Actualités régionales

Energies renouvelables : où en est la Bretagne ?

06 décembre 2018 à 18h21 Par Katell LAGRE
Alors qu'en Pologne la COP 24 cherche des solutions pour enrayer le réchauffement climatique, la Conférence bretonne de la transition énergétique se tenait aujourd'hui à Rennes.

La conférence réunissait élus, acteurs professionnels de l'énergie, associations. Alors Où en est la Bretagne, dans le développement des énergies renouvelables, est-ce que les choses avancent réellement, au-delà des incantations ? Pour le Président du Conseil régional de Bretagne, la réponse est oui. Loïg Chesnais Girard :

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"La Bretagne, collectivement, à l'ambition de produire de l'énergie renouvelable : en 2010, quand nous avons commencé ces conférences, nous étions à 5% de production de notre propre consommation, aujourd'hui nous sommes à 12%, en biomasse, en énergie solaire, en énergie éolienne.. Nous avons l'ambition de développer cela pour plusieurs raisons : l'enjeu climatique, mais aussi les emplois : nous consommations pour 7 milliards d'euros d'énergie, en Bretagne... de l'argent qui part finalement ailleurs, puisque nous achetons notre énergie à l'extérieur de notre territoire... Toutes les énergies renouvelables que nous allons produire chez nous, c'est autant d'argent qui restera sur le territoire, et qui permettra de créer des emplois décentralisés.."

La Bretagne mise sur la production de biogaz, à partir des déchets agricoles et agro-alimentaires, mais la région veut jouer aussi la carte des énergies marines renouvelables : les éoliennes flottantes tout particulièrement. Mais Loïg Chesnais Girard craint que la Bretagne n'en retire pas de véritables fruits : pour le Président de région, les appels d'offre présentés la semaine dernière par l'Etat sont trop timides, puisque seul le parc d'éoliennes au large de St Nazaire sera mis en service pendant ce quinquennat :

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"Les appels d'offre annoncés sont en-dessous du niveau qui permet de lancer une filière industrielle en France, une filière avec des emplois en France : le risque, c'est d'avoir les éoliennes en mer, sans les emplois qui vont avec, que ces emplois se développent ailleurs en Europe, ailleurs dans le monde.."

Cette Conférence de la transition énergétique se tient dans le contexte de la COP 24, mais aussi dans le contexte de la crise des Gilets jaunes, alors que le gouvernement vient d'annuler la hausse de la taxe carbone sur les carburants.. N'est-ce pas là un mauvais signal, devant l'urgence climatique ? :

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"La transition énergétique est indispensable, mais elle ne peut pas se faire sans justice sociale : c'est impossible, c'est condamner une partie de la population à vivre un moment donné avec la tête sous l'eau.. Il faut réfléchir à des solutions qui permettent de créer de la richesse et de l'emploi partout sur les territoires, de créer des solidarités entre les hommes et les femmes, de créer des solidarités entre les territoires. S'il n'y a pas ces solidarités, le modèle français ne tiendra pas..."


Loïg Chesnais Girard appelle donc au dialogue, et annonce l'organisation d'une "Conférence sociale de Bretagne élargie", le 18 décembre, avec les partenaires sociaux, les élus et des représentants des Gilets jaunes. Reste que nombre de ces Gilets jaunes se sont étonnés de ne pas voir un plus grand nombre d'élus venir à leur rencontre, depuis 3 semaines que le mouvement à démarré :

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"A un moment donné, il faut que cet échange soit productif, qu'il soit construit.. J'ai rencontré des Gilets jaunes dans ma commune, là où j'ai été maire pendant 10 ans, ce sont des gens que je connais, j'arrive à discuter avec eux, mais vous voyez bien qu'à un moment donné, lorsque la colère monte, qu'il n'y a plus de capacité d'échange, un élu qui se retrouve face à des Gilets jaunes sur un rond-point, n'arrive pas à construire cette discussion qui est nécessaire.. Il faut poser les armes, se poser autour d'une table, discuter, et arrêter les invectives d'un côté ou de l'autre."

Alors que la transition énergétique apparaît comme une nécessité, certains chiffres semblent encourageants : ainsi la consommation d'énergie, dans l'Ouest, comme en France, n'augmente plus : elle est désormais stable, voire en légère baisse. Pour la directrice de RTE Ouest, c'est le résultat de plusieurs facteurs. Carole Pitou-Agudo :

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"Nous faisons un lien direct avec toutes les actions qui ont été engagées visant à améliorer par exemple l'isolation des bâtiments, la performance de l'éclairage électrique, la performance énergétique des appareils électro-ménagers... Il est essentiel que toutes ces actions se poursuivent, pour que la consommation reste stable alors que la démographie, elle, augmente.."


Reste que les énergies renouvelables se développent lentement, alors que la production d'électricité baisse, en France : désormais la production électrique n'est plus supérieure à la consommation des Français... et l'Ouest, la Bretagne en particulier, conservent donc une fragilité, puisque les marges de manoeuvre viennent de se réduire :

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"Cette année, les derniers groupes fioul français ont été arrêtés, comme prévu... durant les 3/4 dernières années, plusieurs moyens de production historiques ont été arrêtés, donc nous sommes désormais dans un système équilibré, et ce sera le cas pendant encore 2 ou 3 ans. L'hiver à venir est sous surveillance : en cas de grosse vague de froid, nous pourrions plus rapidement sensibiliser les citoyens pour modérer leur consommation."

Le système Ecowatt pourrait donc reprendre du service, cet hiver.

