Cours un jour sur deux au lycée, pour les élèves !

12 novembre 2020 à 5h12 par Dolorès CHARLES

Dans une grande partie des lycées, c'est ce jeudi (12 novembre) que le protocole renforcé entre en vigueur. Premières réactions des élèves, et retour sur la mobilisation des professeurs de mardi dans l'Ouest, avec Yann Launay.

HIT WEST
Crédit: Yann Launay

Après deux semaines de re-confinement, pour lutter contre la seconde vague de Covid-19, Jean Castex doit prendre la parole ce soir à 18 heures. Le Premier ministre annoncera-t-il des mesures supplémentaires dans les écoles ou envers les petits commerçants ? Un nouveau conseil de défense organisé ce matin devrait faire le point sur l’épidémie et trancher sur d’éventuelles mesures de durcissement. La France a enregistré hier 329 décès, liés au coronavirus, et le nombre de personnes hospitalisées se rapproche du pic d’avril (près de 32 000 hospitalisations contre 32.131  en avril).

Le protocole sanitaire renforcé se met en place au lycée

C’est le cas à Saint-Nazaire aujourd’hui dans les établissements Aristide-Briand et Brossaud-Blancho. Les classes ayant plus de 24 élèves auront cours un jour sur deux. Comment les lycéens vivent-ils ces changements ? Quel regard portent-ils sur cette organisation hybride ? Quelques réponses au micro de Yann Launay, à Lorient dans le Morbihan :

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"Pendant le confinement, j'ai bien travaillé, j'ai réussi à suivre, donc une semaine sur deux, je pense que ça va le faire (..) Ce n'est pas trop problématique, après j'ai peur de me laisser trop aller à la maison, et que l'on doive tout reprendre en revenant au lycée... Je ne pense pas que l'on va finir les programmes (...) Je trouve que c'est un peu n'importe quoi : on a beau être séparés en deux groupes, il y a toujours autant de brassage... A la maison, j'ai des personnes à risque, donc il faudrait que tout le monde soit confiné, là il y aurait vraiment une baisse de cas de covid (...) Moi je sais que si ça avait continué en confinement, j'aurais lâché les cours, donc d'un côté c'est arrangeant d'avoir une semaine en présentiel..."

Le Baccalauréat est lui aussi chamboulé : les évaluations communes (les fameuses E3C, qui avaient fait polémique l'an passé) sont supprimées, en première comme en terminale, et remplacées par le contrôle continu "simple". Les lycéens concernés réagissent :

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"On panique un petit peu pour le bac : tout est en train de changer à 4 mois de l'épreuve on remet tout en question... On espère que les corrections vont être un peu plus indulgentes(...) Certains seront plus avancés sur tel chapitre, telle notion, les profs vont essayer de rattraper, mais ça va faire perdre du temps, on ne finira sûrement pas le programme... Je ne sais pas si ils vont alléger le bac (...) Du coup, on n'a pas les E3C de langue, d'histoire, on a juste les épreuves de spécialité... On a moins de pression..."

Retour sur la mobilisation de mardi

Les enseignants étaient appelés à une grève sanitaire mardi. Des rassemblements ont eu lieu, partout dans l'Ouest. A Lorient, une centaine d'enseignants se sont rassemblés devant la sous-préfecture, pour demander des moyens supplémentaires afin d'appliquer le protocole sanitaire. De nombreux profs de collège souhaitent un dédoublement des classes, comme dans les lycées... sans pour autant appliquer le système une semaine en cours / une semaine à la maison, loin de faire l'unanimité. Pour Elsa, professeur de français à Saint Jean Brévelay, il faut pouvoir diviser chaque classe en deux, en assurant la présence de tous les élèves au collège :

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"On connaît les limites de l'enseignement à distance, quand bien même il est hybride : pour les élèves, c'est très compliqué à gérer, pour les enseignants, c'est forcément du travail en plus. On veut enseigner dans les établissements, mais on veut le faire dans de bonnes conditions pour les élèves et pour les personnels. C'est des moyens supplémentaires : pas seulement des profs pour dédoubler les classes, mais aussi des surveillants, des personnels territoriaux pour assurer la désinfection..."

Un effet d'annonce

Pour Elsa, le renforcement des protocoles sanitaires reste souvent un simple effet d'annonce, le gouvernement ne donne pas les possibilités techniques de les mettre en oeuvre :

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"Ce que je constate dans mon établissement, c'est qu'on a des classes à 27, 28, 29 dans des salles trop petites, où il est impossible de maintenir la distanciation. On nous demande d'aérer, mais on n'a pas le droit d'ouvrir les fenêtres, parce que c'est dangereux, elles sont fermées à clé... La chef d'établissement avait demandé la possibilité d'avoir des préfabriqués pour pouvoir dès la rentrée dédoubler des groupes... ça nous a été refusé... Et maintenant on nous demande de faire une salle/une classe... on ne peut pas, on n'a pas assez de salles... On nous dit "débrouillez-vous" !"

Grogne aussi des professeurs des écoles

Des enseignants du primaire participaient à ce rassemblement : eux aussi demandent un renforcement du protocole dans les écoles, en divisant les classes. Pourtant, il semble selon certaines études que les moins de 10 ans sont moins contagieux que les adolescents ou les adultes. Un argument qui ne convainc pas Céline, enseignante dans une école du Croisty :

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"Il y a d'autres discours, contradictoires, qui disent qu'ils le sont... ça m'interroge quand je vois que finalement les enfants qui ne sont pas en âge de se garder eux-mêmes ne sont pas contagieux... et quand ils grandissent, qu'ils sont autonomes, tout d'un coup là il y a la contagiosité qui augmente... Je suis en bonne santé, je suis relativement jeune, je n'ai pas peur, mais autour de moi j'ai des parents âgés, fragiles. Cela me fait peur de pouvoir transmettre le virus dans mon entourage..."

Inquiétude pour la progression des élèves

Rémi, lui, est professeur en lycée professionnel à Locminé. Pour lui le fonctionnement alterné une semaine au lycée/ une semaine à la maison, n'est pas souhaitable. Il s'inquiéte pour la progression des élèves :

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"On sait très bien que les élèves décrochent, en distanciel... Une semaine sur deux ? Qu'est-ce qu'ils font pendant l'autre semaine ? Ils risquent de passer la journée à regarder la télé et à manger des chips... Je ne leur en veux pas, mais c'est très difficile d'avoir une autonomie de travail... alors l'avoir en distanciel, c'est illusoire..."

Pour pouvoir dédoubler les classes, un grand nombre d'enseignants supplémentaire est nécessaire, mais il est difficile de recruter massivement dans l'urgence. Pour Rémi, le gouvernement aurait dû anticiper :

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"Cette année on nous annonce qu'il y a moins 440 postes dans le second degré... Cela pose question sur les priorités, par rapport à des pays comme l'Italie, qui ont embauché massivement dès le mois de juin dans l'Education, pour prévoir justement ces dédoublements-là à la rentrée... J'ai toujours l'impression qu'on attend le dernier moment pour se positionner."

Un reportage de Yann Launay.

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