivalents temps plein qui ont disparu pendant la crise. Depuis plusieurs semaines, l’activité « frémit », mais on est loin des chiffres habituels. Les entreprises ont besoin de temps pour atteindre leur rythme d’avant la crise et pouvoir recruter des intérimaires.

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"Remettre en route un système productif, une usine, réenclencher des chantiers dans le BTP, ça prend énormément de temps et donc les choses se redressent progressivement et donc nous estimons qu’entre le mois d’avril, où nous avons enregistré une perte d’activité de -61% par rapport à Avril 2019, et le mois de mai où nous estimons que la perte pourrait être limitée à -50%, on voit qu’on a gagné une dizaine de points d’activité. C’est déjà ça, mais c’est peu !"

Dur dur de trouver une mission

Un peu partout, les dossiers de candidats à l’intérim s’entassent donc sur les bureaux et le déconfinement n’a pas encore permis de répondre à toutes les demandes, loin de là… En France, plus de 2,5 millions de personnes travaillent en intérim, dont de nombreux jeunes…

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"On comprend l’impatience sociale et d’ailleurs c’est ce que nous disent nos adhérents. Leurs salariés intérimaires viennent les voir pour savoir quand ils pourront leur proposer une nouvelle mission. Donc nous faisons tout pour accrocher toutes les opportunités d’emploi, et puis nous observons tous les signaux de reprise sur les territoires, notamment du côté du BTP qui fournit des emplois non qualifiés, et donc la manière dont le BTP va redémarrer plus ou moins vigoureusement est cruciale pour notre propre reprise.
Ce qui nous inquiète beaucoup c’est que nous sommes un secteur d’insertion pour les jeunes qui sortent de leurs cursus et qui passent par l’intérim pour avoir une ou plusieurs expériences professionnelles. Nous jouons ce rôle d’accès à une première situation, à la fois pour des jeunes non qualifiés, mais nous avons aussi beaucoup d’étudiants. Ce qui nous inquiète c’est que pour fournir aux jeunes le substrat d’emplois, il faut que les entreprises soient en état de les accueillir."

Un avenir plus ou moins clair

Et la crise économique qui se profile n’est pas du tout rassurante pour le secteur de l’intérim. Si les salariés en CDI intérimaire sont en quelque sorte les plus « protégés », l’élargissement du recours au chômage partiel a permis à nombre d’autres intérimaires en mission longue d’en profiter, près d’1/4 des effectifs au total. Il faudra toutefois compter sur une reprise plus franche dans les mois à venir pour sauver tous ces emplois. Dans l’ouest, les inquiétudes sont plus importantes par endroit, notamment du côté de Rennes et Saint-Nazaire. Et c’est donc toute la filière intérimaire qui appelle à l’aide, en demandant notamment l’assouplissement du recours au travail intérimaire.

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"Ce qu’on espère, c’est que dans nombre de bassins d’emploi, la crise soit en partie surmontée à la fin de l’année. Ce qu’on envisage en revanche, ce sont des impacts forts sur certains bassins d’emploi, très spécialisés. On a de vives inquiétudes autour de l’automobile, de la filière aéronautique. Ce sont des secteurs qui sont très importants pour nous et là nous sommes dans cette obligation de dire aux pouvoirs publics, attention. Il faut faire en sorte de surmonter tous les verrous pour faire en sorte que les entreprises ne se sentent pas limitées dans le recours au travail temporaire."

Après avoir détaillé un plan de relance de la filière automobile à hauteur de 8 milliards d'euros, le ministre de l'aconomie Bruno Lemaire vient d'annoncer un nouveau plan à destination de l'aéronautique et prévoirt cette fois une aide de 15 milliards d'euros.