Reportage de Yann Launay.

Communiqué de presse de la préfecture d'Ille-et-Vilaine :

"Conférence bretonne de la transition énergétique
Réduire les émissions de gaz à effet de serre pour protéger le climat

La Préfète de la région Bretagne, Michèle Kirry, et le Président du Conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, ont réuni ce jour la Conférence bretonne de la transition énergétique (CBTE) pour un point d’avancement sur les travaux prospectifs énergie-climat engagés avec les acteurs de la transition énergique en Bretagne. Une semaine après la présentation des orientations de la Stratégie française pour l’énergie et le climat, cette journée de concertation a été l’occasion de partager le diagnostic sur l’énergie et les trajectoires permettant à la Bretagne de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 20 ans, dans une approche globale encourageant les solidarités.
Un bilan énergie-climat 2017 encourageant, des progrès à poursuivre
Le bilan énergie-climat présenté ce jour montre une nette progression sur les trois objectifs poursuivis : la stabilisation de la consommation, le développement des énergies renouvelables et la sécurisation du réseau électrique.
La baisse de la consommation énergétique globale entre 2000 et 2016 se confirme en Bretagne ; elle est portée par la baisse continue de l’utilisation des produits pétroliers dans le bâtiment et les transports.
Tandis que la consommation électrique augmentait depuis 2000, on constate une stabilisation ces 5 dernières années, alors même que la Bretagne continue de gagner des habitants. Les efforts engagés pour accompagner particuliers et professionnels dans la rénovation de l’habitat trouvent sans doute ici leur traduction, même si 15 % du chauffage se fait encore au fioul ou au GPL domestique.
La production d’énergie bretonne couvre 12 % de la consommation régionale en 2017. Issue à 80 % de ressources renouvelables, cette production est aujourd’hui utilisée majoritairement sous forme de chaleur.
En 2017, la Bretagne a importé 85 % de son électricité depuis les régions voisines. Cette situation de forte dépendance, conjuguée au caractère péninsulaire de la région, continue de justifier une vigilance particulière pendant l’hiver, lors des pics de consommation qui sollicitent fortement le réseau. Un pic record de consommation a ainsi été atteint le 1er mars 2018 avec 5 163 MWh.
Quant aux émissions de gaz à effet de serre (GES), elles affichent une baisse de 6% entre 2010 et 2016. Spécificité bretonne, 43% de ces émissions sont non-énergétiques1 , essentiellement liées aux émissions du secteur agricole. Les transports sont responsables de 27% des émissions de GES en Bretagne, la mobilité quotidienne étant à l’origine de plus de la moitié de ces émissions.
Se projeter en 2040 pour agir dès aujourd’hui
Les territoires ont un rôle essentiel à jouer pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C. Ceci nécessite la définition d’objectifs partagés en termes de maîtrise de l’énergie, d’efficacité énergétique, de réduction des GES, de qualité de l’air et d’évolution du mix énergétique en Bretagne.
Les membres de la CBTE ont donc décidé le 29 novembre 2017 de s’emparer de ce sujet et de dessiner la trajectoire énergétique et climatique de la Bretagne, avec, en perspective, une baisse drastique des émissions de gaz à effets de serre à l’horizon 2040. Trois scénarios énergétiques, traduisant différents niveaux d’ambition et d’engagement, ont ainsi été travaillés :
1- à partir du diagnostic énergie-climat de la Bretagne a été défini un scénario de référence dit « tendanciel ». Celui-ci prolonge les effets observés actuellement, sans engagement fort de la part des acteurs bretons, ni prise en compte d’ambitions non encore formellement actées.
Pour inscrire durablement la Bretagne dans les ambitions de la transition énergétique et climatique, deux autres scénarios ont été élaborés :
2- un scénario « sans rupture », fondé sur des actions volontaristes menées en fonction du potentiel et des leviers nationaux et bretons mobilisables, sans rupture majeure, d’ici 2040
3- un scénario de « transition », permettant l’atteinte en Bretagne en 2050 du « facteur 4 »2. Ce scénario passe par la mise en place d’actions par grands secteurs d’activité – transports, bâtiments, agriculture, industrie, énergie, déchets – pour atteindre les objectifs nationaux de la Stratégie nationale bas carbone. L’objectif affiché est de diminuer d’environ 65 % les émissions de GES en Bretagne entre 1990 et 2050.
Des experts régionaux et nationaux ont ainsi été sollicités pour éclairer les enjeux énergétiques et climatiques bretons, pour rappeler les raisons de la mobilisation en faveur de la transition énergétique et pour susciter le passage à l’action.
Mobiliser l’ensemble des acteurs pour atteindre collectivement des objectifs énergie-climat
Au cours de cette journée, des ateliers participatifs ont permis aux 140 acteurs de la CBTE présents de s’approprier ces différentes trajectoires énergie-climat pour la Bretagne en 2040. En testant les hypothèses de scénarisation, ils ont pu mesurer les traductions concrètes des différents niveaux d’ambition, par exemple, sur le nombre et le niveau des rénovations ou sur l’amélioration du nombre de personnes par véhicule…
Ce travail prospectif contribue à écrire les objectifs énergie-climat de la Breizh COP, portée par le Conseil régional de Bretagne dans le prolongement des accords de Paris de 2015. Il s’inscrit également dans la révision à venir de la Stratégie nationale bas carbone, qui déclinera le cap fixé par le Plan Climat : l’atteinte de la neutralité carbone dès 2050 pour l’ensemble du territoire français".