La filière hôtellerie-restauration tape du poing sur la table

30 novembre 2020 à 16h12 - Modifié : 30 novembre 2020 à 16h51 par Emilie PLANTARD

HIT WEST
Crédit: @Hit West

Ils étaient autour de 1000 personnes à défiler ce lundi dans les rues de Nantes pour demander au gouvernement de les laisser travailler. Des professionnels de l'hôtellerie et de la restauration, du monde de l'événementiel, mais aussi des fournisseurs⬦ Tous revendiquent leur aspect essentiel.

Tous ces restaurateurs, ces cafetiers, ces gérant de discothèque mais aussi ces fournisseurs, ces techniciens de l’événementiel, ces artistes, ces gérants, ces salariés… Tous ont le point commun de ne pas pouvoir travailler, de ne pas y être autorisés. Le président Macron a permis aux commerces de rouvrir ce 28 novembre mais a évoqué la date du 20 janvier, au mieux, pour les restaurateurs. Alors, à l’appel de l’UMIH44 et du GNI44, tous ces représentants se sont réunis sur l’esplanade des machines de l’île à Nantes, avant de défiler en ville. Dans les rangs, c’est souvent un sentiment de colère et d’injustice qui domine, alors même que les rassemblements privés vont être autorisés pendant les fêtes.
Frédéric De Boulois, président du syndicat UMIH 44 :


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"C’était important de rassembler tous les acteurs de la filière, car c’est toute la filière qui est menacée. Et tous ceux qui sont liés à notre filière, les partenaires. En Loire-Atlantique, c’est 20.000 emplois directs, 45.000 emplois indirects. Nous ce que nous demandons, c’est travailler. Nos lieux sont des lieux de vie, des lieux de fête, ils constituent l’essentiel du bien-être et du bien-vivre ensemble, il est fondamental que nous puissions ouvrir. On ne peut pas admettre que d’un côté, le restaurant de l’assemblée nationale ou des restaurants interentreprises ou administratifs soient ouverts, et que nos lieux soient fermés. Ce n’est pas possible et ce n’est plus durable."



Ouverts en collectivité, fermés en indépendant…


En effet, les indépendants sont bloqués, alors même que les restaurants inter-entreprises n’ont pas été contraints de fermer en octobre dernier.


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"Moi je suis en colère parce que je crois en la valeur de l’exemplarité. Et quand le président et les députés se permettent de manger au restaurant à l’assemblée nationale, c’est inacceptable. Soit il y a un vrai risque sanitaire dans les établissements et dans ce cas, on est tous fermés. Soit ce n’est pas le cas et on doit tous rouvrir. Quel message vous envoyez aux ouvriers ? Quand vous êtes un col blanc et que vous êtes dans les bureaux vous avez le droit de manger en restaurant et quand vous êtes sur le terrain, sur les chantiers, vous n’avez pas le droit ? C’est quoi ce délire ?"


Le gros manque à gagner de décembre


Pas de rattrapage en décembre, donc, pour ces milliers de restaurateurs qui devront garder leurs portes closes avant et pour les fêtes de Noël. Quant à la possible réouverture en janvier, les professionnels sont sceptiques, pour ne pas dire pessimistes. Frederic De Baulois, avec Catherine Querard, présidente du Groupement National des Indépendants (GNI Grand Ouest) :


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"Le gouvernement nous a dit au mieux le 20 janvier, tout en nous disant que le 1er lieu de contamination était les fêtes familiales. Il va se passer quoi entre le 24 et le 31 décembre ? Est-ce que vous imaginez une seconde qu’on va ouvrir le 20 janvier ? Je n’ai pas un collègue qui y croit. Ce que nous voulons c’est être ouvert maintenant… L’inquiétude va être aussi les modalités de réouverture. Est-ce qu’on rouvre avec un couvre-feu ? Quel va être le protocole sanitaire de réouverture ? Ce sont toutes ces questions qu’on se pose et si on rouvre en mode dégradé, ça n’a pas d’intérêt non plus."



Le pire est probablement à venir


Catherine Quelard, comme tous les responsables syndicaux, redoute l'année 2021 et une inévitable hécatombe chez les dirigeants de petites sociétés. Pour l'instant, l'Etat soutient la filière, mais ces aides ne suffiront pas à sauver tout le monde.


