Le port du casque obligatoire ? Ah non !

28 mai 2019 à 12h12 par Emilie PLANTARD

Dans le cadre du projet de loi d'orientation des mobilités, des députés ont proposé d'obliger les cyclistes, entre autres, à porter un casque et un gilet de sécurité. Les associations s'y opposent.

HIT WEST
Annie-Claude Thiolat, présidente de l'association Place au Vélo
Crédit: Hit West

La proposition d’amendement à la loi d’orientation des mobilités doit être débattu courant juin à l’assemblée nationale. Il propose d’intégrer cet article à la loi : « En circulation, tout conducteur ou passager d’un vélo, d’une trottinette, d’un gyropode, d’une motocyclette, d’un tricycle à moteur, d’un quadricycle à moteur, ou d’un cyclomoteur doit porter un gilet de haute visibilité et être coiffé d’un casque de type homologué. Ce casque doit être attaché. » Une hérésie selon les associations qui refusent que l’usage du vélo soit associé à celui de la trottinette électrique.

Annie-Claude Thiolat est vice-présidente de la Fédération des Usagers de la Bicyclette et présidente de l’association Place au Vélo à Nantes :

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« Je ne veux pas faire le procès des députés de vouloir faire obstacle aux cyclistes mais ils se sont dit si on le rend obligatoire pour les trottinettes, pourquoi pas pour les vélos parce que ça serait une mesure de sécurité. Ceux qui disent ça ne font pas de vélo. Aujourd’hui, il n’y a aucun casque qui garantisse la protection totale contre le traumatisme crânien. Les gens qui ne font pas de vélo font la comparaison entre le casque et la ceinture de sécurité, ce n’est pas la même chose. Nous on dit qu’on sera d’accord de porter un casque le jour où les piétons en porteront. Statistiquement, en nombre d’accidents à la tête, proportionnellement au nombre d’usagers par mode de transport, il y a bien plus d’accidents à la tête chez les automobilistes et les piétons que chez les cyclistes. Les premiers traumatismes crâniens sont dans les escaliers. On est dans un risque d’escalade sécuritaire qui risque d’entraver toutes les pratiques qui vont nous libérer de la voiture.

 

La sécurité par les aménagements

Un des objectifs du projet de loi, adopté en avril dernier par le Sénat, est clair : « Apporter à tous et partout des solutions alternatives à la dépendance à l’usage individuel de la voiture. » Or, si le gouvernement veut inciter la population à utiliser le vélo, il est contre-productif d’obliger le port du casque, selon les associations.

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«Ce n’est pas l’obligation qui fera la protection, c’est le bon sens. Ce n’est pas la peine d’obliger d’autant qu’on sait que les pays qui ont fait l’expérience de la nécessité absolue du casque ont vu leur nombre de cyclistes diminuer de 30 à 40 % .

La masse de futurs cyclistes qui est à convaincre le seront en voyant qu’on peut faire du vélo en site propre, en dehors de la voie normale de circulation. Ce sont les aménagements qui sont la clé de la mise à vélo d’une grande partie de la population. Si vous voulez plus de cyclistes, faites-nous des aménagements et oubliez le casque.»

A Nantes, le député LREM Mounir Belhamiti avait signé le projet d'amendement. Depuis, il a écouté les arguments des associations et a ... rétropédalé. Craignant de voir les usagers se détourner du vélo, il a préféré retirer sa signature.