En Bretagne, on se prépare au Brexit !

7 octobre 2019 à 12h07 par Dolorès CHARLES / Alexandra BRUNOIS

Le 31 octobre, c'est dans trois semaines et à cette date l'Europe devra faire sans la Grande-Bretagne, et vice-versa. Reportage de Yann Launay

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Crédit: Pixabay

Le 31 octobre, il y a maintenant de grandes chances pour que ce soit le jour du brexit. Un brexit « dur », sans accord avec l’Union européenne, qui signifiera la fin de la libre circulation des biens et des personnes entre le Royaume-Uni et la France.

En Bretagne, autour de 500 entreprises commercent avec le Royaume-Uni : principalement dans le secteur de l'agroalimentaire, des pièces détachées automobiles ou encore des systèmes électriques. L'enjeu économique est de taille, alors la Bretagne est-elle prête, en cas de brexit dur? La réponse de Vincent Lagoguey, sous-préfet de Saint-Malo, chargé de la coordination brexit :

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"La Bretagne est préparée : depuis plus d'un an les services de l'Etat et les collectivités travaillent activement pour préparer les infrastructures techniques, mais aussi de recruter et former les personnels nécessaires... Il faut maintenant que toutes les entreprises se préparent au même niveau..."

En Bretagne, les services de l’Etat se préparent à un rétablissement des droits de douane et des contrôles, dans les ports et aéroports, tout spécialement à Roscoff et Saint Malo.

DES DOUANIERS EN RENFORT

17 douaniers sont arrivés en renfort, ainsi que 6 vétérinaires et 2 techniciens de la DRAF - la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt. Au-delà des renforts en personnel, c'est tout un fonctionnement inédit qui a été imaginé. On pouvait pourtant se dire qu’il suffisait de revenir au fonctionnement d’avant 1993, avant le Marché unique européen… mais c’était impossible, comme l’explique Pascale Buronfosse-Bjaï, directrice régionale des douanes de Bretagne :

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"Le trafic a considérablement augmenté : en 1993, 1 million de camions franchissaient la frontière avec le Royaume-Uni, désormais on est à 5 millions... Il fallait modifier la technologie : en 1993, les camions faisaient leur déclaration à l'arrivée sur le sol français, désormais le traitement de la déclaration se fait pendant la traversée..."

UNE FRONTIERE INTELLIGENTE

Une organisation baptisée "frontière intelligente" a été mise au point pour fluidifier le trafic des marchandises entre le Royaume-Uni et la Bretagne, et pour ne pas se retrouver avec des files de camions immobilisés dans les ports. Comment fonctionne ce système ? La réponse de Pascale Buronfosse Bjaï :

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"Cela fonctionne avec une pré-déclaration : la déclaration en douane se fait avant que le camion ne monte sur le ferry. Lors de l'embarquement, il y a un appairage entre un code barre qui est sur la déclaration en douane, et la plaque d'immatriculation du camion. A partir de ce moment-là, la déclaration est traitée par les services douaniers, pour déterminer si la marchandise doit faire l'objet d'un contrôle, et le chauffeur est informé 20 à 30 minutes avant le débarquement de la situation de sa marchandise."

QUELLES CONSEQUENCES ECONOMIQUES ?

En cas de brexit dur, y voit-on plus clair sur les conséquences économiques pour les exportations bretonnes vers le Royaume-Uni, deux fois plus importantes que les importations ? La réponse de Vincent Chamaret, directeur général de Bretagne Commerce International :

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"L'impact majeur a été l'écart de tarif : la dévaluation de la livre sterling depuis deux ans est de 15% par rapport à l'euro, ce qui veut dire que lorsque vous vendez au Royaume-Uni, votre prox est 15% supérieur à ce qu'il était auparavant. Il a fallu partager la marge, en général à part égale entre le vendeur et l'acheteur anglais. Il n'est pas de l'intérêt des Anglais de fermer leur frontière... de leur côté, il faut surtout ouvrir la porte pour permettre qu'il n'y ait pas de pénurie.. Je ne vois pas de scénario catastrophe."

Un nouveau test « grandeur nature » du fonctionnement post brexit dur sera organisé le 17 octobre à Saint-Malo. Pour aider les entreprises qui exportent au Royaume-Uni, ou importent, des réunions sont programmées : la première se tiendra à Roscoff ce jeudi. Les entreprises bretonnes qui cherchent des réponses à leurs interrogations peuvent aussi composer le numéro vert spécialement mis en place : le 0 800 800 106.