Bretagne

Gilets Jaunes : Un coup dur pour le commerce

12 novembre 2019 à 18h27 Par Emilie PLANTARD
Crédit photo : Hit West

Dès les premiers blocages en novembre 2018, les commerces des centres-villes avaient subi une baisse de fréquentation. Le durcissement du mouvement les a malmenés, en particulier à Nantes où étaient organisées les manifestations.

Les premiers blocages de ronds-points ont fait réfléchir les habitants des communes péri-urbaines quant à d’éventuels achats en agglomération, c’est certain. A l’inquiétude des commerçants les premières semaines, a suivi un manque avéré de fréquentation, puis un manque de trésorerie... Un enchaînement inévitable lorsqu’un tel mouvement vient à durer dans le temps et certains professionnels en ont beaucoup souffert. 

Hugues Frioux est vice-président de la CCI Nantes-Saint-Nazaire, en charge du commerce :

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"A partir du moment où vous bloquez les accès, les gens ont peur de rester bloquer et le samedi ils ont autre chose à faire, en semaine quand ils sont un peu pressés, ils se disent qu’ils iront une autre fois. Et en retardant toujours son passage, on retarde toujours ses achats. Le problème c’est que tous les mois, nous, il y a toujours les mêmes charges à payer. Donc c’est là où ça coince un peu. Les ronds-points sont restés bloqués, les gens sont restés chez eux, ils sont allés voir sur internet comment ils pouvaient se faire livrer et les habitudes changent. Le lien ne se fait plus et nous derrière on patine." 

Des fêtes de fin d'année gâchées

Le mouvement des gilets jaunes a été long, notamment dans certaines villes, particulièrement impactées. A Nantes, les manifestations ont succédé aux blocages de ronds-points à partir de décembre. Au-delà de la durée, c’est d’abord la période qui a nui aux commerçants. 

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"Le pire moment c’est le moment de Noël. Ce n’est pas le plus important en terme de manifestation mais c’est le moment le plus stratégique en terme commercial. Pour certains commerces c’est 30 à 40 % de leur chiffre d’affaire annuel… Faut pas se louper ! Quand vous avez tous les samedis de décembre qui sont pénalisés par des manifestations ou des blocages, ça pénalise beaucoup. Pour s’en remettre, il faut avoir un peu de trésorerie. Et quand vous avez des manifestations depuis plusieurs années, la trésorerie vous n’en avez plus beaucoup et là c’est compliqué."

Un mouvement contre-productif ? 

En empêchant ainsi l’économie locale de fonctionner, Hugues Frioux, lui-même commerçant, est convaincu que le mouvement a nui à l’intérêt commun. Non pas qu’il nie les difficultés dénoncées par le mouvement, mais étouffer le tissu économique locale a eu des conséquences néfastes pour tout le monde :

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"Tout le monde comprend ce mouvement des gilets jaunes, et chez les commerçants, il y a aussi ce raz-le-bol qu’on a pu ressentir chez les uns et chez les autres. Le problème, c’est que cibler le monde de l’entreprise, les commerces, pour faire entendre leurs revendications, je pense que ce n’était pas le bon truc parce qu’en s’attaquant aux entreprises, on s’attaque aux salariés. Il y a donc des CDD qui n’ont pas été renouvelés, des primes qui n’ont pas été versées. Chacun a le droit de manifester mais il faut aussi qu’on puisse travailler." 

La violence des manifestations

Au fil des semaines, les appels à manifester dans le centre-ville de Nantes se sont généralisés… Et radicalisés. Les rassemblements, non autorisés, se sont vus systématiquement arroser de gaz lacrymogène de la part des forces de l’ordre. Des journées confuses, qui ont souvent semé la pagaille dans l’hyper centre de la ville et qui ont souvent obligé les commerçants à fermer boutique, parfois en abritant leurs clients apeurés. Un climat délétère, d’autant que le mouvement a vite été rejoint par des casseurs. 

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"Il y a eu des agressions marquantes, sur des personnes, sur des déambulations de ces manifestants qui n’ont pas hésité à mettre des coups de poings à des commerçants, des paires de claques… Moi dans mes voisins, j’en ai qui ont subi ça. Et des collaborateurs, des salariés de magasins de marque qui viennent le samedi matin avec la boule au ventre parce qu’ils savent que ça peut débouler et tout casser dans leur magasin en 2 temps 3 mouvements."

Et ce n'est peut-être pas fini. Gilets Jaunes 44 annonce invite par exemple à se rassembler place du commerce à Nantes le samedi 9 novembre pour l'acte 52... Une date anniversaire qui fait déjà frémir les commerçants du centre-ville qui craignent de nouveaux débordements.