La Coop des masques s'apprête à ouvrir !

16 novembre 2020 à 6h20 par Alexandra BRUNOIS

C'est l'un des projets les plus avancés pour relocaliser la production de masques en France : la Coop des Masques s'apprête à recevoir ses premières machines, pour démarrer la fabrication au mois de décembre. Elle aménage actuellement ses locaux, sur l'ancien site Alcatel de la zone d'activité de Grâces, près de Guingamp. Reportage de Yann Launay

HIT WEST
Le site de la future coopérative de masques à Grâces (22)
Crédit: Yann Launay

Deux ans après la fermeture de l'usine Honeywell de Plaintel, une usine de masques va donc renaître dans les Côtes d'Armor... à la -grande- différence qu'il s'agit d'une coopérative, comme son nom l'indique : elle appartient à tous ceux qui souhaitent en acheter une part, qu'ils soient simples citoyens, municipalités, hôpitaux, groupes mutualistes...


Mais que fabriquera précisément l'usine de Grâces ? La réponse de Guy Hascoët, président de la Coop des Masques :


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"Des masques homologués, chirurgicaux, et FFP2. Nous allons aussi devenir producteur du tissus filtrant qui confère la performance des masques : c'est la partie centrale qu'on ne voit pas, entre la partie bleue et blanche... Ce tissus qui a tant fait défaut au printemps, nous allons en devenir producteur, pour maîtriser son cours, et on en vendra à d'autres..."


Les deux premières machines, en construction à Saint-Etienne, permettront de produire au minimum 45 millions de masques, dans un premier temps. Puis une machine construite en Italie devrait arriver au printemps prochain dans les Côtes d'Armor, pour produire du tissus filtrant. La fabrication doit démarrer le mois prochain avec une trentaine de salariés, des effectifs qui devraient monter à une cinquantaine de personnes courant 2021.






DES MASQUES MADE IN BZH POUR LA BRETAGNE


Ces masques seront vendus en priorité aux partenaires de la Coop, et accessibles aux clients qui le souhaitent, mais l'objectif est avant tout de satisfaire les besoins régionaux :


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"On n'est pas parti du principe qu'on allait s'inscrire dans le marché monde, ce n'est pas notre cible. Nous avons des réseaux régionaux et nationaux, nous sommes en discussion avec de grandes associations du sanitaire, et l'idée de se fournir auprès d'une coopérative leur va plus que de dépendre d'un marché qui a parfois été ingras, puisque des acteurs ont eu du mal à s'équiper..."


Cela veut-il dire que les masques de la Coop de Grâces seront vendus nettement plus chers que les masques fabriqués par exemple en Asie ?


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"On sera placé,au niveau prix... Mais si les gens disent "vous êtes à 8 ou 10 centimes,et moi je les ai à 5,6.." C'est sûr : on peut toujours trouver des enfants de 8 ans au travail, et descendre le prix... A un moment donné, il va falloir aussi un sursaut, une réaction, pour se dire : finalement, les économies qu'on a faites pendant quelques années... au bout du compte, on n' a pas les matières, on n'a pas la production, on n'a pas les emplois, et comme il y a eu une augmentation de prix énorme des masques, toutes les entreprises et les structures publiques ont dépensé en 4 mois toutes les économies qu'elles avaient faites."


GUY HASCOUET NOV 2020.jpg (464 KB)


UN PROJET COLLABORATIF


Vous pouvez encore apporter votre participation au projet, acheter une part sociale et avoir voix au chapitre :


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"La part sociale minimum est à 50 euros, et après chacun est libre d'en prendre une, d'en prendre plusieurs. En moyenne, on a 130 euros par indidu qui a pris des parts en ligne. Cette forme de coopérative est organisée par collèges : il y a un collège des collectivités publiques, un collège des citoyens, un collège des usagers, de ceux qui consomment le matériel que nous produisont, et il y a un collège des salariés, qui a une petite part du capital, mais le quart de la représentation dans les instances. Pour les citoyens, on a mis 10-15%, parce que jamais on a ouvert à ce point une construction de ce type, on est dans l'inédit..."






Mais les sociétaires ne recevront pas de dividendes : même si l'usine fait du bénéfice, il sera réinvesti dans le développement du projet, notamment dans la recherhce, pour rempalcer, à terme, le plastique des masques par des matières organiques.


La Coop est bien partie pour réunir les 2 millions d'euros nécessaires au démarrage. Elle cohabitera dans les Côtes d'Armor avec un autre projet d'usine de masques : un projet privé, porté par l'investisseur libano-suisse Abdallah Chatila, qui devrait voir le jour début 2021 à Ploufragan, près de Saint-Brieuc. Quinze millions d'investissement, pour 200 emplois annoncés. Mais un projet pas forcément plus solide dans le long terme, pour Guy Hascoët :


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"Pour quelle raison a-t-on délocaliser l'usine qui était là avant ?.. Parce qu'il y avait moins cher ailleurs.. Donc, est-ce qu'on a une sécurité par rapport à ça, quand tout dépend de quelqu'un qui peut dire : c'est mes sous, le décide de faire autre chose... La différence pour nous, c'est que d'abord on ne s'inscrit pas dans le marché-monde, on ne peut pas être délocalisable, et la maîtrise de la trajectoire du projet appartient à ceux qui ont pris part au sociétariat..."


Pour devenir sociétaire, pour acheter une part sociale, rendez-vous sur le site www.lacoopdesmasques.com