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"On est sous perfusion du chômage partiel, du PGE, il va falloir le rembourser. Quelles vont être demain les taxes qui vont être associées, parce qu’il va falloir rembourser, l’Etat verse beaucoup d’argent… Quant aux entreprises, quand il va falloir rembourser le PGE, il va y avoir un effet ciseau et c’est là où les entreprises vont se casser la figure. Et n’oublions pas, il y a les congés payés sur chômage partiel, qu’il faudra payer, les partenaires sociaux ne se sont pas mis d’accord sur l’allocation partielle longue durée, et ça c’est une catastrophe pour la filière parce que ça va être des coûts supplémentaires pour les TPE-PME."


Les bars dans le flou total


Les bars eux, n'ont même pas de date d'évoquée. Au niveau national, la fédération des cafés culture redoute 30 à 40% de fermetures d'exploitations. Pour David Milbéo, directeur adjoint du collectif Bars Bar à Nantes, il est urgent de pouvoir rouvrir, et pas que pour des raisons financières :


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"Il y a des protocoles qui ont été respectés, on considère qu’on est moins endanger avec des professionnels qui les font respecter parce qu’à l’extérieur, en famille, au bureau il y a plus de risque de contamination. Il y a des professionnels dans les cafés, les concerts, les bistrots, les restaurants, il faut leur faire confiance, et nous sommes essentiels pour le lien social, pour psychologiquement revoir du monde, c’est aussi une santé mentale en plus de la santé économique qui est en jeu. C’est pour ça qu’il faut rouvrir aujourd’hui."


Derrière les restaurateurs, les victimes de l'ombre


Avec eux, pour soutenir les acteurs de la filière, de nombreux fournisseurs de débits de boissons et de restaurateurs. Si eux ne sont pas soumis aux interdictions d'accueillir du public, ils doivent faire face à l'absence d'activité de leurs clients et sont dans la même impasse. Mickaël Cadio est gérant de la maison Berjac, spécialisée dans le commerce de gros.


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"On se doit d’être là parce qu’on n’est pas directement impactés puisqu’on n’est pas fermés administrativement, mais c’est tout comme puisque tous nos clients sont fermés. C’est une réaction en chaîne. Moi j’ai déjà perdu des plumes au 1er confinement, on a fermé 11 semaines et là, on est partis pour 11 semaines encore. Sur l’année 2020, on aura fermé 40% de l’année. C’est catastrophique. On va s’en sortir, mais à quel prix. Là c’est le mois de décembre qu’on loupe et c’est le plus gros de l’année avec les repas d’affaire de fin d’année, et les fêtes évidemment. Donc c’est vrai que coup dur de décembre est très difficile à encaisser."


Et puis toujours la filière spectacle...


Et puis il y a tout l’univers de la culture, du spectacle. Des professionnels qui n’ont aucune perspective de reprise et qui survivent, certains depuis mars, à coup d’aides de l’Etat. Nanteffect est une entreprise d’effets spéciaux de scène, elle est à l’arrêt. Nadège Rouen en est la co-gérante avec son mari, elle ne sait pas s’ils parviendront à se relever de cette épreuve...


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Depuis mars on est quasi à l’arrêt, on a le fond de solidarité de 1500 euros sachant qu’on a un loyer de 1200 euros, donc depuis juin, on n’a plus de revenus. On donne une date butoir à tout le monde, on parle du 20 janvier pour la dernière date du déconfinement, sauf que, est-ce qu’ils vont rouvrir les Zénith, est-ce qu’ils vont rouvrir les festivals ? Est-ce que nous on pourra encore être là quand ils vont les rouvrir ? Je ne sais pas, parce qu’aujourd’hui on est là juste pour payer des charges… On est parents de 3 enfants et on est au RSA. C’est compliqué d’avoir construit tout ça et aujourd’hui on nous dit, vous arrêtez votre passion et vous n’avez plus aucun revenu. Donc il faut continuer à vivre, à donner à manger à nos enfants et c’est difficile.


La salariée de Nadège, elle, est au chômage partiel depuis 9 mois...