Bretagne

Emmaüs accueille les démunis depuis 70 ans

15 novembre 2019 à 07h00 Par Emilie PLANTARD
Crédit photo : Hit West

Le mouvement Emmaüs France célèbre ses 70 ans le temps d’un week-end, les 16 et 17 novembre. Les communautés vont proposer de nombreuses animations ; Un bon prétexte pour aller à la rencontre de cette association pas comme les autres.

En France, il existe 119 communautés Emmaüs en France, 11 en Bretagne et Pays-de-la-Loire. Celle de Nantes, à Bouguenais plus précisément, est une des plus anciennes. Une quarantaine de compagnons y est hébergée en permanence, accompagnés par près de 90 bénévoles et 3 responsables. Laurent Roy est l’un d’entre eux. Il rappelle l’essence d’une communauté Emmaüs, la même qu’il y a 70 ans :

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"C’est un lieu d’accueil, de vie et de travail. Toutes les personnes qui viennent ici peuvent demander à être hébergée. Si on a de la place, on le fait. Si on n’en a pas, on a une chambre d’accueil d’urgence et les gens peuvent s’y reposer, se doucher, se reposer et repartir sans problème. Et puis ensuite s’il y a de la place, les gens peuvent rester et participer à tout ce système, participer à l’activité de collecte d’objets, de tri et de revente ou de réemploi puisqu’on travaille aussi dans les filières de développement durable."

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Des valeurs inchangées depuis 70 ans

En 1949, l’Abbé Pierre imaginait venir en aide aux plus démunis en leur proposant un toit sur la tête et un accompagnement, en échange d’un engagement à s’investir auprès des autres. Aujourd’hui, si les compagnons s’engagent à offrir du temps de travail à la communauté, le concept est identique.

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"C’est toujours le même qu’il y a 70 ans, il s’est adapté aux époques et à la vie du monde moderne. Les valeurs sont les mêmes, c’est l’accueil des plus démunis, c’est faire fonctionner un modèle basé sur la solidarité, la fraternité. Ça va à rebours de tout ce qui est proposé par la société aujourd’hui, c’est-à-dire que tout est basé sur l’argent et l’individualisme. Nous au contraire, on dit qu’on peut y arriver si on joue collectif et si on accueille toutes les personnes. Toutes les personnes accueillies ici peuvent trouver un sens et se reconstruire."

Des compagnons qui changent

Ce qui a changé, c’est plutôt la typologie des personnes dans la rue. Autrefois, Emmaüs voyait surtout passer des hommes, chahutés par la vie, souvent abimés par l’alcool, parfois par la drogue. Aujourd’hui on y croise des hommes de tous horizons, des femmes et même des enfants… Loin des profils accueillis par l’Abbé Pierre dès 1949…

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"La catégorie de population, c’était des bagnards, des gens sortis de prison, des gens sortis de la guerre… Il y avait des tas de gens qui cherchait des solutions d’hébergement. Aujourd’hui on ait face à une immigration de masse et on accueille beaucoup de personnes qui sont dans la rue et qui n’ont pas de papiers. Le problème que ça nous pose c’est l’éthique. Nous on est là pour accueillir inconditionnellement les personnes c’est-à-dire qu’on ne tient pas compte de l’ethnie, de la religion, de la couleur de peau… Et du coup cette arrivée massive nous oblige à dire non à beaucoup de gens. Ici on refuse entre 6 à 10 personnes chaque jour…"

Une raison d'être toujours plus vraie

Un crève-cœur pour l’équipe mais la communauté de Nantes n’a pas assez de place pour pallier les manquements actuels… En 2019, 70 ans après que l’Abbé Pierre a recueilli son premier compagnon, la situation semble empirer d’année en année. Toujours plus de personnes sont exclues d’une société française qui ne parvient pas remplir sa mission de fraternité… La fondation Emmaüs a plus que jamais sa place face à cette accélération de la misère.

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"Autrefois on parlait des sans-logis mais il n’y avait pas la migration. Le monde n’était pas encore aussi dévorant ou dévastateur qu’il l’est aujourd’hui. Avec à la fois les problèmes climatiques mais aussi les problèmes de société où il y a de plus en plus d’exclus. On est dans une machine, l’Abbé Pierre l’avait compris très tôt, où on fabrique de l’exclusion. Pour 1 gagnant on fabrique 10 perdants. C’est encore plus vrai aujourd’hui que ça ne l’était à l’époque donc on est toujours dans quelque chose de très actuel, avec tout ce que nous a légué l’Abbé Pierre." 

Des animations sont prévues pendant 48H au sein des différentes communautés. A Brest, Quimper, Pontivy, Saint-Brieuc, Vannes, Rennes, Angers, Nantes, Saint-Nazaire, La Roche-Sur-Yon, Cholet… Les renseignements sont disponibles sur les sites internet de chaque communauté ou sur le site dédié aux 70 ans d’Emmaüs.