La Loi séparatisme et l'instruction à la maison

15 février 2021 à 12h17 - Modifié : 16 février 2021 à 6h06 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: pixabay

Le ministre de l'Education Nationale était en visite en Loire-Atlantique hier pour promouvoir le SNU. A Nantes, il était attendu par les syndicats et le collectif pour la liberté d'Instruire en Pays de la Loire.

Jean-Michel Blanquer était dans un lycée de Nort-sur-Erdre (44) ce lundi matin, pour parler du Service national universel. Le ministre était accompagné de Sarah El Haïry, la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse, pour promouvoir ce SNU et le déploiement du Service Civique dans le cadre du plan de relance. Ce plan permettra d’ouvrir, d’ici fin 2021, le Service Civique à 100 000 jeunes supplémentaires pour un total de 245 000. Sarah El Haïry a annoncé 26 places pour la Prépa ENA de Nantes dès septembre 2021. Après Paris et Strasbourg, Nantes va ouvrir une classe préparatoire aux grandes écoles de l’administration. Objectif, favoriser l’accès des jeunes issus de milieux moins favorisés aux grandes écoles de la fonction publique.

En marge de ce déplacement, une manifestation a eu lieu à Nantes, devant l'Inspection académique, avec dans le cortège des syndicats venus demander plus de postes et de moyens (*), et le Collectif pour la Liberté d’Instruire en Pays de la Loire qui défend le droit d'enseigner à la maison.

La Loi séparatisme

C'est un "encadrement renforcé" qui a été annoncé par l'Assemblée nationale dans la loi séparatisme. Une "stricte limitation de l'instruction en famille" voulue par le gouvernement pour lutter contre le séparatisme islamiste et les dérives sectaires. Une annonce que les parents qui donnent les cours à leurs enfants à la maison ne comprennent pas. D'après le Collectif pour la Liberté d'Instruire qui s'insurge contre le projet de loi, 1 500 enfants sont concernés en Pays de la Loire, et autant en Bretagne. Alice Bussy mère de trois enfants à Bois-de-Céné, en Vendée, représente le Collectif, et elle raconte le quotidien de ses enfants:

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"On a un temps de travail plus formel le matin pendant trois heures et l'après-midi on fait des activités plus diverses des sorties dans les musées. Ils voient beaucoup d'autres enfants de toutes sortes, aussi bien scolarisés que non scolarisés. Ça ne les empêche pas d'avoir des copains.
l'idée c'est de suivre leur rythme, d'aller en fonction des intérêts et de l'évolution de l'enfant. Par exemple, ma fille qui a huit est très avancée en mathématiques, elle suit des items de cinquième, et pour d'autres choses elle va être sur des choses plus classiques par rapport à son âge".

Pour Alice Bussy et son mari, l’instruction des enfants se fait à la maison depuis toujours, ils ne sont jamais allés à l’école. Pour elle, le projet de loi vise les mauvaises cibles.

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"Ce qui est important à mes yeux c'est la liberté de choix, et de trouver ce qui correspond le mieux à la famille. Les enfants qui sont en situation de séparatisme ne sont pas en instruction en famille. Ils sont hors radars... C'est une erreur de cible que de vouloir les trouver dans la partie réservée à l'instruction en famille".

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Une privation de liberté pour les familles

Parmi les manifestants rassemblés ce matin devant le rectorat de Nantes, il y avait aussi des pères de familles. Andrzew Koriat est charpentier au sud de Nantes, et il enseigne son métier à ses enfants, en plus de leur donner des cours. Il vit ce projet de loi comme une privation de liberté, d'autant qu'il estime que les lois contre les dérives existent déjà.

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"On est en train de nous enlever un droit de l'homme, dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, c'est que les parents ont la priorité pour choisir le mode d'instruction donnée à leurs enfants. Il n'y a pas de raison que ça change, ça se passe très bien comme ça, il y a déjà des gardes fous légaux très précis pour encadrer les dérives, les extrémismes religieux ou politiques, ou la maltraitance des enfants, ça existe aussi, des enfants qu'on n'emmène pas à l'école parce qu'ils subissent des sévices... Les chiffres c'est que 98,5% des enfants non scolarisés ont une vie normale, épanouie. Ca ne devrait pas être les 1,5% qui privent les autres de leur liberté".

Au lieu d'une simple déclaration à effectuer auprès du rectorat, les familles qui font le choix de l'école à la maison devraient soumettre une demande d'autorisation. L’examen du projet de loi séparatisme doit être adopté en première lecture cet après-midi. Gauche et droite pourraient s’abstenir ou voter contre.

(*) L'intersyndicale FSU, FO, CGT & SUD éducation voulaite faire entendre une voix différente, à l’heure « où des milliers de postes sont supprimés dans le second degré, où la pénurie de remplaçants dans le premier degré touche tout le département et pour demander aussi un plan d'investissement massif ! »

Un reportage de Cédric Mané.