Jérémie Beyou reviendra aux Sables d'Olonne

7 février 2021 à 12h13 - Modifié : 8 février 2021 à 4h23 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Jérémie Beyou
Crédit: © Vincent Curutchet/Alea

Le week-end a été marqué par deux arrivées aux Sables d'Olonne, dont celle de Jérémie Beyou grand favori de cette édition. Avarie de quille pour Manuel Cousin sur Groupe Setin et les dernières estimations pour les arrivées des skippers toujours en course.

Une arrivée attendue hier sur le 9ème Vendée Globe... L'arrivée de Jérémie Beyou en 13e position. Le Morbihannais, 3e il y a 4 ans était le grand favori de cette édition, mais une grosse avarie de safran l'a contraint à repartir 9 jours après les autres. Pas de quoi décourager le skipper de Charal après cette 4e tentative sur le Vendée Globe, lui qui se souvient avoir attendu 9 "Solitaires du Figaro" avant de remporter l'épreuve à trois reprises... Il y a donc des chances de revoir Jérémie au départ en 2024.

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"Neuf éditions avant de gagner la Solitaire... Il n'y a pas de règle, sans faire offense à qui que ce soit, il n'y a pas grande monde qui aurait parié sur ce podium-là. Ce que je sais d'expérience, c'est que j'ai du mal à lâcher le morceau avant d'y arriver. Si cela doit prendre 9 éditions, peut être que je serai là encore pendant longtemps mais ça m'a rendu plus amoureux de cette course... Il y a vraiment tout pour me donner envie de revenir la prochaine fois, au moins... (sourire)."

Jérémie Beyou qui n'a pas décidé s'il repartira avec le même bateau amélioré, ou s'il en construira un nouveau pour l'édition 2024 ! Un mot de sa performance : le skipper breton est arrivé samedi à 9 heures 15 minutes et 58 secondes, soit après 89 jours et près de 19 heures de mer. Le skipper de Charal a opéré une incroyable remontada au cœur de la flotte, en doublant 13 concurrents. 

Une envie de repartir partagée avec Armel Tripon

Une envie de repartir exprimée aussi par Armel Tripon, passé par nos studios il y a quelques jours. Le skipper nantais de l'Occitane en Provence est arrivé en 11e position. Si des avaries survenues peu après le départ l'ont empêché de jouer la gagne cette année, il a pris son pied sur l'eau et pense déjà à la prochaine édition du Vendée Globe en 2024.

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"C'est clair que cette course m'a énormément plu... ce rythme, cet engagement, la durée, tout m'a plu et cela me donne l'envie de repartir et de me dire qu'autant mon bateau n'était pas assez prêt, car il a eu peu de temps de navigation, autant moi j'étais prêt parce que j'avais bossé pendant deux ans. J'ai fait une énorme course poursuite, mais maintenant j'aimerais faire une vraie régate. J'ai le sentiment de bien appréhender le sujet et de savoir ce qu'il faut faire et ne pas faire... Pour l'instant, c'est encore trop tôt, mais le bateau va être vendu, c'était déjà prévu comme ça, et après à moi d'aller chercher des partenaires et de créer une nouvelle dynamique."

Romain Attanasio a suivi Jérémie dans la journée de samedi, arrivant peu après 17 heures. Le Breton d’adoption, conjoint de Sam Davies, boucle son 2e Vendée Globe d’affilée à une méritoire 14e place. C'est aussi à 17h que la direction de la course a communiqué sur l'avarie de quille de Manuel Cousin naviguait : la tige du vérin de quille de Groupe Sétin s’est sectionnée.

La course de Jérémie

Plus qu’un combat avec ses concurrents, comme il en a l’habitude, c’est un combat intérieur qu’a dû livrer Beyou pour son 4e Vendée Globe. Toutes les cases étaient cochées pour faire de sa campagne 2020 un projet gagnant : une équipe structurée, bateau de dernière génération conçu et construit avant les autres (mise à l’eau en août 2018) qui a bénéficié de deux années de mise au point et de deux saisons de courses, marquées par un podium sur la Transat Jacques Vabre et une victoire dans la Vendée Arctique Les Sables d’Olonne. À 44 ans, le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro, déjà sur la troisième 3e marche du podium lors de sa dernière participation au Vendée Globe, visait en toute logique une victoire. Mais des avaries techniques en ont décidé autrement.

