L'enthousiasme de la convention citoyenne pour le climat retomberait-il ?

16 décembre 2020 à 12h59 - Modifié : 30 décembre 2020 à 8h58 par Emilie PLANTARD

HIT WEST
Crédit: @Convention Citoyenne pour le Climat / Facebook

En août 2019, en plein conflit des gilets jaunes, Emmanuel Macron lance la convention citoyenne pour le climat et met autour de la table 150 citoyens pour travailler à des mesures engageantes. De nombreuses réunions et une crise sanitaire plus tard, ce qui semblait révolutionnaire ne l'est plus et la déception grandit. C'est le cas pour le nantais William Aucant :

Lorsqu’on l’a appelé en août 2019, le jeune architecte nantais William Aucant a d’abord été surpris, mais a rapidement répondu favorablement à cette proposition inédite de participer à la première convention citoyenne pour le climat. S’en sont suivies de nombreuses réunions parisiennes, une par mois en moyenne, puis le confinement. Mais surtout des discussions enrichissantes, constructives et engageantes avant d’aboutir à 149 propositions exposées au président de la république en juin dernier. Une dernière étape, très encourageante.

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"La remise d’un rapport le 21 juin, avec une adoption à plus de 85%, et une réponse très rapide du président, un engagement à répondre à 146 des 149 propositions et puis un retour à la rentrée avec une date de projet de loi qui d’abord se reporte à Octobre, puis Novembre, décembre, puis ça s’allonge… On passe donc s’un moment de grande fierté de remise du rapport à une inquiétude grandissante sur les délais que ça prend. Quand on m’avait dit vous voulez participer à la convention citoyenne, je ne me voyais pas encore 1 an ½ plus tard, batailler avec l’exécutif pour faire passer des choses."

(Le rapport a été adopté à 95%, NDLR)

La fin d'une aventure inédite

Ces mois de travail ont nécessité une implication importante des 150 citoyens engagés dans la démarche. Un investissement de temps et d’énergie contre la promesse de faire avancer tout un pays sur les enjeux cruciaux des changements climatiques. Enthousiasmant, même si William ne cache pas sa déception aujourd’hui…

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"C’était passionnant, ça prend aux tripes, ça prend au mental, on essaie de faire de notre mieux pour réussir à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Maintenant j’ai vraiment l’impression de batailler envers la personne qui nous a rassemblés. Les citoyens peuvent penser que c’est suffisant mais ce qu’on a proposé c’est un minimum qu’on puisse faire. On peut faire bien plus. C’est assez raisonnable, dans la mesure et dans le mandat de départ c’était aussi de créer une justice sociale et cette justice ça nous a évité de mettre les gens dans une impasse dans chaque proposition de mesure."

Le gouvernement semble freiner les ardeurs....

Le 14 décembre dernier, Emmanuel Macron rencontrait les 150 citoyens de la convention. Le président a pu exposer les mesures concrètes découlant du travail de réflexion de ces derniers mois. Or, de nombreuses propositions ont été réduites ou décalées dans le temps. Un recul qui ne correspond pas aux promesses faites en juin…

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"Pour moi j’avais un président qui disait allons-y ! Après, il y a eu des retours en arrière, le fait de constamment vouloir amoindrir la mesure c’est-à-dire qu’en gros, par exemple nous on a voulu mettre un malus automobile sur les véhicules les plus lourds. Ça vise les SUV, beaucoup de véhicules, tout véhicule au-dessus de 1400 kg. Le gouvernement a mis en place le cadre de la mesure, le curseur s’est retrouvé par contre à 1800 kg. Quand vous prenez 1400 kg ça impacte 25% du marché automobile, si vous mettez 1800 kg, vous avez 2% du marché… Ce qui fait qu’on a une mesure totalement inefficace."

Une action de communication ?

Aujourd’hui, le président semble se réfugier derrière une proposition de référendum pour inscrire la cause climatique dans la constitution. Une décision qui ressemble à un coup de communication, mais pour William, toute la démarche était dans cette même veine.

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"C’était de la com dès le départ. Caractère inédit, processus inédit de démocratie, on n’a jamais fait une concertation à cette échelle-là, à haut enjeu parce que les effets climatiques, les inondations dans le Var, les tempêtes, maintenant le climat toque à toutes nos portes, et forcément en face, on voit qu’on a un gouvernement expert dans la maîtrise de la communication, dans les effets d’annonce. On s’en est encore rendus compte, l’annonce du référendum a complètement masqué le reste. Référendum c’est bien, mais je reste méfiant parce que ça ne doit pas occulter le reste. Et il reste beaucoup de choses à faire."

Les 150 citoyens engagés dans un combat

William n’est pas le seul citoyen à voir poindre un début de désillusion. Pour lui, l’urgence de la cause ne peut supporter les lenteurs imposées par le gouvernement. Sauf que dans ce jeu, à force d’échanges et de prises de consciences, les citoyens lambda sont devenus des militants engagés auprès de la lutte contre le réchauffement climatique.

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"Ce qui nous a mis dans le sujet de façon importante, c’était ce socle d’information commun qu’on a eu sur les tenants et aboutissants du climat, avec le fait que ça ne nous quitte plus. Nos pensées sont entièrement tournées vers ce problème, avec la recherche de solutions comme objectif de départ. 150 personnes n’ayant rien demandé, voulant participer à un exercice démocratique inédite et qui sont devenues 150 porte-paroles supplémentaires du climat, on n’arrive toujours pas à se faire entendre mais on campe sur nos positions sur ces mesures."

Aujourd’hui William attend de voir comment évoluent les décisions du gouvernement, avant de les voir discutées devant le parlement, probablement en février prochain. Mais quoi qu’il en soit, il ne renoncera pas, si son action n’aura pas d’impact au niveau national, il imagine pouvoir lutter contre le réchauffement climatique à une échelle plus locale.