La filière du CHR se sent oubliée, d'où la création d'un Consortium

1er décembre 2020 à 19h41 - Modifié : 2 décembre 2020 à 9h47 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: pixabay

Ils sont plus d'une douzaine de toute la Bretagne à s'unir dans un Consortium, pour défendre la filière CHR (Cafés-Hôtels et Restaurants), fortement impactée par la crise du Covid-19. Le point avec Matthieu Breton de la Brasserie Coreff.

Si au printemps, le premier confinement a été accueilli avec compréhension, ce deuxième confinement laissera des traces… Il est vécu par beaucoup comme moins justifié & moins légitime. Avec des chiffres d’affaire amputés de moitié pour beaucoup, voire plus, certains fournisseurs auront du mal à s’en remettre. De France Boisson Bretagne aux Eaux minérales Plancoët, en passant par les Brasseries Lancelot & Coreff… ces entreprises de production, de distribution ou de vente ont décidé de réagir en créant ce Consortium. Matthieu BRETON, de la Brasserie Coreff avec Dolorès Charles.

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"Globalement on dépend tous de la filière du CHR... Toutes nos entités sont touchées. Mécaniquement si eux sont fermés, nous on ne livre pas. De facto, on peut aller d'une activité réduite de 50% comme chez nous, à - 90, -95% pour certains grossistes. Quelque soit l'ampleur de la vague, cela reste un tsunami pour tout le monde et très impactant au niveau des structures. Dès que le marché de la restauration et des bistrots réouvrira, et on espère que ce sera le plus vite possible, ce serait bien que les grossistes soient toujours debout, car il va falloir remplir les assiettes et les verres, mais là les trésoreries s'affaiblissent mois après mois..." 

La filière se sent oubliée

De Ouest Boisson à Breizh Cola, ces entreprises de production, distribution ou vente ont décidé de s'unir, au delà des rivalités commerciales. L’enjeu est de sauver des emplois et de dénoncer leur angoisse économique et le manque de soutien de l’Etat. Aujourd’hui « la filière dans son ensemble, amont comme aval, se sent « oubliée… » par l’exécutif :

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"C'est vrai que régulièrement pendant les allocutions étatiques, on entend parler des bars et des restaurants mais en fait il faut que nos pouvoirs publics comprennent que la filière va bien au delà de ça. C'est vrai qu'aujourd'hui la filière est assez conséquente, génératrice d'emplois à bien des titres au niveau de la logistique et de la production, de la technique et c'est une filière complète qui est à l'arrêt aujourd'hui, total ou partiel."

Des aides pas au rendez-vous

Si toutes bénéficient du chômage partiel il reste les charges fixes, et la majorité n’est pas éligible au fonds de solidarité. Bref, la trésorerie s’étiole mois après mois s’inquiète Matthieu BRETON, de la Brasserie Coreff :

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"La masse salariale, "la main d'oeuvre", ne représente pas 100% des charges que subissent les entreprises, vous avez tous les frais fixes qui vont autour comme les loyers, les abonnements téléphoniques, les locations de parcs de véhicules ... ce ne sont pas des lignes anecdotiques ... tout ça tombe tous les mois. Et comme vous êtes chaque mois en perte, eh bien chaque mois vous devez remettre au pot, le but n'est pas non plus de pénaliser l'ensemble de la filière. Si vous, vous ne payez pas vos fournisseurs, c'est un château de cartes... Donc chacun remet au pot semaine après semaine, jour après jour pour que tout le monde soit payé, et que tout ça tienne mais deux fois la même année, ça commence à être lourd à enquiller même pour des entreprises qui avaient un peu de trésorerie, mais là la trésorerie s'étiole un peu plus chaque jour."

Et la bière de Noël ?

Il y va de la survie de nombreuses sociétés familiales et indépendantes pour Matthieu Breton. Récemment, une réunion s’est tenue en visio avec des parlementaires. Il s’agit de faire remonter leurs propositions : maintien des exonérations de charges sociales en 2021, l’adaptation du fonds de solidarité ou la prolongation des échéances de remboursement des PGE. Côté marchandise, la vente de la bière de Noël et plus largement d’autres boissons ou produits frais seront amenés à être jetés. Une perte sèche pour les professionnels :

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"La bière de Noël comme c'est d'actualité c'est un sujet qui revient régulièrement, mais tous nos produits sont des produits de consommation et ils ont tous des durées de vie, quelque soit la marchandise dont on parle, évidemment c'est encore pire en ultra fraîche. Nous sur la bière, on a un peu plus de vision mais ce n'est pas beaucoup plus long, une bière en fut c'est entre 3 et 6 mois. Là, on est parti sur mi-janvier pour le moment pour la restauration, sur les bistrots personne n'a encore annoncé de date de réouverture, on est en octobre et la bière qui est commercialisée a été fabriquée en septembre / octobre alors je vous laisse compter octobre novembre décembre janvier et février on va commencer à jouer un peu avec les seuils de limite de date."

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L'Ouest terre de bistrots plus épargnée que d'autres par le Covid

Les membres du consortium BZH emploient plus de 1 350 salariés pour un CA cumulé de 374 millions d’euros, et sont implantés sur 42 sites en Finistère, Côtes-d’Armor, Ille-et-Vilaine et Morbihan... Une région relativement épargnée par le COVID-19, d’où l’incompréhension des bistrotiers restaurateurs face à cette décision de fermeture.

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"On est quand même à l'Ouest une terre où il y a pas mal de restaus et de bistrots, il y a des communes où il y a beaucoup d'étudiants. On est sur une région qui est très espacée, ce n'est pas concentré. Ici, les communes sont loin les unes des autres, il y a plein de gens qui n'habitent pas là où ils "vivent", et donc on a recours à la restauration hors domicile, et puis il y a une culture d'aller boire un coup le soir avec les collègues ou les copains et je n'ai pas le souvenir qu'on ait eu en tout cas pour ce qui est de la toute pointe - je suis bretois et finistérien... On n'a jamais été dans le rouge pour le Covid, pourquoi aujourd'hui il faut fermer ? Je ne me rends peut être pas compte, je n'en sais rien, mais une chose est sûre pour le coup les bistrots et les restaurants on en a quand même pas mal à l'Ouest, est ce qu'on est réellement un endroit de contagion supérieur à d'autres, c'est une question qui revient régulièrement... "

Ce consortium breton de défense des fournisseurs de la filière CHR appelle tous les fournisseurs des cafés et restaurants à rejoindre le mouvement... Depuis, des professionnels de l’Est et du Nord de la France ont créé à leur tour un Consortium pour relayer les angoisses économiques de toute la filière. Mardi, des patrons de cafés et restaurants du Finistère ont distribué des boissons sans alcool en terrasses. Un autre moyen de se faire entendre alors que leurs établissements restent fermés. En Loire-Atlantique, le Préfet a aussi reçu les professionnels du secteur CHR.