Le 11 novembre (trois jours après le départ), au grand large du Cap Finisterre, et après plusieurs classements en tête, Jérémie annonce qu’il fait demi-tour. Il rentre au port des Sables d’Olonne pour réparer, entre autres, une bastaque tribord cassée et un safran endommagé. Le règlement lui en laisse le droit. Il a jusqu’au 18 novembre 14h20 pour repartir en course. « Ce qui est dur, c’est la décision de faire demi-tour. Tu sais que tu es forcé de renoncer à ce sur quoi tu t’es concentré pendant quatre ans de préparation. (…) déclarait un Jérémie défait à son arrivée au ponton de Port Olona. Maintenant, revoir tout le monde ici, ça remet une grosse dose d’émotion et ce n’est pas facile à gérer. Tu aimerais être partout sauf là ». Dès l’amarrage du bateau noir dans le port vendéen le 14, son équipe se met au travail, de jour comme de nuit. Entre autres dégâts, il faut aussi réparer une cloison de barre d’écoute endommagée. Mission accomplie, puisque le 17 novembre à 17h10, Charal franchit la ligne de départ pour la deuxième fois, alors que la flotte est dans son 9e jour de mer et que le leader HUGO BOSS est sur le point de franchir l’équateur !

Pour Jérémie, c’est une autre course qui commence. Une course faite de petites victoires quotidiennes, que le compétiteur doit désormais apprendre à apprécier. Il lui faut : 1 / se faire une raison 2/ trouver de nouveaux objectifs 3/ les assumer 4/ retrouver l’appétit, le sommeil et le sourire. « Je découvre une facette de mon sport que je ne connaissais pas » révèle t-il.

Pendant presque un mois, il va naviguer totalement seul, à la poursuite de la queue de flotte. Très mal servi par la météo en Atlantique Sud, il fait néanmoins la jonction début décembre et dépasse son premier concurrent (Stark) le 11, avant le franchissement du cap de Bonne Espérance. Aux portes du Grand Sud, le skipper de Charal n’est pas mécontent d’être à nouveau entouré par ses pairs. Le naufrage de Kevin Escoffier a jeté un froid et chacun prend désormais conscience de l’importance de naviguer groupé dans le long désert liquide des mers australes, où les concurrents alentours sont finalement les meilleurs anges gardiens.

Dans l’océan Indien, Jérémie confie : « j’essaie vraiment de ne pas trop charger le bateau et d’être un peu plus en glisse qu’en force. Mon seul objectif est de passer le cap Horn avec un bateau en bon état ». Alors il ne force pas. N’atteint jamais des vitesses supersoniques. Ce qui ne l’empêche pas de doubler un à un ses prédécesseurs, jusqu’à gagner 7 places.

À l’entrée du Pacifique, il rattrape le groupe suivant et passe le cap Horn en 17e position en compagnie d’Arnaud Boissières et Alan Roura qu’il finira par déborder au large de l’Argentine. Au passage, il avoue aussi découvrir un autre aspect de sa situation à l’arrière de la flotte : le plaisir de discuter plus légèrement et plus librement avec ses compagnons de voyage, chose presque impossible lorsqu’on se bagarre à couteaux tirés pour la victoire avec la tête de course.

Il revient progressivement à la hauteur de Romain Attanasio, lequel s’englue de très longues heures dans le pot au noir. Les deux hommes vont naviguer de conserve pendant toute la remontée de l’Atlantique Nord. Ils passent ensemble à l’intérieur de l’archipel des Açores alors qu’ils se font secouer dans une grosse dépression. Et terminent l’un derrière l’autre, jusqu’à l’arrivée, discutant et se réconfortant par messagerie interposée.

Reparti 32e, soit bon dernier (Nicolas Troussel avait déjà abandonné) plus de neuf jours derrière ses congénères, Jérémie a réussi un exploit qui ne figurait pas dans la liste de ses objectifs : terminer ce 9e Vendée Globe en milieu de flotte, après avoir proprement 13 bateaux ! Il a aussi relevé un autre challenge, mental celui-ci : il est allé au bout du voyage, même lorsque sa quête victoire - son carburant, sa motivation, sa raison d’être là -, est devenue impossible.

« Un jour, j’aimerais bien gagner cette course. Si ce n’est pas cette fois-ci, ce sera une autre fois » confessait-il avant le départ. Alors oui, ce sera pour une autre fois ! Rendez-vous dans quatre ans.

Les dernières estimations

Mercredi 10 février entre 14 heures et minuit
- Arnaud BOISSIERES (La Mie Câline - Artisans Artipôle)
- Kojiro SHIRAISHI (DMG MORI - Global One)

Jeudi 11 février entre minuit et 14 heures
- Alan ROURA (La Fabrique)
- Stéphane le DIRAISON (Time For Oceans)
- Pipe Hare (Medallia)

Vendredi 12 février
- Didac Costa (One Planet One Ocean)

Mardi 16 février
- Clément GIRAUD (Compagnie du Lit / Jiliti)

Mercredi 17 février
- Miranda MERRON (Campagne de France)
- Manu COUSIN (Groupe SETIN)

Samedi 20 février - Dimanche 21 février
- Sam DAVIES (Initiatives Coeur, hors course)
- Isabelle JOSCHKE (MACSF, hors course)

Mardi 23 février / Jeudi 25 février
- Alexia BARRIER (TSE - 4myplanet)
- Ari HUUSELA (STARK)