Fonderie : les salariés inquiets refusent la vente de l'usine

24 mars 2021 à 10h05 - Modifié : 24 mars 2021 à 10h15 par Dolorès CHARLES

HIT WEST
Crédit: Yann Launay (Hit West)

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies hier à Caudan pour soutenir les salariés menacés par l'annonce de la vente de la Fonderie, par le groupe automobile Renault. Le reportage de Yann Launay.

Un millier de personnes rassemblées devant la Fonderie de Bretagne, hier (mardi) midi, à Caudan, près de Lorient : les représentants des salariés avaient appelé à la mobilisation, pour refuser la vente de l'usine par le groupe Renault. Le constructeur automobile cherche un repreneur, mais cette perspective est très loin d'enchanter les 340 salariés. Pour Nicolas par exemple, un rachat serait l'antichambre d'une fermeture pure et simple :

Nicolas 

"On n'est pas du tout rassurés, un repreneur quelconque, c'est la fin de la fonderie assurée... Les groupes qui récupèrent des fonderies aujourd'hui, comme cela s'est passé à la Fonderie du Poitou et sur d'autres sites, ils les récupèrent pour les fermer, ils pressent le citron au maximum, ils peuvent récupérer des brevets au passage, mais ils ne réinvestissent pas dans le matériel et dans l'humain. Si on n'investit pas dans le matériel et dans l'entretien de nos machines, on ne peut pas durer..."

L'histoire se répète

Dominique est employé depuis 15 ans à la Fonderie de Bretagne : il a la mauvaise sensation que l'histoire se répète, lui qui a connu la reprise de l'usine, en 2009, par Renault. Depuis, la ligne de production a été refaite à neuf, après un incendie. Dominique comprend d'autant moins cette décision de Renault de se défaire de l'usine :

Dominique

Dominique : "On se demande pourquoi ils nous ont repris, alors... On tourne très bien, en plus, et ils nous lâchent maintenant... C'est un gros gâchis... Ils ne savent pas dire qui va nous reprendre... C'est un métier spécifique, qui va nous reprendre qui aura les reins assez solides ?..." "Et fabriquer autre chose que des pièces auto ?" Faire autre chose, d'autres le font, on ne peut pas prendre leur place non plus... Et puis on est spécialisés dans l'automobile, dans les pièces de sécurité, les pièces complexes... Faire des plaques d'égout, c'est pas trop pour nous..."

Les salariés soutenus par des politiques, et citoyens

Sur le parking de la fonderie, les salariés en grève ont été rejoints par des citoyens et délégations de plusieurs sites automobiles de France. Rejoints aussi par quelques élus comme Alexis Corbière. Le député La France insoumise estime que cette lutte dépasse le contexte local et s'inscrit dans un enjeu national :

Alexis Corbière

"Le gouvernement nous avait dit que les leçons qu'il tirait de la crise du covid, c'est qu'il fallait relocaliser l'économie, réindustrialiser le pays, avoir une capacité d'indépendance industrielle. C'est le cas de ces fonderies de Bretagne : cette usine, elle est utile, elle a été aidée par de l'argent public, on a une entreprise dans laquelle l'Etat doit pouvoir jouer un rôle. A l'Assemblée Nationale, on va mener cette bagarre pour défendre l'emploi et pour dire : maintenez l'industrie de ce pays, et assez de ce gaspillage d'argent public..."

Les représentants syndicaux dénoncent les conclusions d'une étude commandée par Renault, qui juge la Fonderie de Bretagne pas assez rentable, pas assez compétitive. Pour Maël Le Goff, délégué CGT, le tableau a été noirci volontairement, pour justifier artificiellement la stratégie de Renault :

Maël Le Goff

"Ils ont décidé d'externaliser la fabrication à l'étranger. La Fonderie de Bretagne est la première touchée. Il y a eu les sous-traitants tels que la Fonderie du Poitou, et la SAM, dans l'Aveyron. D'autres usines vont sûrement être impactées, et c'est un combat commun qu'il faut mener. Il faut démontrer, surtout au niveau de l'Assemblée , que Renault est un constructeur français, aidé par l'Etat français, avec un actionnaire : l'Etat français... La construction automobile doit rester en France... Maintenant, c'est une mobilisation, on est gentils, on est sur le parking, avec 24 heures de grève, mais je ne pense pas que l'on va continuer à être gentils comme ça à partir du moment où on ne nous reçoit pas, et où on ne nous entend pas..."

Les salariés attendent une prise de position du gouvernement, et envisagent des actions dans les jours ou les semaines qui viennent.

Un reportage de Yann Launay.