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La résistance s'organise au Carré Libre à Quimper

13 janvier 2020 à 08h55 Par Alexandra BRUNOIS
Crédit photo : Yann Launay

Pas question pour les familles de retirer leurs enfants de l'école alternative du Carré Libre à Quimper... même si le tribunal administratif a conforté l'injonction du rectorat. En tous cas pour les 44 enfants âgés de moins de 16 ans. En se basant sur plusieurs inspections menées dans l'école l'an passé, le rectorat estime que le Carré Libre ne respecte pas les règles pédagogiques et que son enseignement ne permet pas aux enfants d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Reportage de Yann Launay

Le Carré Libre a ouvert en 2016, c' est une des 40 "écoles démocratiques" créées en France ces dernières années : des établissements qui s'inspirent notamment des écoles Sudbury, créées à la fin des années 60 aux Etats-Unis. Dans les écoles démocratiques, tout est basé sur les initiatives des enfants, leur motivation naturelle à apprendre. Il n'y a pas de classes par tranches d'âges, pas de cours à heure fixe.

On ne parle d'ailleurs pas de professeurs mais de "facilitateurs d'apprentissage" : c'est la fonction d'Estelle, qui ne comprend pas les reproches du rectorat. Pour elle, les inspecteurs se trompent en affirmant que l'école ne permet pas aux enfants d'acquérir le socle commun :

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"On met tout en oeuvre pour que ce soit acquis, tous les moyens : ceux qui ont passé leur bac l'ont eu, ceux qui ont passé le bac français ont eu des notes au-dessus de la moyenne.. Il y a progression : un enfant qui arrive, qui ne sait pas lire, et qui apprend à lire.. forcément il y a progression..."

Les parents d'élèves sont solidaires de l'équipe éducative... Laure, par exemple, n'a aucun regret d'avoir inscrit ses enfants à l'école du Carré Libre. Laure est maman d'un garçon de 6 ans et d'une fille de 9 ans :

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"Ma fille ne savait pas lire quand elle est arrivée ici, ne savait pas écrire. J'ai laissé faire : maintenant elle sait lire, écrire, elle commence l'anglais, elle s'intéresse au russe, au japonais. C'est une petite fille qui s'éclate, j'ai une totale confiance. Il y a trente familles qui témoignent que leurs enfants progressent, mais c'est comme si on n'était pas entendus."

Les enfants au coeur de leur éducation

Au Carré Libre, les enfants circulent, effectivement, librement... On ne trouve pas de salles de classe, mais des salles thématiques réparties autour d'un espace de vie. Ecoutez Estelle

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"On a un labo, une salle mouvement pour bouger, une salle informatique, une salle d'art, une médiathèque... Les enfants s'organisent : ils vont le matin vers ce qui les appelle, vers ce qu'ils ont envie de faire : certains vont faire la même activité pendant un mois avant de changer, et d'autres vont changer dans la journée..."

Laisser les enfants choisir, laisser leurs intiatives s'exprimer ne veut pas dire absence de règles : elles existent et un "conseil de justice" est là pour les faire respecter... Des termes et un fonctionnement qui peuvent faire peur.. Les explications d'Estelle :

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"Le conseil d'école décide de toutes les règles : chaque membre de l'école a une voix : petits, grands : tout le monde a une voix, et tout le monde à le droit de demander des règles, d'en discuter, de les voter. Il y a beaucoup de règles, mais en fonction des besoins : elles ne sont pas posées arbitrairement. le conseil de justice va discuter des transgressions à ces règles : quels faits se sont déroulés, quelles solutions peuvent être apportées. Le jury est composé d'adultes et d'un enfant de chaque tranche d'âge."

L'école traditionnelle pas forcément adaptée

Le profil des élèves est très varié, et on ne trouve pas seulement des élèves en rupture avec l'école "traditionnelle", même si pour Estelle, les écoles démocratiques sont particulièrement adaptées aux enfants en difficulté dans le système classique : elle en veut pour preuve l'exemple de sa propre fille, désormais scolarisée au Carré Libre :

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"Elle pleurait tous les matins : elle a pleuré pendant 3 ans tous les matins avant d'aller à l'école. Elle a fait un blocage sur la lecture, elle savait lire mais ne voulait plus rien lire... Elle a recommencé ici à reprendre goût... Un enfant a vraiment besoin d'être bien,moralement, physiquement, pour pouvoir apprendre..."

Pour Laure, pas question d'inscrire ses enfants dans une autre école : si au terme de la procédure, le Carré Libre devait fermer, elle assumerait l'éducation de ses enfants à la maison, en tous cas pas dans le système classique :

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"Je pense que le monde a vraiment besoin de changer, et ce n'est en s'appuyant sur un système qui a des difficultés à évoluer que je pourrait avoir des enfants, des adlutes, responsables, autonomes... Supprimer des écoles comme le Carré Libre, c'est aussi supprimer une possibilité de s'enrichir de ces exemples là aussi..."

Pour le moment, l'école continue à fonctionner, les familles et l'équipe éducative étudient avec leurs avocats les recours possibles, mais souhaiteraient que le problème puisse se régler dans le dialogue avec l'Education nationale.