Pays de la Loire

Le ciel des colonies de vacances s’est assombri

11 juillet 2019 à 10h50 Par Emilie PLANTARD
Crédit photo : @Unat

L’an dernier, 1,4 millions d’enfants sont partis en séjour collectif, c’est 3 fois moins que dans les années 60. Aujourd’hui, tout le monde ne peut pas se permettre d’offrir ce type de vacances à ses enfants… Et tout le monde ne le souhaite pas.

Selon une enquête IFOP de 2016, 3 français sur 4 ont une bonne image des séjours en colonie de vacance. Bonne nouvelle ! Sauf que le nombre d’enfants à partir ainsi en vacances a chuté depuis les années fastes de 1960 à 1970 (-2,6 millions), et encore moins 21 % depuis 10 ans. Alors pourquoi un tel déclin ? Nous sommes allés poser la question à Véronique Croué, présidente de l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme et de plein air) des Pays-de-la-Loire, auquel adhèrent de nombreuses associations telles que l’UCPA, Séjours Plein Air, l’UFCV…

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Parmi les premières raisons invoquées, le prix apparaît comme un frein réel pour les familles. Des aides existent mais elles sont mal connues et ne concernent surtout qu’une partie de la population, touchant de faibles revenus. Si les CSP supérieures peuvent supporter le coût d’un séjour, la classe moyenne, pourtant traditionnellement marquée par les colos, n’y arrive plus. Dommage, les séjours en collectivité sont pourtant particulièrement bénéfiques. Véronique Croué, au micro d'Emilie Plantard :

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"Le nombre d’enfants qui partent en colo a été divisé par 3 depuis les années 60 alors qu’il y a beaucoup plus d’enfants donc effectivement il y a de moins en moins de parents qui envoient leurs enfants. Mais la colo a un bienfait indéniable auprès des enfants, c’est une vraie utilité sociale, autour de l’épanouissement de l’enfant, de la sociabilité, de vivre des choses qu’il ne vivra jamais avec sa famille et ses parents. Et puis autour aussi de la découverte d’activités sportives. Un enfant qui va découvrir une activité sportive, c’est peut-être quelque chose qu’il ne fera jamais avec ses parents.

« Vous pouvez envoyer votre enfant à un tarif autour de 350-400 euros et puis vous pouvez aller jusqu’à 800-1000 euros, c’est le contenu qui va être différent. En moyenne, une semaine de 7 jours est autour de 550 euros la semaine. Notre mission c’est quand même l’accessibilité pour tous, on voit la disparition des aides. Elles existent toujours via l’ANCV ou un dispositif VACAF des Caisses d’allocations familiales, on a aussi un public aidé via les comités d’entreprise et puis il y a le tout public qui effectivement n’est pas aidé et là c’est plus compliqué."

Des colos riches en apprentissages

Fortes de ce constat, les associations redoublent donc d’effort pour séduire parents et enfants, de plus en plus exigeants en matière d’offre. Finies les activités baignades, les cours de natation et les parties de colin-maillard. Aujourd’hui, on veut du fun. Du surf à la mer, de l‘escalade en montagne ou du multi-activités, les séjours doivent être attirants… et pas cher ! Oups…

On sait que le nombre d’enfants qui partent a été divisé par 3 et pour autant le niveau de contenu des colos est de plus en plus exigeant. C’est-à-dire qu’on ne nous demande pas de la colo classique, aller à la plage et faire des macramés. On nous demande des vrais contenus pédagogiques avec de la découverte, une approche d’activité, une pratique d’activité sportive, des parcs de loisirs, des parcs thématiques… C’est-à-dire un enrichissement du contenu, donc… Du prix.

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"On n’est pas là pour gérer du profit. On est bien là pour faire vivre des projets pédagogiques et faire partir les enfants mais effectivement les colos, pour faire en sorte de donner envie aux enfants de partir, doivent s’adapter en terme de contenu. On reconnaît fortement l’utilité sociale, on s’adapte parce qu’on sait que c’est très important que l’enfant découvre et vive des colonies. Et après, il y a le fait, au-delà de l’aspect tarifaire, que les parents aient envie de faire partir l’enfant. Aujourd’hui, c’est un phénomène sociétal, il y a une surprotection des jeunes. Que ce soit pour un petit, 7-11 ans ou pour les adolescents, le parent, il peut avoir le budget mais il préfère cocooner et garder son enfant près de lui. »

D’autres difficultés viennent alourdir la mission des associations. Ce sont les coûts d’entretien du patrimoine des associations pour accueillir les groupes d’enfants ou encore les difficultés de recrutement des animateurs BAFA qui hésitent à passer un diplôme onéreux pour accéder à des postes mal rémunérés. D’autant qu’aujourd’hui, les grands-parents prennent parfaitement le relai des colos en gardant les petits-enfants à coups de sorties plages et parcs de loisirs… Rude concurrence !"