Covid-19 : immersion en réanimation à Brest !

17 novembre 2020 à 5h57 par Alexandra BRUNOIS

Les chiffres du Coronavirus sont meilleurs en France et en Bretagne... ce qui voudrait dire que l'on voit poindre les premiers effets du reconfinement. Mais malgré tout, les hospitalisations sont en hausse notamment dans les services de réanimation qui viennent comme à Brest de dépasser les chiffres du 1er confinement. Reportage de Yann Launay dans le service de réanimation au CHRU de Brest.

HIT WEST
Crédit: Yann Launay

« Nous reprenons le contrôle de l’épidémie » !!!

Ce sont les propos du Ministre de la Santé hier… mais il est encore « trop tôt pour crier victoire » selon Olivier Véran. Et les chiffres le confirment ! Hier, la France a enregistré plus de 9 400 nouvelles contaminations… le chiffre le plus faible depuis un mois ! Le pays a recensé toutefois 506 décès supplémentaires en 24h dans les hôpitaux… ce qui fait qu’on vient de dépasser la barre des 45 mille décès depuis le début de l’épidémie… Mais, le taux de positivité des tests et le taux d’incidence baissent.

Le taux d’incidence du Covid-19 continue aussi à baisser nettement en Bretagne. Il atteint désormais 132,6 cas pour 100 mille habitants. Le taux de positivité des tests est aujourd’hui de 10% dans la région. Mais logiquement, les hospitalisations sont hausse notamment en réanimation. En 72h, la Bretagne a enregistré près de 1 800 nouvelles contaminations et 20 décès supplémentaires.

34 clusters sont en cours d’investigation dans la région… dont 5 cas positifs à la résidence pour personnes âgées de Prévallon à Saint-Brieuc et 13 cas de Covid-19 à l’Ehpad de Plouescat dans le Finistère. Hier, 8 personnes ont été testées positives au Centre d’instruction naval de Brest dont un élève de l’école des Mousses hospitalisé. A Plouzané, 8 classes sur 10 de l’école de Coat-Edern sont fermées dès aujourd’hui… suite au test positif d’un enseignant.

Un oxygénateur breveté à Brest

Si plusieurs indicateurs montrent un ralentissement de la propagation du virus en France, la pression sur le système de santé reste forte, et les transferts de patients se poursuivent : des évacuations sanitaires depuis les régions les plus touchées vers les hôpitaux moins saturés. Plusieurs hôpitaux bretons accueillent des patients venus notamment du sud-est. C'est le cas du CHU de Brest.

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Chambre d'un patient covid au CHRU de Brest @Simon Cohen

Le nombre de patients covid (67) vient pourtant de dépasser le nombre maximum atteint au printemps dernier (65), à Brest, avec une vingtaine de patients en réanimation. Mais les équipes affichent une plus grande sérénité que lors de la première vague. Cette fois le matériel est disponible et mieux adapté. Avec des machines comme cet oxygénateur que nous présente Erwan L'Her, chef du service de réanimation. Une machine brevetée par le CHU et l'Université de Bretagne Occidentale, qui permet une meilleure articulation entre le service des maladies infectieuses et le service de réanimation, à l'étage en-dessous, où sont conduits les cas les plus graves :

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"Les patients arrivent en maladies infectieuses, dès qu'ils ont besoin d'un peu d'oxygène, ils sont mis sous la machine, qui mesure le taux d'oxygène dans le sang, et toutes les secondes, elle va administrer la quantité réelle dont le patient a besoin... On a mis une alerte : dès que le patient reste à 6 litres (de besoin en oxygène) de façon continue, on descend les patients en réanimation..."

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Erwan l'Her et le masque de plongée développé à Brest

La protection des équipes en contact avec les patients covid a été une priorité, dès le départ, à Brest, et des dispositifs de protection encore inédits ont été développés, qui font aujourd'hui partie du quotidien des soignants. Comme le masque intégral, conçu à partir d'un masque de plongée grand public, équipé d'un embout filtrant à la place du tuba :

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"On a essayé de passer toutes les étapes de la certification : on a vérifé que c'était étanche, on a évalué la perméabilité aux particules à l'école polytechnique à Lausanne, on a évalué sur Brest la perception des odeurs, la résistance des filtres.. Une fois qu'on a validé le concept, c'est Bic qui a industrialisé le processus, ils nous ont fabriqué le moule, et on a des pièces en plastique biocompatible, qui ont une durée de vie d'au moins 60 cycles de lavage au lave-matériel..."

