En Loire-Atlantique aussi, Amazon inquiète

14 octobre 2020 à 3h00 par Emilie PLANTARD

Dans sa conquête de l'ouest, Amazon semble avancer par étapes. Une première s'est concrétisée récemment avec l'ouverture d'une première agence de livraison à Carquefou. Mais le géant américain vise plus loin avec un projet d'entrepôt à Montbert, qui fait grincer des dents⬦

HIT WEST
Crédit: AMAZON / Service presse

On vous avait parlé d’Amazon il y a quelques temps, alors que la multinationale de commerce électronique travaillait à s’implanter dans le Finistère, à Briec. Un projet de plate-forme de 10.000 m2, validé par la communauté d’agglomération et dont les travaux pourraient bientôt démarrer. Mais le géant américain ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Outre l’ouverture d’une agence de livraison de 10.000 m2 à Carquefou le 7 octobre dernier, il projette de poursuivre son implantation avec un projet d’entrepôt démesuré, plus de 100.000 m2, à Montbert, à 25km au sud de Nantes. Si les élus locaux sont plutôt favorables à cette arrivée, ce n’est pas le cas des représentants de la CGT. Derrière la promesse d’1 à 2 milliers d’emplois, la réalité peut être plus sombre selon Ronan Lherbier, secrétaire CGT Sud-Loire :


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"D’après nos informations on est sur des usines qui sont plutôt à 800 salariés, et sur la question est-ce que c’est 800 emplois créés, c’est peut-être à revoir parce qu’on sait que pour un emploi de commerce en ligne, ce sont 2 ou 3 emplois qui sont détruits dans le commerce de proximité. On a tous en tête la vente de livres que tout le monde peut acheter sur internet, ce ne sont pas des livres qui sont achetés en plus, ce sont des livres qu’on n’achète pas dans les librairies et c’est le commerce des librairies qui en souffre. Donc ce ne sont certainement pas 1000 à 2000 emplois créés, et en plus, est-ce que c’est de la création ou de la destruction, ça se discute."


Les conditions de travail pointées du doigt


Un autre point négatif relevé par le syndicat est évidemment les conditions de travail, réputées difficiles chez Amazon. Création d’emploi, oui mais pas dans n’importe quelles conditions.


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"Amazon est loin d’être un modèle de vertu sociale, c’est le moins qu’on puisse dire. Y compris dans la période de confinement qu’on a vécue, nos élus CGT ont été obligés de batailler pour faire fermer des entrepôts, pour que les employeurs, Amazon, respectent le minimum de précautions et garantir la sécurité des salariés. On sait aussi que ce sont des managements qui déshumanisent les ouvriers. Un système automatisé où on casque, on écoute les consignes, on est vraiment sur le paroxysme de la déshumanisation du salarié."


La lutte s'organise


A ce niveau, le dossier n’est encore qu’au stade de projet et de discussion avec les élus locaux, plutôt favorables au projet. Le terrain, celui d’un ancien hôpital en friche, n’est pas encore vendu et le permis de construire est en cours d’étude. Une enquête publique devra par ailleurs être mise en œuvre, pas avant 2021. Toutefois, la lutte s’organise et la CGT veut en faire partie.


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"La riposte s’organise, on va nous-même rencontrer des associations qui s’y opposent, voir comment on peut mener des actions communes, peut-être s’adresser aux élus aussi, aux habitants, montrer par des chiffres que la bonne nouvelle annoncée elle n’est probablement pas si bonne que ça. Dire aussi que, oui, ce sont des emplois, mais qu’il y a aussi tout un autre pan de l’économie sur notre territoire, comme l’aéronautique, où il y a des emplois à préserver, où il y a des choses à faire et si on préserver l’emplois c’est peut-être aussi sur ces questions-là qu’il faut aller."


Le département défavorable


De son côté, Philippe Grosvalet, président du département de Loire-Atlantique, a également pris position… Contre le projet. Sa priorité est pourtant l’économie et l’emploi, mais il veut lui aussi prendre du recul pour ne pas voir que l’écran de fumée de la création brute de postes sur place.


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"Il y a un débat local et c’est tentant pour les élus locaux, je les comprends quand on annonce plus 1000, plus 2000 emplois. Plus on est prêts de cette zone et plus on pourrait y être favorable, nonobstant les nuisances provoquées par les poids-lourds et les transports de marchandise mais je comprends que les élus locaux, pour satisfaire les besoins de la population mais quand on sait que, en général, ces grandes plates-formes qui semblent créer 1000 emplois en détruisent 5 fois plus, notamment dans le commerce de centre-ville ou l’artisanat et donc les circuits de proximité, j’ai le devoir de le dire."


Une décision ferme, alors même que les collectivités locales, département en tête, vont avoir besoin de trésorerie pour compenser les dépenses liées à la crise sanitaire. En Loire-Atlantique par exemple, on compte déjà 2700 allocataires supplémentaires pour le RSA.