Bretagne

Le beau succès de l'usine invisible

02 juillet 2020 à 08h37 Par Dolorès CHARLES
Crédit photo : Yann Launay pour Hit West

Objectif atteint pour l'Usine Invisible : en 2 mois, 200 couturières ont produit 172 000 masques en tissu, pour des collectivités locales du Morbihan et du Finistère. Le reportage de Yann Launay.

Retour à l'Usine invisible. Les couturières recevaient chez elles le tissu et les liens prédécoupés, et elle devaient confectionner les masques selon un cahier des charges précis. Un travail coordonné, standardisé, tout en restant à domicile, d'où le nom "d'usine invisible". Les couturières bretonnes ont été rémunérées 2,80 euros par masque, plus de la moitié du prix de vente unitaire. Pour Meriem Hammi, prof de couture à Auray et co-fondatrice de l'Usine invisible, le pari est réussi, alors qu'il n'était pas gagné d'avance :

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"Les difficultés ont été nombreuses : difficultés d'approvisionnement, on l'a oublié mais c'était compliqué d'acheter du tissu, le marché était tendu... Ensuite, les couturières étaient disséminées sur le territoire breton, il a fallu organiser toute la logistique... On a réussi à relever le défi..."

Un lien tissé entre nous

La commande est honorée, mais cela ne veut pas dire que l'Usine invisible disparaît :

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"Cela ne va pas se terminer comme ça : au fur et à mesure il y a vraiment un lien qui s'est tissé entre nous, on a fait communauté, on a fait coopérative, et des idées, des envies émergent : des couturières ont proposé de répondre à des marchés de fabrication de blouses, de protections hygiéniques lavables pour les femmes, il y a des pistes..."

USINE INVISIBLE BRECH BADGES REMERCIEMENTS.jpg (290 KB) @YannLaunay

Parmi les 200 couturières qui ont fait chauffer leur machine depuis deux mois : Fabienne, de Saint Nicolas du Tertre, fière du travail accompli dans l'urgence... et aussi un peu soulagée :

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"Cela fait du bien de s'arrêter aussi, c'était des semaines intenses... Je suis aussi chef d'exploitation, je fais de l'aide à domicile, il n'y avait pas que les masques... Cela va faire du bien de faire une pause, mais j'espère beaucoup qu'il va y avoir d'autres projets de mis en route par nous toutes..."

L'Usine Invisible n'exclut pas de relancer la production

Les masques vont rester utiles sans doute encore pour des semaines ou des mois : l'Usine invisible n'exclut donc pas de relancer la production... mais encore faut-il trouver les débouchés pour des masques qui ne sont pas parmi les moins chers du marché :

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"Si on doit refaire des masques, il faudra avoir les commandes en face... Quand on sait que dans les Vosges, par exemple, les usines qui se sont mises à faire des masques se retrouvent avec des stocks de masques invendus, parce que les frontières avec la Chine ont été réouvertes, et tout le monde achète en Chine, parce que c'est moins cher... Il y a eu tout un discours là-dessus, mais dès que les masques bas prix sont arrivés, les gens ont acheté les masques bas prix..."

USINE INVISIBLE BRECH COORDINATION LOGISTIQUE.jpg (290 KB) @YannLaunay

Pour passer cette commande de 172 000 masques à l'Usine invisible, les communes, la Région Bretagne et l'Etat s'étaient associés. Si les besoins en masques se prolongeaient dans le temps, de nouvelles commandes seraient-elles envisagées ? La réponse du préfet du Morbihan, Patrice Faure au micro de Yann Launay :

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"C'est une économie solidaire, dont nous ne devons pas nous distancier. Il faut que nous entretenions ces savoir-faire, nous pourrions encore en avoir besoin. Ces masques sont un peu plus chers, mais ils sont lavables, réutilisables plusieurs dizaines de fois, à comparer aux masques en papier, jetables... et peut-être jetés un peu trop partout..."