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Briec : la polémique autour de l'implantation d'Amazon

29 septembre 2020 à 08h27 Par Alexandra BRUNOIS
A Briec, près de Quimper, les opposants au projet d'Amazon sont résolus à poursuivre la lutte. Ils ne veulent pas que le géant du commerce en ligne construise une plate-forme logistique sur 6 hectares, au bord de la voie rapide Nantes-Brest. Pourtant le projet prend consistance : la communauté d'agglomération a voté pour, à une courte majorité, et les travaux ont maintenant toutes les chances de démarrer. Reportage de Yann Launay

L'actuelle maire de Quimper et présidente de la communauté d'agglo était pourtant plutôt opposée à ce projet... Isabelle Assih a dénoncé la signature du compromis de vente par l'ancien maire de Quimper 2 jours avant le second tour des municipales... Mais Isabelle Assih explique qu'il n'est plus possible de faire machine arrière sans y laisser des plumes...

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"On s'expose à un recours, et donc à des pénalités potentielles : autour de 10% du prix, donc on est à plus de 100 000 euros... A cela s'ajoutent les frais d'étude, cela engage à plusieurs centaines de milliers d'euros... Et on a un scénario encore plus défavorable : s'il y avait un jugement, on pourrait avoir l'obligation de signer l'acte de vente, avec en plus des pénalités..."

Les opposants au projet y voient surtout un manque de courage politique, comme l'explique Gérard Mas, membre du collectif Stop Amazon :

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"Il y a la possibilité de dire non à l'implantation d'Amazon, les pénalités, au maximum c'est 130 000 euros, et ça peut se négocier... La présidente (de la communauté d'agglo Quimper Bretagne Occidentale) a expliqué qu'elle serait le premier maire écologiste... Comme marque politique de début de mandature, accepter qu'Amazon s'implante à Briec, c'est un très mauvais signal..."

DES DIZAINES D'EMPLOIS A LA CLE : UN LEURRE ?

Isabelle Assih explique avoir obtenu d'Amazon des garanties sur le nombre et la qualité des futurs emplois :

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"Ce sont des temps pleins : 90 sur site, une dizaine d'emplois dans la sécurité, et autour de 250 emplois induits chez les transporteurs... Ce qui manque à l'heure actuelle, et qui est difficile à mener, c'est cette étude d'impact sur le commerce..."

Pour le collectif Stop Amazon, le nombre d'emplois espéré est un leurre :

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"Il n'y a aucune assurance écrite, on est plutôt sur 80 que sur 300... On parle de logistique, et on parle d'emplois de chauffeurs-livreurs qui existent déjà... Ce qu'ils ne nous disent pas non plus, ce sont les réelles conditions d'emploi : l'histoire d'Amazon démontre la manière dont les salariés sont traités..."

L'OPTIMISATION FISCALE D'AMAZON POINTEE DU DOIGT

Si Amazon est dans le collimateur de bien des associations, mais aussi de bien des Etats, c'est pour son recours à l'optimisation fiscale. Au niveau local, verra-t-on des taxes entrer dans les caisses des collectivités, et dans quelles proportions ? La réponse d'Isabelle Assih

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"La taxe foncière, on est autour de 100 000 euros pour la commune, pour les autres taxes, on est autour de 250 000 euros, fois deux, chaque année, pour la communauté d'agglo et pour le département. Amazon paye ses taxes au niveau local, c'est au niveau national qu'on a une grande difficulté. Moralement, ce n'est pas acceptable, pour autant, ce qui est optimisation fiscale, c'est vraiment de l'ordre de l'Etat et de l'Europe, et là il est temps d'avancer sur ces questions..."

Pour Pierre Crampon et le collectif Stop Amazon, les emplois promis et les taxes locales sont bien peu face à l'impact économique de l'implantation d'Amazon

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"Ce que l'on nous cache, et qui a pourtant été constaté dans tous les bassins dans lesquels s'implante Amazon, c'est que pour un emploi créé par Amazon, dans les 2 à 3 ans qui suivent, 2 à 3 emplois ont disparu : lorsque vous allez sur Amazon, on ne vous dit pas que tel objet est produit localement.. Les entreprises locales sont en concurrence avec n'importe quelle entreprise, dans des conditions inéquitables.. Il y a pas mal de PME qui sont mortes à cause d'Amazon..."

E-COMMERCE VS DEVELOPPEMENT LOCAL

Isabelle Assih n'était pas favorable au projet d'implantation d'Amazon à Briec, mais l'élue estime que le développement du commerce en ligne n'est pas forcément en contradiction avec le développement local et avec la relocalisation de l'économie :

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"On est quand même aussi dans une période ambivalente : j'entends bien le monde d'après, j'entends bien le commerce de proximité... Mais le confinement, cela a été aussi l'eplosion du e-commerce, et la possibilité de télé-travail... Je ne suis pas contre le e-commerce, je suis surtout pour la préservation de la valeur ajoutée au niveau du territoire. On peut avoir besoin de plate-formes qui permettent de diffuser ces produits..."

Pour le collectif Stop Amazon, s'opposer localement à l'implantation d'Amazon, c'est enrayer la tentation de monopole et d'hégémonie du géant américain du e-commerce et de son fondateur, Jeff Bezos. Le danger est local et global, pour Pierre Crampon comme pour Catherine Malbranque, habitante de Briec et membre du collectif :

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"Si on calcule l'ensemble des projets en cours, plus toutes les surfaces de stockages et logistique mis en place par Amazon depuis 2010, on arrive à près d'un million de m² d'entrepôts... Il n'y aura plus personne pour les concurrencer... Certains disent : c'est le sens de l'histoire, on ne peut pas s'opposer au sens de l'histoire... J'aimerais bien savoir qui connaît le sens de l'histoire, et si le sens de l'histoire c'est d'aller vers cette mondialisation qui dépasse même le libéralisme dans ses rêves les plus fous... Ce n'est plus le libéralisme avec le jeu de la concurrence : il n'y a plus de concurrence..."

L'espace d'implantation du projet a été revu légèrement à la baisse. Isabelle Assih et la communaté d'agglo veulent maintenant compléter l'étude d'impact de cette implantation sur le commerce de proximité. Mais les premiers travaux sur le site pourraient démarrer avant la fin de cette année.