La construction du voilier Grain de Sail, entre Morlaix et Couëron !

20 décembre 2018 à 7h22 par Dolorès CHARLES

C'est une première en Europe : la construction d'un voilier écologique à Couëron, pour la société de l'Ouest "Grain de Sail."

HIT WEST
Crédit: Yann Launay

Vous connaissez peut-être son chocolat et son café bio, largement distribués dans l'Ouest : la société bretonne Grain de Sail veut maintenant aller plus loin pour réduire son impact sur l'environnement, en lançant la construction d'un voilier cargo, une première en Europe. Un voilier qui aura pour mission de transporter le café et le cacao brut entre les Caraïbes et l'atelier de Morlaix. En fait, le voilier partira de Bretagne chargé de vin bio, fera escale à New-York pour le décharger, puis mettra le cap sur les Caraïbes pour remplir sa cale de café et cacao.

C'est le chantier Alumarine de Couëron, près de Nantes, qui va construire le bateau : une goëlette à deux mâts et à coque en aluminium.

Pour cette première réalisation, Grain de Sail a imaginé un bateau aux dimensions modestes, mais conçu pour être particulièrement marin, comme l'explique François Liron, co-fondateur de Grain de Sail, à Yann Launay.

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"C'est une goëlette que l'on a voulu relativement simple, pour être fabricable, finançable et exploitable... elle aura une capacité de charge de 35 tonnes, à peu près la capacité de charge d'un poids lourd, mais avec la capacité à traverser les océans. C'est réellement un voilier, ce n'est pas un bateau mixte moitié voile, moitié moteur... Il fera 22m de long, sera exploité par 4 marins professionnels, et fera quatre transats par an."

Le coût : un million d'euros

Une goélette à un million d'euros, dont la construction va démarrer (automne) aux chantiers Alumarine de Couëron. Mise à l'eau prévue fin 2019, avec une première transatlantique dans la foulée. L'entreprise "Grain de Sail" l'assure : cette nouvelle organisation, ce transport par voilier des matières premières, ne fera pas augmenter le prix des tablettes de chocolat et des paquets de café en magasin. Mais François Liron ne le cache pas : la rentabilité tiendra tout de même du défi !

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"On est obligé, pour tenir le coup, d'avoir un bateau qui fonctionne bien, capable de faire des boucles en Atlantique rapidement, on a une nécessité d'exporter, on ne peut pas faire travailler ce navire à vide la moitié du temps, il faut que notre schéma économique d'export, de vins bio vers New York tienne le coup, il faut que la commercialisation de notre café, chocolat, soit aussi un succès... Il faut que toutes ces "briques" fassent un édifice qui se tient... si une seule de ces briques ne fonctionne pas, on sera dans le dur..."

Un commerce transatlantique

Il faut aussi obtenir toutes les autorisations pour mettre en place ce commerce transatlantique. Il faut par exemple trouver un port où accoster dans la mégapole new-yorkaise, où la concurrence commerciale fait rage. Comment le projet est-il accueilli ? La réponse de Mathieu Riou, en charge de l'export chez Grain de Sail, qui revient des Etats-Unis.

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"C'est vrai que ça fait toujours sourire cette aventure... c'est quelque chose qui paraît un peu irréel, après les gens sont très intéressés, parce que c'est un projet unique, avec de belles valeurs. J'ai rencontré le directeur du port de Brooklyn, un port qui veut devenir le port le plus vert de New-York, et mettre en avant les dynamiques de développement durable. Il est prêt à participer avec nous à cette aventure !"

Un reportage de Yann Launay

Les détails du projet :

Alumarine Shipyard, un acteur local de confiance
Les dirigeants de Grain de Sail avaient à coeur de collaborer avec un chantier naval du Grand Ouest. Le constructeur Alumarine Shipyard du Groupe Grand Large Yachting, implanté à Couëron (44), répond à ce critère. Plus de 1000 navires du groupe naviguent aujourd’hui sur toutes les mers du globe. Les négociations auront durées six mois et le contrat est signé ce 25 octobre 2018 sur le chantier, à Couëron.

72 pieds de long, 35 tonnes de capacité en cale et 1 million d’euros
Le premier voilier-cargo de l’entreprise finistérienne portera le nom de Grain de Sail. Ce deux mâts en aluminium de 72 pieds pourra transporter jusqu’à 35 tonnes de marchandises. Le financement de cette construction est constitué des fonds propres de l’entreprise et de prêts bancaires répartis équitablement entre le Crédit Mutuel de Bretagne, le CIC et le Crédit Maritime.

L’équation environnement et économie
Dessiner le bateau, trouver les financements, le construire... Mais quel impact aura ce nouveau mode de transport sur le prix des produits ? Jacques Barreau, directeur général de l’entreprise répond « cela reviendra à un surcoût d’une petite dizaine de centimes de plus par tablette de chocolat et environ vingt centimes pour un paquet de 250 grammes de café. Nous n’augmenterons pas pour autant nos prix quand le navire sera en exploitation. En revanche, ce nouveau mode de transport diminuera significativement le bilan carbone de nos produits.»

Recrutement de quatre marins professionnels
Le voilier-cargo effectuera chaque année deux boucles de trois mois chacune. Quatre marins professionnels, un capitaine (brevet Capitaine 3000), un capitaine en second, un chef de quart ainsi qu’un matelot, seront embauchés pour assurer cette mission. La phase de recrutement débutera au début du deuxième semestre 2019.

Premier voilier, première étape
Si Grain de Sail en est au lancement de la troisième phase de son projet, l’entreprise ne cache pas son ambition. A terme, c’est une flotte complète de voiliers-cargos que souhaite créer l’entreprise, lui permettant ainsi de développer un réseau de transport maritime efficace et décarbonaté.