Des soigants plus confiants mais overbookés

Les équipes sont mieux outillées, mieux préparées que lors de la première vague, mais la charge de travail n'est pas plus légère, comme l'explique Marie-France Carsin, cadre supérieure de santé au service réanimation du CHU de Brest :

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"Lors de la première vague, le Finistère avait été très peu impacté, on avait été aussi rythmé par les évacuations sanitaires, mais la grande différence c'est qu 'à l'époque les patients "covid négatifs", les patients habituels des services de réanimation, avaient quasiment disparu, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui... C'est très lourd... C'est gérable parce qu'on a réussi à ouvrir des réanimations éphémères, parce que la direction a été vraiment à l'écoute vis à vis de nous, et avait pris les devants pour recruter des personnels et les former à la réanimation..."

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Les soignants sont plus confiants face à cette deuxième vague, même s'ils ressentent les effets du marathon que représente la lutte contre le coronavirus :

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"Là l'équipe est plutôt fatiguée, parce que nous n'avons pas vu de baisse d'activité cet été : les patients qui n'étaient pas présents au printemps sont revenus cet été, donc on avait des taux d'occupation qui étaient vraiment importants... Néanmoins, je pense qu'on est beaucoup plus serein, parce qu'on connaît mieux la pathologie, on sait s'en préserver, on sait comment préserver nos équipes, on a les moyens tant en personnel qu'en matériel..."

Des soignants en 1ère ligne !

Les soignants du serice de réanimation sont en première ligne, et doivent apprivoiser la peur de la contamination, la peur de ramener le virus chez eux. Pour ces soignants, cette crise très longue est un défi psychologique : difficile d'échapper au virus et à ses conséquences en quittant l'hôpital :

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"C'est fastidieux, forcément : tout tourne autour du covid, les projets autres on ne peut pas les faire évoluer, on est concentrer sur la gestion de la crise, et pas sur autre chose... Je crois qu'on a tous l'espoir d'avoir le covid derrière nous, mais difficile de dire ce que l'avenir nous réserve... En tous cas on est prêts : cela a toujours été le cas, dans les services de réanimation, d'avoir des équipes très soudées. Le virus nous a soudés encore plus, on a des moments où on peut échanger, ça nous aide à tenir..."

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Florence Favrel Feuillade, directrice générale du CHU de Brest

La directrice générale du CHU de Brest salue le courage de ses équipes, et Florence Favrel Feuillade estime que cette crise, malgré les difficultés, fait grandir l'hôpital :

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"Cela nous a renforcés dans notre capacité d'adaptation, ça nous a incités à utiliser des processus numériques, à être plus performants pour le rendu rapide des résultats, les télé-consultations, les télé-expertises.. Des choses qui avec la crise se sont mises en place rapidement, et ça c'est un acquis, je l'espère, pour l'après-covid."

1 200 Bretons volontaires pour tester un vaccin

En attendant, la crise n'est pas terminée, et les CHU de Brest et Rennes vont participer à deux essais cliniques de vaccins contre le coronavirus. Des essais qui devraient démarrer à Brest dans une dizaine de jours. Au moins, 1 200 candidats se sont portés volontaires pour ces tests en Bretagne. Ils sont 35 mille personnes au total en France et seront indemnisés de 1 000 à 2 000 euros. Les inscriptions sont toujours possibles sur la plateforme nationale Covireivac.

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Bonne nouvelle également du côté du vaccin… La société de biotechnologie américaine Moderna affirme que son vaccin est effficace à 94,5%. C’est un peu plus que le futur vaccin de Pfizer et BioNtech présenté la semaine dernière comme efficace à 90%. Le vaccin russe Spoutnik V lui serait efficace à 92%.