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Le muguet récolté sera-t-il vendu le 1er mai ?

20 avril 2020 à 09h51 Par Emilie PLANTARD
Crédit photo : @Pixabay

C’est la question difficile à laquelle les producteurs ne peuvent toujours pas répondre. La petite fleur blanche est pourtant à maturité et en train d’être récoltée.

L’hiver doux et le soleil de ces dernières semaines a favorisé la croissance de la petite fleur à clochettes blanches, qu’on s’offre traditionnellement le 1er mai. Sauf que le 1er mai cette année, la France sera toujours confinée… Cruel dilemme pour les 13 producteurs de muguet français, dont 80% sont basés en Loire-Atlantique. Eric Harrouët est maraîcher à Saint-Julien-de-Concelle, il a lancé la cueillette la semaine dernière malgré le doute.

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Le muguet cette année est très lourd, très gros de pied, on a vraiment un muguet de qualité. On est en pleine période de cueillette, le muguet est relativement en avance, alors on le récolte le matin, on le met à l’eau et on le met en chambre froide. Je sais que tous les matins j’en ai entre 20 et 25.000 euros de salaire avec les charges pour cueillir ces brins que j’espère vendre. Sur 4 jours, il y a une valeur d’environ 100.000 euros qu’on met rien qu’au niveau de la cueillette, et ces brins-là pour l’instant, j’en ai que 15% de vendus.

Une dérogation demandée pour les fleuristes

Depuis plusieurs semaines, la fédération des maraîchers nantais sollicite le gouvernement pour permettre aux producteurs d’écouler leur production. Cela passerait par une dérogation pour permettre aux fleuristes d’en vendre ce jour-là. Cette fleur si fragile, qui ne se vend qu’un seul jour dans l’année.

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L’objectif c’est au minimum l’ouverture des fleuristes le matin du 1er mai. Ça va nous dégager un peu de volume. Aujourd’hui on n’a vraiment que la grande distribution et moi, au niveau de mon exploitation, je n’ai que 15% des brins de vendus avec la grande distribution. Les 85% qui restent sont destinés aux grossistes et aux fleuristes. On n’est plus que 13% de producteurs de muguet en France donc s’ils ne veulent pas nous aider, on ne sera plus que 7 ou 8 parce qu’il y en a qui abandonneront le dossier.

Un geste des supermarchés 

Pour l’instant, la seule possibilité d’acheter un petit brin de muguet repose sur les supermarchés. Le producteur ligérien aimerait les voir jouer de solidarité, il a d’ailleurs tenté de négocier avec une grande enseigne, sans succès.

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Il faut que la grande distribution nous aide, c’est le moment, s’ils veulent que demain il reste des producteurs de muguet. Pour l’instant je trouve qu’ils ne jouent pas assez le jeu. Ils devraient offrir du muguet à leurs clients les plus fidèles, qui ont des cartes de fidélité, et qui font des achats à partir de 50 euros. Je pense qu’ils ont les moyens de leur offrir un pot de muguet, qu’ils vont payer 3,20 euros, ou un biberon qu’ils vont payer 80 cts ou 1 euro.

Un soutien du gouvernement

Aujourd’hui, c’est donc toute une filière qui en appelle au gouvernement. Elle pèse entre 20 et 30 millions d’euros par an et permet aux fleuristes de réaliser une de leurs meilleures ventes de l’année…

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Il faut que le gouvernement donne l’autorisation aux fleuristes d’ouvrir, tout simplement, le matin du 1er mai, avec tous les dispositions de sécurité pour les clients, faire de la vente devant leurs pas de porte, ou qu’ils aient l’autorisation de mettre une table devant la boulangerie ou la boucherie, tout ce qui est alimentation. Et il faut qu’on essaie de sauver un peu le fleuriste. Aujourd’hui le fleuriste il est passé à côté des rameaux, de Pâques, il va passer à côté du 1er mai ? Mais attendez, il y a 50% des fleuristes qui vont être morts, ça ne peut pas durer !!

Les professionnels ont écrit aux dirigeants pour demander une dérogation, ils attendent une réponse en début de semaine. Dans la négative, ça sera plus de la moitié de la récolte qu’il faudra jeter…