Le SIDA, toujours aussi présent et tabou

1er décembre 2020 à 8h48 - Modifié : 1er décembre 2020 à 10h53 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: pixabay

Aujourd'hui, 1er décembre, c'est la journée mondiale de lutte contre le SIDA. Priorité est donnée au dépistage, dans le contexte sanitaire que l'on connaît. Dolorès Charles a joint le Dr Eric Billaud président du COREVIH Pays de la Loire.

Malgré l’épidémie de COVID-19, l’Agence Régionale de Santé des Pays de la Loire reste mobilisée pour inciter au dépistage du VIH, des hépatites et des infections sexuellement transmissibles (IST). Lors du premier confinement en France, 600 000 sérologies n’ont pas été réalisées et il n’y a pas eu de rebond ou de recherche d’infection par la suite. Or, la "crise sanitaire ne doit pas se doubler d’un renoncement aux soins". La priorité des acteurs en santé sexuelle de la Région (et de l’Ouest) reste le dépistage des personnes porteuses du VIH. Dolorès Charles a joint le Dr Eric Billaud, président du COREVIH Pays de la Loire (Coordination régionale de la lutte contre l'infection due au VIH) :

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"Il y a eu une perte de dépistage vraisemblablement, c'est à dire que certains vont renoncer à se dépister alors qu'ils en avaient envie et c'est très grave car ils vont vivre avec cette infection sexuellement transmissible et ils risquent de transmettre durant cette période pendant laquelle on ne sait pas qu'ils l'ont, et puis certains vont retarder la mise sous traitement, car ils vont retarder la date du diagnostic et comme ils n'ont pas de traitement, ils ont le virus, alors que lorsque l'on a le traitement et qu'il est efficace le virus ne se transmet plus ... Donc c'est important pour soi et aussi pour les autres..."

En Pays de la Loire, une campagne d’information est en cours, et des actions seront organisées d’ici la fin de l’année. Pour se faire dépister de manière anonyme et gratuite, une carte interactive des lieux de dépistage est également à retrouver sur le site de l’ARS des Pays de la Loire.

Deux populations ciblées

Objectif de cette campagne, sensibiliser le grand public et les publics les plus fragiles. Voyons les populations les plus à risque avec le Dr Billaud :

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"Il y a deux populations qui sont plus à risque... C'est les hommes qui ont des rapports avec des hommes, et qui se considèrent soit comme homosexuels, soit qui ne se considèrent pas comme homosexuels parce que c'est de temps en temps, ou une fois pour tester et après on oublie ... mais en fait, il faut que ces gens fassent une sérologie, et puis l'autre population c'est celle des personnes migrantes notamment d'Afrique sub-saharienne... qui sont souvent porteuses- mais ne le savent pas et ne veulent pas le savoir parce que cela les obligerait à le dire dans leur commaunuté, et elles seraient rejetées, donc il y a un vrai problème pour les dépister..."

... mais pas forcément les jeunes

Les jeunes ne sont donc pas la cible principale de la campagne d’information, pourtant ils ont moins le réflexe qu’avant de la capote ! Selon une enquête réalisée par Opinion Way (pour Heyme – santé des étudiants) si les lycéens ayant déjà eu un rapport sont 26% à déclarer ne pas utiliser systématiquement un préservatif, ce chiffre monte à 56% pour les étudiants ! 27% des étudiants également déclarent ne pas en mettre lorsque la partenaire prend la pilule, ce qui conduit à penser qu'ils réduisent le préservatif à l'unique rôle de moyen de contraception.

Le SIDA, toujours aussi tabou

Aujourd’hui l’homosexualité et le sida restent très discriminants, c’est un vrai frein au dépistage, et puis on a tendance à penser que le SIDA est moins grave qu’avant, car il dispose d’un traitement :

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"Le traitement est un traitement puissant qui correspond à ce qu'on avait dans le temps avec les tri-thérapies mais maintenant avec deux molécules puissantes on arrive à des choses aussi bien et de façon assez simple. Alors on se dit (bon) si ce n'est pas si grave c'est pas très grave de l'attraper  mais cela a quand même des conséquences, c'est à dire que tous les 6 mois on est obligé de voir un médecin, on est obligé de prendre un médicament tous les jours et si on avait l'intention de vivre à l'international, ce sera plus compliqué... Il faut avoir ces élément là en tête et ne pas se contaminer en se disant c'est pas si grave !"

Le vaccin n'est pas pour demain

Si depuis quelques années, le SIDA dispose d’un traitement puissant et à vie, il n'existe toujours pas de vaccin, et ce n’est pas pour demain contrairement au coronavirus, le Dr Billaud :

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"Le virus du COVID-19 est un virus (à ARN) qui vit dans le cytoplasme de la cellule, donc en dehors du noyau, et le principe du vaccin est de bloquer ce virus par des anticorps, alors que le virus du VIH est un virus qui rentre dans le noyau de la cellule, et qui s'intègre dans le Génôme, et qui complique largement les choses... En plus, le virus s'attaque au système immunitaire, ce qui n'est pas le cas du COVID-19. Deux choses complètement différentes, qui expliquent que malgré tous les efforts depuis plus de 20 ans pour essayer de trouver un vaccin dans le domaine du VIH, on n'y arrive pas ... mais par contre c'est beaucoup plus facile pour le coronavirus, dans la mesure où on avait déjà des séquences du virus, avec le SRAS, etc. La recherche était beaucoup plus facile !"

5 bonnes raisons de se faire dépister :

- c’est un geste simple : une prise de sang, une piqûre au bout du doigt ou un prélèvement.
- le recours au dépistage permet un diagnostic précoce, une meilleure prise en charge et une diminution importante du risque de transmission.
- l’espérance de vie et la qualité de vie d’une personne porteuse du VIH/Sida, si elle est dépistée tôt et traitée, est identique à celle de la population générale.
- le dépistage est utile sur le plan collectif car une personne porteuse du VIH traitée ayant une charge virale contrôlée ne transmet plus la maladie.
- la connaissance de la séropositivité permet de modifier son comportement et de diminuer ses pratiques à risques.