La méthanisation dans le collimateur d'Eau & Rivières de Bretagne

12 octobre 2020 à 2h25 par Dolorès CHARLES

La méthanisation est dans le collimateur de l'association Eau & Rivières de Bretagne, qui dénonce un développement anarchique dans l'Ouest, et d'un risque de pollution majeure. Reportage de Yann Launay.

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Crédit: Pixabay

Eau & Rivières demande par exemple l'interdiction d'un projet porté par un élevage d'Arzal dans le Morbihan : cette ferme veut agrandir son troupeau, pour atteindre les 450 bovins, et agrandir sa station de méthanisation. Eau & Rivière a rencontré vendredi dernier (9 octobre) le commissaire-enquêteur chargé du dossier. L'exploitation qui porte le projet vient pourtant de recevoir le label "Haute Valeur Environnementale". Un trompe-l'oeil, selon Maëlle Turriès, d'Eau & Rivières de Bretagne, au micro de Yann Launay :

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« Sur cette exploitation-là en particulier, il y a eu des cas de pollution cours d’eau, donc mortalité de poissons et derrière ça veut dire une eau qui est toute de suite en estuaire… parce qu’on est situé à l’estuaire de la Vilaine et derrière nous avons les pêcheurs à pied et les zones conchylicoles, c’est-à-dire les producteurs de moules et d’huîtres qui vont récupérer des eaux polluées… polluées de matières organiques. Et il se trouve que là en l’occurrence, c’était son digestat qui était partie dans le courant, c’est-à-dire le déchet qui résulte du processus de méthanisation. Les agrandissements se sont toujours faits dans une situation irrégulière, c’est-à-dire que l’éleveur fait ses travaux, ses aménagements et étend son exploitation et met l’administration devant le fait accompli ».

A Arzal ou ailleurs, la méthanisation semblait pourtant être une vraie solution : produire du gaz à partir de déchets, valoriser les déjections des animaux, faire d'un "moins", un "plus" semblait aller dans le bon sens. Mais pour Maëlle Turriès, la méthanisation serait une fausse bonne idée, bien loin d'une solution miracle :

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« On ne dit pas tout… Ce n’est pas seulement le pipi et le caca des animaux qui va pouvoir être transformé en énergie… il va falloir y ajouter pour que cela fonctionne du carbone, ça veut dire des cultures, du maïs dédié à ça, ça veut dire d’autres cultures qui vont être dédiées à la fabrication d’énergie, plus… ce n’est pas suffisant… il va nous falloir des matières huileuses graisseuses que l’on va aller chercher dans les rejets des industries agroalimentaires. Ça veut dire qu’en gros la méthanisation n’est que le pilier et la béquille pour une agriculture agro-industrielle ».

La méthanisation agricole existe avant tout parce que les élevages concernés possèdent un trop grand nombre d'animaux, et la quantité de déjections dépasse alors ce que les sols peuvent recevoir... et pour Maëlle Turriès, on ne peut même pas se rattacher à l'idée que le biogaz produit remplace les énergies fossiles :

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« La méthanisation n’est pas une solution car elle-même accélère le cycle du carbone… Il y a des végétaux qui apportent du carbone qui vont être mis dans le transformateur-méthaniseur plutôt que la matière organique des plantes donc comprenant le carbone fertilise les sols et donc que le sol fontionne comme un piège à carbone et un puits à carbone, on va le mettre dans le méthaniseur qui va le rebalancer dans l’atmosphère immédiatement donc ce n’est toujours pas une bonne solution par rapport à la lutte contre le réchauffement climatique ».

L'enquête publique concernant le projet d'Arzal se poursuit jusqu'au 15 octobre. Eau & Rivières a lancé, avec plusieurs organisations, une pétition pour demander un moratoire sur la méthanisation.

A Châteaulin, l’usine de biogaz a été autorisée à reprendre partiellement son activité, celle de réception des déchets… Une autorisation délivrée par la Préfecture du Finistère qui lui demande de respecter de mesures conservatoires. Pour rappel en août dernier, l’usine de méthanisation a été à l’origine de la pollution de l’Aulne qui avait conduit à la coupure de l’eau courante pour 50 communes du Finistère. En cause : un dysfonctionnement du système de sécurité.

Un projet XXL en Pays de la Loire

Un projet de méthaniseur sans précédent en France est en cours à Corcoué-sur-Logne près de Nantes (sud). Porté par la coopérative d’Herbauges, il inquiète fortement les riverains et aussi certains élus à l'image du Président du Département de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, qui réclame un débat public ! Une concertation est ouverte jusqu’au 22 novembre afin d’informer les habitants et recueillir leurs avis. Si le préfet donne son feu vert au projet, une enquête publique pourrait débuter à l’automne 2021.