Bretagne

Après 3 mois de crise, les soignants dans la rue !

16 juin 2020 à 07h40 Par Émilie PLANTARD
Crédit photo : @Hit West

C’est un jour de grogne dans le milieu hospitalier, en première ligne face au covid-19. Des dizaines d'actions et de manifestations sont prévues dans l'Ouest, et ailleurs en France pour réclamer plus de moyens et d'effectifs.

Les personnels de l’hôpital public ont partcipé à une journée de grève et de manifestation ce mardi 16 juin à l’appel de l’intersyndicale santé CGT, FO, Sud, Unsa, CFE-CGC et des Collectifs Inter-Urgences et Inter-hôpitaux. En Loire-Atlantique, comme ailleurs dans l'Ouest, les syndicats réclament plus de moyens et plus d’effectifs. Ils exigent aussi que "toute la politique de casse de l’hôpital et plus largement de la santé & de la sécurité sociale soit abandonnée". Trois mois de crise sanitaire et les revendications sont toujours là dans le milieu médical. Mobilisation à Rennes sur l’Esplanade Charles de Gaulle, à Angers ou Brest. A Nantes, c'est devant le CHU que plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés.

La rémunération des salaires au coeur de la grogne

Bravant une météo capricieuse, des aides-soignant(e)s, des infirmier(e)s, des médecins du public, du privé, syndiqué(e)s ou pas, mais aussi des citoyens, venus sont venus gonfler les rangs. Les revandications ne sont pas nouvelles mais elles ont certainement pris une autre gravité avec la crise sanitaire que le pays traverse. Au centre du ras-le-bol général, la rémunération des soignants. Vincent Mével est aide-soignant au CHU de Nantes, il est co-secrétaire de la section du CHU à la CFDT44, avec Emilie Plantard.

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"Aujourd'hui c'est uniquement une revalorisation salariale. Vou savez que la France est le pays qui paie le moins bien ses soignants, et vis-à-vis des autres secteurs professionnels qui ont réussi à gagner du pouvoir d'achat, nous on a fait que reculer depuis plus de 20 ans. Aujourd'hui on était prêts à faire des sacrifices parce qu'on était auprès des patients et on pensait à nous en second lieu, mais là, avec cette histoire de crise, l'injustice n'est plus supportable, les gens ne veulent plus être sacrifiés de cette manière-là."

Public, privé, même combat

Dans ce mouvement général, pas de rivalités public/privés, le besoin de revalorisation salariale concerne tous les professionnels. C'est ce que demandent en priorité ces 2 soignantes de l’hôpital du Confluent.

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"Il faut savoir que dans le privé, nous gagnons beaucoup moins que dans le public déjà, donc on est là pour une revalorisation de la profession d'infirmière, d'aide-soignante, de nos collègues brancardiers... Il faut que ça bouge, il faut revaloriser nos salaires qui n'ont pas bougé depuis X temps, là on s'est occupé de nous en disant super les soignants mais derrière, comme d'habitude, il n'y a rien et il y a un gros ras-le-bol. Nous, aides-soignantes au bloc opératoire, on est limite au SMIC. Il faut que ça bouge !"

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Les Ephad, les soins à domicile...

Dans les rangs, beaucoup de femmes et plus particulièrement des infirmières et des aides-soignantes, comme Perrine et Vanessa, qui travaillent en Ephad depuis 4 ans et 14 ans. Elles aimeraient que leur travail soit revalorisé.

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"On a l'impression qu'on ne nous entend pas, rien n'est fait, il n'y a que des promesses. Tout ce qu'ils disent, il n'y a rien ui est fait au final. On n'a pas de membres de personnel en plus, les salaires ne sont pas revalorisés, les primes, nous on n'attend pas après la prime, ce qu'on préfererait c'est que les salaires soient augmentés, mais même les primes, on n'a rien... On n'a rien, on n'a l'impression de ne pas être entendues, et finalement on pense aussi aux patients, on ne se met pas à notre place, ni à la place des patients, des résidents en Ephad, et ça c'est quand même malheureux parce qu'on est indispensable."

Avant la crise, les mouvements Inter-Urgences et Inter-Hôpitaux avaient déjà secoué le monde hospitalier et avaient poussé de nombreux soignants dans la rue. La crise a imposé une pause dans les revendications, et après 2 mois de travail difficile, il faut y redescendre. Parmi les manifestants, les soignants à domicile, qui se sentent, eux aussi, oubliés.

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"On continue parce qu'avant, on n'était pas reconnus, on était toujours dans l'ombre, on ne s'occupait pas des soignants et maintenant qu'il y a eu le Covid, on était applaudis. Ca fait quand même plusieurs mois qu'on demande du matériel, on veut travailler dans de bonnes conditions, et redonner de la qualité aux gens qu'on soigne, malheureusement il faut une catastrophe pour qu'on soit entendus. Entendus entre guillemets, parce qu'on parle de l'hôpital, on parle de l'Ephad mais les SSIAD, les soins à domicile, on n'est pas trop vus ou entendus."

Et les citoyens, enfin !

Après avoir applaudi pendant 2 mois à leurs fenêtres, quelques anonymes, souvent habitués des manifs mais non soignants, sont également venu soutenir le mouvement, comme un juste retour des choses après le pic de la crise sanitaire.

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"Ils ont besoin de soutien, que le reste de la population se préoccupe de la situation des soignants, ça me paraît important... Ca nous paraît vraiment fondamental de les soutenir, qu'ils soient revalorisés, que le métier soit reconnu, et non pas avec des pis-aller comme ça s'est passé jusqu'ici. C'est normal qu'on se bouge... On a applaudi, on a mis des banderoles, c'était un moment fort également, où on pouvait rencontrer nos voisins, mais je pense qu'on rentre dans un autre moment, qui est de montrer de manière plus active notre soutien aux revendications des personnels hospitaliers."

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Manifestations partout dans l'Ouest

Ils étaient environ 5 000 à manifester dans les rues de Brest, près de 4 000 à Rennes, 2 500 à Angers, près de 2 000 à Saint-Nazaire, 1 500 à Quimper, un millier à Lorient, 800 à La Roche-sur-Yon et Laval, 500 à Morlaix et Quimperlé, 400 à Lannion, 250 à Saint-Brieuc, 150 à Guingamp, une centaine à Vannes.