Bretagne

Grève : Les policiers de nuit sont à bout

16 décembre 2019 à 06h35 Par Emilie PLANTARD
Crédit photo : Hit West

Ils appellent ça la grève du zèle. Les « nuiteux » de la Police assurent un service minimum depuis 2 semaines. Démarré à Angers, le mouvement touche désormais de nombreuses villes en France, dont Nantes, Rennes, Brest, Vannes…

On les appelle « les nuiteux ». Ces policiers exercent leurs fonctions uniquement de nuit, depuis qu’en 1996 il a été décidé de mettre fin aux cycles alternés de travail des policiers. Des nuits sur fond d’alcool et de violences et pour lesquelles les policiers sont rémunérés seulement 8 euros par jour de plus que leurs collègues qui assurent les matins et les après-midis.
Philippe Boussion est secrétaire général du syndicat Unité SGP police FO pour les Pays-de-la-Loire, il dénonce cette trop faible valorisation :

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"Le travail du policier de nuit est particulièrement compliqué à cause de l’alcool, un degré de violences de plus en plus important, mais il y a aussi tout l’impact personnel, c’est-à-dire social. Vous êtes complètement isolé socialement, isolé familialement, sans parler de l’impact sur la santé. Tout ça est compensé aujourd’hui dans la Police Nationale, par rapport à quelqu’un qui travaille de jour avec tous ses week-end, par 97 centimes de l’heure. C’est ça la différence entre quelqu’un qui aurait tous ses week-ends et qui travaille de jour et quelqu’un qui aurait un week-end sur 6 et qui travaille la nuit, avec les conditions de travail qui sont celles d’un nuiteux, c’est 97 centimes qui les sépare."

Une grève du zèle

A Angers, c’est un problème de logiciel informatique qui a mis le feu aux poudres. Il y a 15 jours, cette prime de 250 euros par trimestre n’a pas pu être versée… La goutte d’eau pour ces policiers qui ont décidé d’entamer un mouvement de grève et de n’assurer que le service minimum. Ils sont aujourd’hui imités dans de nombreux commissariats en France.

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"On ne patrouille plus. On ne fait plus ce qu’on appelle le travail d’initiative, c’est-à-dire qu’on ne travaille plus à patrouiller, à chercher, à regarder, à planquer… A faire du flagrant délit. Il n’y a plus de patrouille depuis 15 jours sur la quasi-totalité du territoire, on n’intervient plus que pour porter assistance sur un appel urgent. Voilà."

Grève jusqu'à mercredi au moins

Ces conditions difficiles ont pour conséquences le manque de candidats à la fonction, en plus des sous-effectifs déjà pénalisants. Un nouvel arrêté concernant le statut du policier de nuit prendra effet au 1er janvier 2020, mais le ministère de l’intérieur prévoit de modifier les cycles de travail des policiers. Un non-sens supplémentaire pour les « nuiteux » en grève.

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"Se profile un cycle horaire pour eux, dont ils ne veulent pas entendre parler. Un cycle horaire qui leur ferait faire des vacations de 12H08. 12H de nuit, où il faut garder du discernement sur la voie publique est inenvisageable. Ils veulent un cycle qui leur permette d’avoir 1 week-end sur 2, ce qui leur est refusé pour le moment. La 2è revendication forte, c’est que 97 centimes de l’heure de majoration, ce n’est plus suffisant, les nuiteux ne veulent plus travailler pour ce tarif-là. Donc ils demandent une allocation spécifique, rattachée à leur fonction de travailleur de nuit, qui va être ouvert au 1er janvier 2020. Et enfin, et là ça rejoint le débat des retraites, ils veulent une bonification de retraite, pour compenser l’impact sur leur santé."

Si les revendications concernant les retraites semblent avoir été entendues, ce n’est pas le cas pour les autres. Des discussions devraient se tenir mercredi 18 décembre à Paris. Le mouvement devrait au moins durer jusqu’à cette date.