La 5G : une menace pour la santé ?

22 septembre 2020 à 4h11 par Alexandra BRUNOIS

Alors que l'Etat se dit décidé à déployer la téléphonie mobile de cinquième génération, autrement dit la 5G, certains appellent à la prudence et craignent des effets sur la santé. Yann Launay a rencontré Yves Le Dréan, chercheur à l'Université de Rennes 1.

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Yves Le Dréan, chercheur à Rennes 1
Crédit: Yann Launay

Face à la volonté du gouvernement de déployer la téléphonie mobile de cinquième génération, des élus, des associations, des citoyens appellent à la prudence. La 5G suscite des inquiétudes, d'abord pour la santé. Ces inquiétudes sont-elles justifiées ? Doit-on craindre une augmentation dangereuse de notre exposition aux ondes électromagnétiques ? Et où en sont les recherches ? Nous avons posé ces questions à un spécialiste : Yves Le Dréan, chercheur à l'Université de Rennes 1, à l'Institut de recherche en santé, environnement et travail. Ce dernier étudie depuis 15 ans les effets des ondes électromagnétiques sur le vivant.

Deux types de fréquence

La 5G va s'appuyer sur deux types de fréquences : un premier type de fréquences proches de celles qu'utilise actuellement la 4G, mais la 5G émettra aussi dans une autre bande de fréquences, dites "ondes millimétriques" : y a-t-il un nouveau danger potentiel ? La réponse d'Yves Le Dréan, au micro de Yann Launay :

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"On a déjà quand même beaucoup d'informations sur les radiofréquences qui sont juste un petit peu avant, et sur les ondes millimétriques qui sont juste un petit peu après ces nouvelles fréquences, on ne part pas de rien... Et sur les fréquences proches, les études ne sont pas inquiétantes : vous n'allez pas transformer les cellules pour les rendre cancéreuses si vous les exposez. Au moins tant qu'on reste dans les limites imposées par la loi, si on ne monte pas en puissance..."

Des risques limités ?

Les risques semblent limités, mais Yves Le Dréan ne peut pas affirmer catégoriquement que ces ondes, même sous les normes en vigueur, sont absolument sans effet sur les cellules :

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"Il y a certaines publications qui semblent montrer des effets, mais c'est très très faible, et on n'arrive pas toujours à reproduire les choses d'un laboratoire à l'autre... Rien n'est avéré, mais on ne peut pas dire qu'il ne se passe rien... Est-ce que c'est inquiétant pour autant ? Non, parce que les niveaux sont tellement faibles, qu'ils sont très proches de ce que l'on a naturellement, et on a toutes les enzymes qu'il faut pour répondre à ces stress..."

La 5G s'appuiera sur des antennes à faible rayon d'action, mais plus nombreuses, et directionnelles. Le rayonnement éléctromagnétique général ne va-t-il pas nettement augmenter ? :

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"Les niveaux d'exposition ne vont pas forcément exploser. Il y aura certainement une petite augmentation quand même, mais on restera bien en-dessous des niveaux thermiques, donc il n'y a rien à craindre... Tant qu'on est à 5 %, à moins de 10% du maximum autorisé, je ne vois pas où peut être le risque, parce qu'à chaque fois que j'ai fait des expériences, personnellement, à ces niveaux, je n'ai jamais rien vu au niveau cellulaire et moléculaire..."

Il faut expérimenter...

Alors que le déploiement de la 5G a déjà démarré dans une partie du monde, les études spécifiques sur ces nouvelles fréquences restent très rares, et pour Yves Le Dréan, l'expérimentation est nécessaire :

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"Même si on suppose que cela va être très très proche de ce qu'on a avec les radiofréquences actuelles, il faut le vérifier. Cela va être lancé très prochainement, mais tant qu'on n'avait pas les fréquences exactes pour la 5 G, les modulations, tous les détails techniques qui nous permettent de mimer, il était difficile de faire ces études en amont..."

L'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation et de l'environnement, doit remettre sont rapport sur le sujet en mars 2021.

Un reportage de Yann Launay